210- Confessions au concessionnaire (13JUN26 1/3) !
Je pense que le blogue ne pourra jamais mourir, je trouve toujours un paquet de trucs à vous jaser, un plein truck de « non-anecdotes » à vous raconter et un paquet d'introspections insignifiantes pour vous ennuyer.
Le contraste est saisissant. Madame Zoé, appelons-la comme ça, en service direct avec les clients, elle garde une posture presque irréprochable : voix posée, gestes précis, regard attentif, mais jamais pénétrant. Les moins patients diraient qu’elle a un air de bœuf, j’appelle ça du self-control qualité olympique.
Pour ce texte, je constate que c’est fou raide comment une série de « rencontres sans lendemain » m’a convaincu de vous offrir un autre placotage bloguesque… sans lendemain. Ironique, je sais.
Pour ma seule histoire digne d'intérêt qui m’a donné quelques vrais feelings ces temps-ci, j’en ai laissé traîner des bribes vers la fin de mon dernier texte, le 209.
Mais non, je ne vous oblige pas à y retourner, je ne suis pas si cruel. Ce que je peux vous résumer, par contre, c’est que j’ai eu la chance de re-placoter avec ma collègue coup de cœur ultime… oooh oui… celle qui est mon fantasme nirvanesque !
Si je devais choisir quelqu’un pour une semaine de rêve aux Îles Seychelles par exemple, c’est sur elle que je jetterais mon dévolu, sans même y penser bien longtemps. Vous pouvez lire entre les lignes que madame M est… très, très de mon goût.
Lors d'un événement professionnel, madame M est venue me voir, juste comme ça, pour jaser, sans que je sois obligé de lancer des faire-parts. Rien de bien extraordinaire me diriez-vous, sauf que madame M est une femme trèèèès sûre d’elle, du genre qui dégage de l’autorité sans même rien transparaître. Tout ça, pendant qu'intérieurement, je suis en train de me demander si je dois me prosterner.
Avec ce type de personnalité, il n'y a pas vingt choix : il faut renvoyer un minimum d’assurance et un semblant de maîtrise de soi.
J'estime que dans ma tête, j’ai été solide, ultra calme, très posé, pas trop volubile, pas en train de lui lancer des compliments à chaque phrase pour souligner avec fracas ses derniers exploits professionnels. De toute façon, elle doit recevoir à la tonne des bons commentaires. Elle est habituée à la perfection, oh que oui.
Lors de cette « non-fameuse » conversation, elle m’a dit son âge : elle arrive à l’extrême limite de l’ingrat cinquante ! On a beau se dire que ce n’est qu’un chiffre, ça travaille quand même le cerveau un peu. Ce n'est pas dramatique, mais pas anodin non plus.
Atteindre la cinquantaine, c’est un drôle de point de bascule. On ne regarde plus juste le temps passer, on commence à faire le tri de ce qui est encore pertinent, ce qu’on a bâti, ce qu’on a laissé filer, ce qu’on a encore envie de vivre pour vrai.
Les petits bobos s’accumulent, le corps envoie des rappels. On voit plus clair, mettons.
C’est aussi un genre de réalignement, avec moins de flafla, plus de vrai, moins d’efforts pour plaire, plus d’envie d’être bien dans ses propres choix. On devient plus direct et plus sélectif, sans se dire qu'on est en crise. Appelons la cinquantaine, « une mise à jour ».
— Je suis une tite vieille de cinquante ans, mais en dedans de moi, je suis toujours une adolescente », me lance madame M, les yeux brillants derrière ses grosses lunettes.
— S’il te plaît, ne change rien, reste comme ça. Rester jeune, c’est le meilleur moyen de ne pas devenir plate, même avec tout ce que la vie nous ajoute comme petits problèmes… de santé surtout.
Pendant que je dis ça, une partie de moi se retient de faire exactement ce que j’ai envie de faire : lui prendre la main pour prolonger ce moment. Je n'ai vraiment pas osé franchir ce pas, qui aurait été pas mal malaisant pour une simple conversation de corridor.
