203- Rubrique lubrique 700 (11AVR26 1/1) !

  Vous pouvez me croire si je vous dis que ce blogue me pousse à des efforts d’introspection que je n’aurais probablement jamais consentis autrement, pas même allongé sur un divan à confesser mes travers à un émule du Doc Mailloux.
  Je doute qu’un psychologue aurait réussi à m’extirper cette histoire fraîchement arrachée à mon abysse mémoriel. Parfois, écrire mes textes, c’est l'équivalent de monter dans un vieux grenier en jurant qu’on a déjà fouillé tous les recoins… puis tomber sur une boîte ignorée.
  Surprise ! À force de replonger dans mes archives intérieures, une histoire vieille de plus de trente ans s'est pointé le nez. Elle attendait son tour, trèèèès patiente.
  Ne me demandez pas pourquoi le projecteur s’est tourné sur ce souvenir-là plutôt qu’un autre. Mon cerveau a ses caprices et il faut que j'accepte qu'il aime me prendre de court.

  Au départ, je croyais me lancer dans un récit qui suivrait la ligne du texte 202, bien cartésien, presque comptable. J’avais mon petit plan, et voilà que d’autres souvenirs, pas mal insaisissables en temps normal, sont venus me tirer par la manche.
  « Ne nous oublie pas avant d'oublier », semblaient-ils dire. Je vais donc faire un pas de côté. L’écriture bloguesque exige qu’on emprunte un sentier moins balisé pour mieux comprendre la route principale. Ça ne frôlera que du bout des doigts ce à quoi vous êtes habitués ici, ces fameuses silhouettes ventripotentes qui ont toujours les projecteurs sur elles.
  Cette fois, le décor change un peu, mais l’intention reste la même : comprendre ce qui m’a traversé, et pourquoi ça mérite encore d’être raconté.
  Je laisse donc les bourrelets en coulisses pour ce récit. De toute façon, à l’époque, je n’avais pas vraiment d’intérêt pour les choses de la chair et bien en chair. Même à la fin de l’adolescence et au début de mon « adulescence ». Ça surprend toujours, j’entends déjà « vraiment ? ».

  Avec le recul, il y a quelque chose d’assez cocasse dans le fait d’être excité d'aller voir à son travail une femme qui exerçait pourtant un métier tout à fait ordinaire.
  Rien d’illégal, rien de sulfureux. Juste moi, dix-huit ans à peine, gonflé d’une assurance naïve, convaincu que franchir la porte de son lieu de travail relevait d’un geste parfaitement logique.
  Aujourd’hui, j’imagine la scène et j’ai envie de prendre mon moi plus jeune à part : « Tu étais sérieux ? » Il faut croire que oui.
  — Huhuhu ! Prenez-votre mal en patience chères lecteurs et lectrices, j'en viens à l'essentiel.
  Il y avait dans cette démarche de l'adulescent que j'étais, un mélange d’audace et d’inconscience qui n’appartient qu’à cet âge où tout paraît simple parce qu’on n’a pas encore découvert la complexité du monde adulte.
  On avance, on improvise, on se dit que l'univers est un décor malléable. Parfois, on se présente où on n’aurait peut-être pas dû, avec un sourire qui se veut assuré et un cœur qui cogne beaucoup trop fort pour rester discret.
  Mais non, je ne suis pas allé à la rencontre d’une de ces femmes qui pratiquaient ce qu’on appelle « le plus vieux métier du monde ». Cette expression m’a toujours intrigué et fait encore beaucoup jaser. Qui a décidé que c’était le plus ancien ? Un comité officiel des métiers ? Une réunion secrète dans une grotte préhistorique ?
  En réalité, l’expression ne vient pas de l’Antiquité elle-même. Elle aurait été popularisée au XIXᵉ siècle et on en attribue l’origine moderne à l’écrivain britannique Rudyard Kipling, qui utilise la formule the world’s oldest profession dans une nouvelle publiée en 1889. Il y fait référence à la prostitution en Inde, la formule frappe l’imaginaire. Elle sera ensuite reprise, répétée, polie, jusqu’à devenir un quasi-fait historique.
  Est-ce vraiment le plus vieux métier ? Évidemment que non. C’est une figure de style qui a bien vieilli. Si on voulait être littéral, chasseur, cueilleur, artisan ou les soins aux enfants sont bien plus anciens.
  « Le plus vieux métier du monde », c’est plus accrocheur, plus vendeur. Bref, un cliché culturel qui en dit davantage sur notre imaginaire collectif que sur l’histoire réelle des premières sociétés humaines.