Évidemment, elle me prend de court, pour une énième fois.
— Veux-tu ben me dire si j’ai bien fait mon chignon ? Me semble que mes cheveux ne tiennent pas.
Hooooolala. Mon cerveau est en alerte maximale. Mon jugement est en train de négocier fort… l'envie de m’approcher, de vérifier, de poser une main sur son épaule… puis non. Pas de zone grise. La notion de consentement au boulot est trop importante, je reste sage.
En souriant et en gardant mes mains pour moi, je me contente du rôle de collègue civilisé et lui dire que son chignon tiens la route.
— Merci pour la placote, madame M, que je ne dis pas, évidemment.
Ouf. J’ai réussi à vous écrire une histoire sans lendemain avec un vrai non-événement, MAIS avec des foutus bons feelings… pour moi.
Il était prévu que l’après-midi devait être écourté pour votre blogueur : un entretien mécanique était prévu pour ma voiture, incluant la permutation des pneus d'hiver pour la version d'été.
C'est un examen de routine mécanique après l’extraordinaire rencontre avec madame M. Bon, dans la vraie vie, ce n’était pas le même jour, mais ça facilite l’écriture d'un texte ficellé. Peu importe, je file au garage avec vous chère lecteurs et lectrices.
Arrivé au concessionnaire, je savais où aller pour le « service », même si je n’y étais jamais venu auparavant pour un entretien.
D’habitude, je choisis toujours d'aller vers les garages de coin de rue, avec des garagistes que je dérange pendant qu’ils graissent au pistolet graisseur des bearings grippés qui grincent. C’est un autre monde.
Dans ces garages mécanique où le père et le fils gèrent l'entreprise, quand tu veux un rendez-vous et une voiture de courtoisie, c’est presqu'aussi pire qu’essayer d’avoir des billets pour le Canadien en série éliminatoire… très difficile. Au concessionnaire, woooow… on est à deux doigts de t’accueillir avec un café tout frais dans les mains.
Ma grosse surprise, ce n’était pas les bancs de cuirette d’une salle d’attente montée comme un salon, c’est plutôt le comptoir du service.
Rien ne me laissait présager que l’équipe serait exclusivement féminine… et… celle qui s'offre pour m’accueillir… kawabounga ! Petite déception quand même, la blondinette cinquantenaire est plutôt sans façon.
Accueil drabe, pas de sourire, pas de chaleur dans la voix, rien. En apparence, c'est du gaspillage pour un poste en service à la clientèle, surtout avec ses courbes qui font très bien leur travail… dans mes yeux !
Je me suis dis que, peut-être que j’ai la face d’un client problématique… peut-être qu’elle sort d’une série de clients pénibles… peut-être qu’elle est à bout de répéter la même cassette à longueur de journée… peut-être qu’elle couve un microbe et qu’elle rêve juste de retourner chez elle… peut-être qu’elle est écoeurée de remplir le photocopieur derrière… peut-être, peut-être, peut-être. Peu importe ses revers, je l'adore déjà dans tous ces peut-être.
Juste voir ses ongles manucurés en amande, couleur pêche, qui s’activent sur une pile de papiers, ça suffit à m’hypnotiser un bon moment. Pour me sortir de ma transe, une grosse voix grave et rieuse s'élève derrière le comptoir.
La cheffe du service débarque, je ne peux pas la manquer. Elle vient de jeter un bidon d’essence feelings direct sur mes braises encore chaudes.
Pour tout vous dire, la technicienne qui m'a accueilli derrière son ordinateur, est une force tranquille, une jolie femme mûre à la crinière blonde bien en place. Chacun de ses gestes est une mise en scène répété mainte fois, ne laissant rien au hasard.
Le simple fait de lever le menton ou de bouger le bras semble participer à quelque chose de plus grand… comme ouvrir millimètre par millimètre, le décolleté de son polo au logo du concessionnaire.
La cheffe, par contre… hooooolala ! Elle a laissé tomber le polo pour quelque chose de plus… patronne ! C’est parfaitement son droit au grand bonheur des amateurs de rondeurs bien affirmées. Juste dans sa voix, elle exprime l'exubérance et… l'abondance. Je vous jure, j’avais l’impression de devenir hyperactif pour attirer l'attention à mon tour.
La cheffe Jojo (pas Savard), cheveux noirs lisses et longs, avec un toupet net qui lui donne un petit air d’espionne russe. Ses lunettes D&G encadrent presque tout son visage. Tout en elle semble pensé pour capter l’attention et pour séduire.
Tout de noir vêtue, avec des bijoux reluisants de dorure judicieusement affichés, elle sait clairement comment tenir un public. Quand je dis public… je me sens légèrement visé.
Sa silhouette? Disons une petite pomme Honeycrisp très craquante. Ses formes sont faciles à imaginer sous le tailleur et le pantalon moulant qu’elle porte sans gêne.
Pour Zoé, sa présence derrière le comptoir est sans équivoque, avec un aura plus subtil. Devant son écran, elle observe, elle écoute, elle note malgré son apparente impassibilité.
Son terrain de jeu se passe dans les micro-expressions avant d'entrer dans son éventail de questions de routine.
Au milieu de tout ça, j’essaie de me comporter comme un client normal.
Pssst, voici ce que je vous propose. Vous vous doutez bien que je n'ai pas mis en place mes personnages bien réel, juste pour meubler un texte. Je vais, encore une fois, vous offrir une histoire rêvée où s'y mêle mes héroïnes du jour. Allons-y !
— Kilométrage approximatif ?
— Autour de 32 000.
— Vous faites surtout de la ville ou de l'autoroute ?
Sa voix est neutre… mais pas son regard. Il s’attarde une fraction de seconde pour créer un vrai contact. Il y en a qui diront une connection client-employée, mais je sais que c'est autre chose. Est-ce qu’elle essaie de me lire autrement ?
— Un peu des deux. Je vis en campagne. Si vous avez l’option « route de champs », c’est celle-là que je coche.
Elle hoche la tête, note. Je capte une pointe d’amusement au coin de ses yeux.
— Vous venez souvent ici ?
Je souris, léger.
— Juste quand j’ai pas le choix… ou quand j’ai une bonne raison de parler à une personne intéressante.
Un coin de ses lèvres se relève discrètement, mais impossible à nier.
— Donc… aujourd’hui, c’est une obligation ?
— Oui. Mon application m'indique que j'ai droit à un entretien sous garantie.
Elle relève les yeux pour un contact direct, incluant un frisson rapide qui me transperce. Sans aucun bruit, Jojo apparaît derrière le comptoir et plaque ses mains sur la surface.
Elle ne dit rien tout de suite, observant comme si elle débarquait pile au bon moment dans une conversation qu’elle n’a pas envie de manquer.
— Je vois que Zoé fait du bon travail. Vous êtes un client qui a la langue assez agile.
Sa voix un peu éraillée, transforme le moment sans le briser. Zoé se redresse légèrement, abandonnant son dos arrondi.
— Monsieur a un entretien sous garantie. Tout est déjà au système. Pas de pièces à faire venir.
Jojo hoche la tête… mais ne me lâche pas du regard. Sa blouse noire, légèrement tendue, laisse deviner une dentelle qui travaille fort pour faire sa job de… soutien.
— Est-ce que vous avez d’autres requêtes, monsieur ?
Il y a un jeu dans sa voix. Je ne saurais dire si c'est de la séduction.
— Heu… non. J'avais déjà réservé un service de navette en ligne, le temps que ma voiture se fasse dorloter, incluant une permutation de pneus.
— Hm.
Elle s’approche un peu.
— Ma technicienne est bonne pour lire le monde. Zoé ne pose jamais une question pour rien.
Zoé baisse les yeux, sans contredire sa cheffe.
— C’est mon travail… dit-elle doucement. Le client n’est pas toujours un livre ouvert.
— C'est vrai, corrige Jojo en la regardant, c’est ton instinct est une richesse.