  Dans tout ça, je n’étais pas en quête d’un mythe ancestral. J’étais simplement un jeune adulte persuadé de poser un geste audacieux. La suite mérite qu’on prenne le temps de s’y attarder. Fin de la « minute du patrimoine ». On range les histoires de ce Kipling et on revient aux vraies patentes.
  À l’époque, je m’apprêtais à quitter la grande ville pour aller étudier en région, avec ce sentiment un peu solennel de page qui se tourne.
  Quoi de mieux, dans ces moments-là, que d’aller se rafraîchir la moumoute avant d'aller rencontrer ses nouveaux compagnons d'école. Geste banal dans une existence, ça prenait des allures de rite de passage. Je voulais me présenter à la prochaine étape avec une tête qui donne l’impression que j’ai compris quelque chose à la vie, même si ce n’était pas encore le cas.
  Pour cette ultime fois en ville, j’ai délaissé mon barbier italien habituel et ses anecdotes murmurées, son éternel verre de grappa offert en fin de coupe comme si on venait de signer un traité de paix. J’ai trahi la tradition en choisissant de me faire coiffer par… une coiffeuse. Juste ça, ça sonnait comme une petite révolution personnelle.
  Rien d’extraordinaire, me direz-vous, des salons unisexes il y en a partout. Des fauteuils pivotants qui grincent et tournent au moment où on s’y installe, ça fait partie du folklore urbain.
  Sauf que cette coiffeuse annonçait ses services sous l’appellation « coiffeuse sexy ». L’expression suffisait à éveiller la curiosité du jeune homme que j’étais, partagé entre l’intrigue et l’impression de flirter avec un territoire un peu interdit, à l'image d'aller aux danseuses en prétendant qu’on y va juste pour l’ambiance.
  J’étais à l’aube de ce qui aurait pu devenir un parcours d’incel avant son heure. Mon incapacité presque maladive à approcher les femmes de mon âge me poussait à trouver des détours.
  Au lieu d’aborder quelqu’un dans un café, je me suis retrouvé à prendre rendez-vous pour une coupe de cheveux qui, dans mon esprit, allait peut-être faire du bien à mon ego masculin plus qu’à ma tignasse.
  Pour ceux qui ne seraient pas familiers avec le terme incel, ça vient de l’anglais pour involuntary celibate, célibataire involontaire. Il désigne des hommes, le plus souvent hétérosexuels, qui se définissent par leur incapacité à trouver une partenaire amoureuse ou sexuelle.
  Oui, certaines franges de ces communautés versent dans la misogynie ou pire, les violences sexuelles. Ce n’était pas mon cas. J’étais surtout maladroit, un peu trop dans ma tête… et dans mon poignet.