Un échange rapide passe entre elles. Pas de mots, mais ça circule comme de la télépathie. Puis Jojo revient à moi.
— Et vous, monsieur le client… vous avez l’air de quelqu’un qui observe beaucoup.
Je hausse les épaules, tentant de me montrer désintéressé de leur courbes.
— Peut-être. Disons que je ne pense pas être le premier à avoir quelques égarements visuels ici. Des carrosseries de l'année, ça attire pas mal de rêveries.
— Peut-être ? Vos yeux lancent des étoiles depuis que Zoé remplit son formulaire, dit Jojo en penchant la tête, curieuse. T’as remarqué quoi ?
La question est douce, presque invitante. Je prends une seconde pour réfléchir.
— Que vous n’êtes pas pareilles, vous deux. J'y découvrir une belle dynamique.
Zoé relève les yeux en même temps que Jojo sourit.
— Monsieur… je crois que vous êtes un excellent patineur. Continuez.
— Heu… vous, mademoiselle… on vous remarque dès que vous entrez.
Jojo ne dit rien, mais son sourire s’élargit.
— Pis votre technicienne… je désigne Zoé d’un léger coup de tête, il faut prendre le temps de la ressentir, si je pourrais dire ça.
Un silence. Zoé me regarde autrement, avec un visage moins fermée.
— C’est très vrai… dit Jojo. Est-ce que tu as pris le temps ?
— J’avoue que j’aimerais le faire encore. Je vais devoir me trouver d’autres réparations à faire.
Cette fois, Zoé ne fuit pas le regard et Jojo laisse échapper un petit rire satisfait.
— Ok… intéressant. J’aime ça quand les clients veulent revenir. Monsieur, vous n’avez pas arrêté de dévorer Zoé depuis que vous êtes entré. Et je sens très bien votre regard dans mon dos chaque fois que je me retourne.
Je deviens rouge, ressentant une chaleur qui fourmillent dans mon bas-ventre.
— Je… je suis désolé. C’est pas très professionnel de ma part. J’ai l’impression de vous déranger.
Jojo éclate d'un rire sonore et contagieux.
— Professionnel ? Quand votre demande de rendez-vous est entrée, j’ai tout de suite vu le petit… détail. Pas subtil du tout.
Je déglutis, ne croyant vraiment pas que quelqu'un puisse avoir remarqué ma petite perle.
— C’est la première fois, reprend-elle en savourant la situation, qu’un homme utilise notre plateforme pour lancer une pickup line.
Zoé tend la feuille à sa cheffe. La preuve est là, noir sur blanc.
— Je te cite, « Je suis un admirateur enthousiasme de femmes rondes et je désire ajouter un entretien régulier pour les courbes dodues. » Une chance que ce n’était pas Gaston qui travaillait ce jour-là, ajoute Jojo. Tu aurais eu droit à ses fesses à lui.
Les deux collègues éclatent de rire. Moi, je me sens comme un kid pris à voler des gommes au dépanneur.
— Vous savez, monsieur l’admirateur de femmes rondes… on est mardi, il est 13 h 50. Pas un chat ici. Les mécanos sont occupés. Il y a juste nous… et Patrick aux pièces.
Elle pointe vaguement derrière, le jeune homme peu attentif à nos vieilles peaux.
— À moins que tu voulais aller voir les voitures neuves ?
— Heu non. Celle que vous m’avez vendue l’an dernier fait encore la job.
— Marie-Luce, notre directrice des ventes, est forte pour créer des besoins… mais je comprends. Toi, tu préfères regarder autre chose, dit-elle en me jaugeant comme si j'était un dessert.
Elle se tourne vers Zoé.
— On a combien de temps ?
— Une bonne demi-heure tranquille.
— Parfait. On va finir ton dossier… tranquillement, monsieur l'admirateur.
Le ton change alors que je déglutis.
— J’aime savoir à qui j’ai affaire. Un client admirateur de rondeurs… c’est une première.
Le silence devient complice retirant du dessus de ma tête l'étiquette de client.