  Il y avait dans cette… visite…quelque chose de… théâtral en jouant à l’adulte sûr de lui alors qu'intérieurement, j’étais en train de « chier dans mon froc » comme on dit.
  « Calme-toi, c’est juste un coupe de cheveux », me disais-je. Le qualificatif sexy faisait travailler l’imagination plus vite que le ciseau.
  Vous allez peut-être deviner entre les lignes que mes souvenirs de cette visite ne sont pas d’une netteté chirurgicale. Le temps a fait son œuvre, comme toujours.
  Il a émoussé les contours, effacé des détails qui me semblaient cruciaux sur le moment et laissé surtout des impressions, des sensations diffuses, des images qui reviennent par éclairs avant de se dissiper.
  Je ne me souviens pas des mots prononcés ni de chaque geste. Ce qui subsiste, c’est une atmosphère, un mélange d’excitation, de gêne et de conscience aiguë d’être en terrain tabou.
  Je vais donc vous livrer la somme de ces souvenirs sous forme d’histoire. Pas une reconstitution documentaire avec preuve à l’appui et dialogues certifiés conformes, mais un récit fidèle à ce que j’ai vécu à travers le filtre de mes dix-huit ans et de toutes les envies qui m’habitaient alors.
  Il y a nécessairement une part d’interprétation, un peu de réorganisation, quelques scènes comblées pour relier les fragments.
  Quant aux dialogues, ils sont recréés à partir de ce qui me semble plausible… ça en est gênant ! Considérez-les comme un outil narratif, une façon de vous rapprocher de l’expérience telle que je l’ai ressentie.
  Mes avertissements sont terminés, « on s'attache une cape de coiffure et on y va ? »

  Je devais avoir dix-huit ans ou presque, cet âge étrange où les responsabilités commencent à pointer sans encore rien exiger. On a un pied dans le monde adulte et l’autre encore bien planté dans l’adolescence.
  Devant moi, sur la table de la salle à manger familiale, l’hebdo local presque exclusivement communautaire était ouvert à la section des petites annonces, les PAC comme on disait.
  C’était l’époque où le papier journal rêche te salissait les doigts d’un gris charbon et où les encadrés rivalisaient d’ingéniosité pour accrocher ton regard.
  Tu tournais la page pour faire semblant de chercher autre chose, mais tes yeux revenaient toujours au même endroit. En tout cas, une minuscule annonce dans la rubrique 700, « services personnels », m’appelait, pas juste en murmurant mon nom… mais en le criant ! Je relisais les trois lignes encore et encore, recherchant un sens caché ou une crosse qui se révélerait entre les mots.
  « Coiffeuse sexy… expérience unique… accueil chaleureux… »
  Des mots qui font battre les carotides plus vite qu’un espresso très serré.
  Bon. Ça ne prenait qu’un petit coup de fil, en théorie. En pratique, mon courage faisait du surplace, sûrement freiné par mon manque d’expérience. Pourtant, j’étais équipé d’une curiosité fébrile et d’une appréhension délicieuse, le cocktail parfait pour faire des bêtises. Il fallait bien, à un moment donné, me déniaiser.
  Pendant des jours ou peut-être seulement des heures qui m’avaient paru des jours, j’ai tourné autour de l’idée.
  Personne ne l’avouera, mais ces petites annonces étaient lues par pas mal plus de monde qu’on ne le pense, sans conséquence. On regarde, on fantasme un peu, on referme le journal, fin de l’histoire.