Zoé hésite, puis se lève. Je la suis du regard sans trop me cacher depuis qu'elles savent tous sur mon penchant. Son ventre pousse le tissu vers l’avant, ses hanches bougent avec sa démarche, ses cuisses complètent le sort d'envoûtement. J’avale ma salive avec difficultés, ma pomme d'Adam confirme mon ressenti intérieur.
— Tout doux, monsieur l’admirateur. Respire. Je ne veux pas que ton cœur lâche ici. Je n’ai pas eu la formation pour le défibrillateur… mais j’ai d’autres talents. À partir de maintenant, je te tutoie. Tu aimes les femmes grosses, hein ?
Je cherche une porte sortie pour m'échapper de son contrôle, sans en trouver, résigné.
— Oui. Beaucoup.
— Tant mieux. Parce que t’as vite vu qu’on n’en manque pas, de courbes. Viens au salon. J’ai un contrat d’entretien à t’offrir, disponible pour un temps limité. À prendre ou à laisser.
Elle ajoute, comme si de rien n’était.
— Tu prends un café ?
Je fais un oui de la tête en même temps qu'une cliente entre au service. Un bien mauvais timing.
— Zoé, va servir madame. Je m’occupe seul de la clientèle difficile
Zoé retourne au comptoir, à contrecœur, sachant qu'elle va manquer la suite des histoires. Mais son regard revient, furtif, à quelques reprises.
— Toi… viens avec moi.
Ce n’est pas tout à fait une demande ou un ordre, c’est entre les deux. De nature docile, je ne me fais pas prier pour la suivre jusqu’au coin salon d’attente. Le bourdonnement de la machine à café et les nouvelles sportives à la télé remplissent le silence.
La cheffe du service, se penche à la machine à café pour lancer l’infusion de ma tasse.
Ooooh… son pantalon trois-quarts se tend en épousant des fesses bien rondes. Je laisse mon regard descendre jusqu’aux mollets tatoués, fermes et rebondis, révélés par des souliers plateforme… woooow !
— T’es pas obligé de rester, tu sais… même si tu… est en inspection de carrosserie.
Je rougis comme un homard ébouillanté en détournant les yeux vers la télé suspendue.
— Mais t’es encore là. C’est mignon, ajoute-t-elle en se retournant, tirant légèrement son tailleur vers le bas, juste assez pour laisser deviner la commissure du soutien-gorge sous le menton.
— Crème ? Sucre ?
Je fais signe que non. Jojo s’approche avec une démarche assumée, presque un catwalk, et me tend le café brûlant.
— J’imagine que tu veux comprendre ce que j’ai à t’offrir.
Je laisse échapper un petit souffle, qui a l'apparence de vouloir refroidir le café, mais qui est plutôt lié à mon émoi.
— J’essaie surtout de suivre. Je ne suis pas très futé pour les histoires de… feelings.
— Mauvaise stratégie avec moi, dit-elle en s'approchant d'un pas de plus. J’aime mieux quand quelqu’un arrête de penser. Je mène. Es-tu capable de faire ça ?
Je déglutis.
— Je sais pas.
Elle hoche la tête, comme si c’était exactement ce qu’elle voulait entendre.
— On va voir.
Elle s’assoit sur la causeuse, puis tapote à côté d’elle.
— Assis-toi ici. Le cuir ne restera pas froid longtemps.
Je m’installe, pas trop près, évitant le contact. L’endroit n’est pas complètement privé, l’espace est ouvert. Mais ses hanches viennent combler la distance que je m'étais octroyé, assez proche pour m’envoyer une chair de poule pleine de statique.
— Avant que tu signes quoi que ce soit du contrat, dis-moi quelque chose de… vrai.
Sa voix descend d’un cran. Je tourne la tête vers elle, pas certain si c’est la question ou le ton qui me déstabilise.
— Comme quoi ? Demande-je d'un ton perplexe.
— N’importe quoi… mais pas une réponse de client.
Je réfléchis vite.
— J’étais pas supposé vivre une journée comme ça. Je pensais juste faire rire avec ma petite remarque dans la prise de rendez-vous.
Elle esquisse un sourire.
— Pis là… t’en penses quoi, maintenant que t’es dedans et qu'on a bien ri ?
— J’ai l’impression que si je pars… je vais le regretter, lance-je d'un souffle nerveux.
Jojo hoche lentement la tête, un grand sourire aux lèvres, et pose une main sur mon bras.
— Bingo ! On se comprend.
Sa présence irradie dans l’air, dans le silence, dans sa façon de me regarder sans détour.
— Je pourrais te laisser seul ici… attendre ton char comme tout le monde, dit-elle d'une voix glissante et calme. Pis on ferait semblant que t’as jamais lancé des feux d’artifice avec tes yeux. Mais c’est pas ça que tu veux, hein ?
Mon corps tressaille avant de se figer. Ce n’est même pas une question. Je cherche une sortie… mais je reste et lance un coup d’œil vers Zoé qui de est toujours occupée avec la même cliente, puis une autre qui attend.
Jojo avance la main et l’arrête à quelques centimètres de la mienne. Son regard accroche le mien, impossible à lâcher.
— Faut que tu choisisses. Je reste dans ta tête… ou tu restes ici ?
Je regarde sa main, puis ses yeux. Le silence pèse juste assez. Jojo sourit, plus doux cette fois. Sa main se pose sur la mienne alors que je la retourne en entrelacant mes doigts avec les siens.
— Paaaarfait… murmure-t-elle. Tu es un tendre filet mignon.
Elle se rapproche. Son souffle, son parfum, sa chaleur deviennent impossibles à ignorer. Ses doigts bougent contre les miens, une confirmation tranquille que j'ai choisi la bonne voie.
Je ferme les yeux une seconde, juste pour me laisser envahir par… ouf… quand je les rouvre, elle est encore plus près.
Son sourire s’élargit, satisfait, sans arrogance. Dans cette tension que je ne cherche même plus à repousser, j’entrouvre les lèvres pour respirer… et elle vient m’embrasser, lentement, d'un baiser appuyé et provocateur qui fait monter la pression sans la brusquer.
Nos bouches se trouvent, nos langues se goûtent… c’est capotant. Je me penche sur Jojo, glissant mes doigts entre le ventre et les hanches en perdant le contact avec le reste.
Son souffle devient plus court, plus chaud et moelleux. Sa main libre se pose sur ma nuque, pas pour me tirer, mais pour me garder là, exactement où elle le décide.
— Doucement… murmure-t-elle contre mes lèvres. On n’est pas pressés.
Pourtant, ses doigts racontent autre chose. Ils tracent des lignes sur mon bras, remontent, redescendent, s’attardent pour faire monter la pression.
Je sens mon corps réagir vite et fort, mon champ de vision se rétrécit à une seule chose… elle. Sa chaleur traverse les vêtements, son ventre suit ma respiration, devenue courte et surtout… irrégulière.
J’essaie de reprendre un peu de contrôle, de me donner une contenance et…
— Hey… souffle-t-elle en s’enfonçant un peu plus dans la causeuse, avec ce mélange de douceur et d’autorité. Tu recommences à penser. Laisse-moi faire.
Pris entre l’envie de lâcher prise et celle de prouver ma virilité, je me calme un peu. Elle replace une mèche de cheveux derrière son oreille, puis se rapproche encore, jusqu’à ce que nos fronts se frôlent et que nos lunettes s'entrechoquent.
Sa main glisse lentement le long de mon torse, s’arrête, remonte et joue avec la limite de ce qui est acceptable dans un espace aussi ouvert. Le bruit de la télé, les voix au loin… tout me revient d’un coup.
— Quelqu’un pourrait arriver… je souffle.
— Oui… et ça rend le jeu encore plus dangereux.
Ses cuisses se rapprochent et capturent une de mes mains. Mon souffle coupe encore, elle le remarque, évidemment.
— T’es sensible… j’aime ça.
Sa main descend, s’attarde, effleure là où la tension est la plus évidente, sentant mon érection pulser sous les doigts qui s'y promènent… ooooh ! Je fige, complètement dépassé.
— Jojo… expulse-je en empoignant un de ses seins par-dessus ses vêtements.
— Chut… murmure-t-elle près de mon oreille. Je voulais savoir ce que ton mini aveux avais à m’offrir… tu vois tous maintenant. Tu aimes les tripoter ?
Un bruit de l’autre côté du mur, une chaise qui roule sur le sol. Des pas.
— Jojo !
La voix de Zoé est claire et plus forte qu’à l’habitude. Jojo ferme les yeux une seconde, comme tirée brusquement hors de sa bulle, puis elle souffle, un sourire encore accroché aux lèvres.
— Timing chiant…
Elle se redresse lentement, replace son tailleur avec un calme impressionnant, comme si rien ne s’était passé. Mais dans son regard… il reste quelque chose.
— Ne bouge pas, dit-elle à voix basse en frôlant mon avant-bras. On n’a pas fini. Le contrat n’est pas signé.
— J’ai besoin de toi pour un client. C’est un cas spécial, supplie Zoé.
— J’arrive, dit-elle en hochant la tête, professionnelle en une seconde.
Puis, juste avant de replonger dans son rôle, elle me lance un regard où je lis une pointe de frustration… bien cachée derrière son masque de cheffe.
Assis sur la causeuse, le café oublié dans les mains… je comprends que repartir comme si de rien n’était va être compliqué, très compliqué. Il va me falloir un moment pour redescendre, pour laisser dégonfler mon érection.
Comme si le mauvais timing voulait en rajouter, le gars de la navette débarque devant moi.
— C’est vous pour la navette ? La bibliothèque ?
— Je… j’arrive, alors que je cligne des yeux pour faire disparaître quelques feelings incompatibles.
Oui, je pars comme ça, en mode coït interrompu. Et ce n'est pas parce que l’élan disparaît, loin de là. C'est parce que, dans une ou deux ou encore trois heures, je reviendrai voir celles qui m'ont offert un service à la clientèle inédit !
Ouf… cette histoire devient trop chargée pour tout raconter d’un seul souffle, le texte en deviendrait trop long pour vous perdre.
Vous avez sûrement remarqué ce que j’aime là-dedans, la montée lente, ce jeu qui s’installe sans se dépêcher. J'inclus dans tout ça, les regards qui s’attardent, cette impression d’être sur un fil où chaque geste peut tout faire basculer.
J'adoooore quand la séduction prend son temps, alors que je vis cette écriture dans ma tête, embrassant cette Jojo, ressentant la poigne moelleuse de ses bourrelets sous mes doigts.
J’ai un énorme faible, je l’avoue, pour ces femmes à domination douce. Jojo en est un exemple parfait, entre le contrôle et le jeu, entre les sourires et les intentions. Et Zoé… Zoé, c’est autre chose. Une tension plus discrète, mais pas moins forte.
Est-ce que ça existe pour vrai, une Jojo ? J’ai envie de dire oui… mais pas dans ma vie et pas plus dans mes expériences du passé… en y pensant vite vite.
En passant, le prochain texte sera la suite directe de celui-ci : ma visite à la bibliothèque en attendant la fin de la job des mécanos.
Avant ça, j’aimerais savoir. « Est-ce que vous aimez ce genre d’histoire où la tension monte tranquillement ? Ou vous trouvez ça trop lent… et vous préférez que ça aille droit au but ?, » Dites-moi. Je peux m’ajuster… parfois… à mon lectorat.
Pssst, au lendemain de ma visite (la vraie) au concessionnaire automobile, j'ai reçu un sondage de satisfaction du service mécanique. Devinez la note que j'ai donné pour l'accueil… un bon 10… mais il n'y avait pas de coin pour ajouter un commentaire sur les deux femmes d'exceptions ! Hoooolala ! Merci de m’avoir lu. À la revoyure !
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