  Un avant-midi idéal, sans trop savoir à quel moment précis la décision s’est cristallisée, j’ai composé le numéro. Sonnerie. Déclic. Répondeur.
  « Allo, vous êtes bien chez Coiffure Confidence. Je suis désolée, je ne peux pas répondre à votre appel en ce moment, mais laissez-moi votre nom, votre numéro et le motif de votre appel, et je vous rappellerai dès que possible. Merci. Biiip. »
  Je raccroche, la respiration courte. Pas question que je laisse mon numéro pour un service… disons particulier. Je reste là quelques secondes, le combiné encore bouillant dans la main. Je me repasse cinquante fois le scénario que je m’étais préparé.
  Recomposition, ça sonne.
  — Allo, Coiffure Confidence, Mélina à l’appareil.
  — Euh… allo… dis-je d’une voix plus basse que nécessaire. Oui… j’ai vu votre… votre petite annonce. Dans le journal.
  — Ah oui ? répond-elle avec un léger rire dans la voix. Laquelle ? Il y en a plusieurs. Celle pour les brushings à domicile ou celle pour la coupe dégradée masculine ?
  Panique intérieure. Je ne savais même pas qu’il y avait des variantes, à moins qu’elle me teste.
  — Euh… la coupe. Oui. La coupe dégradée. C’est ça.
  — Parfait. Vous voulez un rendez-vous ? Les jeunes hommes sont mes meilleurs clients, toujours vraiment satisfaits, ajoute-t-elle en riant d’un rire sonore, un peu rauque.
  Heureusement que je suis au bout du fil. Elle ne peut pas me voir rougir. Quoique… elle doit l’entendre.
  — Oh… ben… j’espère que je vais être content, oui. C’est la première fois que j’appelle pour… un rendez-vous.
  — Un jeune homme qui prend sa tignasse en main, j’aime ça. Vous êtes libre quand ? Dans une heure, ça vous irait ? Je viens de finir avec un client et j’ai un petit trou.
  — Une heure ? Wow. Euh… oui. Oui, ça marche. C’est rapide, pense-je rapidement sans se faire d'allusions sur le « petit trou ».
  — C’est ça, le progrès. Alors c’est noté. Mon salon est dans le petit centre commercial du boulevard, entre le dépanneur et la pose d’ongles. Vous ne pouvez pas me manquer. À tantôt.
  Je raccroche un peu trop fort, porté par une montée d’adrénaline qui me fait douter de ma propre audace. J’ai pris rendez-vous, pour vrai, sans savoir à quoi m’attendre.
  À l’époque, les histoires de motards des Hells Angels qui contrôlaient des activités connexes dans le quartier circulaient allègrement. Mon imagination faisait des scénarios dignes d’un film de fin de soirée avec des gros bras, mais bon. J’ai pris mes clés et je suis sorti, sans prévenir personne.

  Arrivé sur place, je n’ai pas eu à chercher longtemps le strip commercial, que je connaissais. Un petit local discret, coincé entre deux vitrines anonymes, rien d’extraordinaire dans un quartier où ce genre de local est souvent inoccupé.
  Une enseigne modeste annonçait « salon de coiffure ». Peut-être un rideau à demi tiré, une banalité presque insultante quand on la comparait au tumulte intérieur que je traînais.
  J’ai poussé la porte, une petite clochette annonce mon… audace.
  L’odeur m’a frappé en premier. Un mélange de shampoing aux agrumes et d’un parfum plus brut qui rappelle le cuir ou la fumée de cigarette incrustée dans les meubles. 
  Le local est petit, éclairé par un abat-jour un peu kitsch dont la lumière se reflétait dans les miroirs. Partout, des miroirs multiplient ma silhouette tendue et mon regard nerveux, qui s'attend à voir la police débarquer.
  Au centre, un trône qui attend son sujet, une chaise de coiffeur noire et luisante prête à accueillir mes fesses. Je me suis dit, en avalant ma salive, « trop tard pour reculer ».
  Mélina, ouf, elle est là, adossée au comptoir, à me regarder entrer avec un sourire qui n’a rien de celui d’une coiffeuse pressée.
  C’est autre chose. Un sourire de prédatrice qui sait exactement comment garder le gibier dans son enclos sans même fermer la porte.
  Elle est exactement comme je l’avais fantasmée et ça met mon sang-froid à rude épreuve.
  Franchement, quel gars de dix-huit ans reste impassible devant une professionnelle en pantalon de cuirette noire moulante qui épouse des hanches larges… magnifiquement galbées ? Ses cheveux noirs sont tirés en un chignon strict qui dégage un visage maquillé avec goût. Rien d’exagéré. Juste assez pour souligner ses traits.
  Ce sont ses yeux qui me déstabilisent… d'un vert ambré, clair, qui ne me lâche pas une seconde. Sa blouse de coiffeuse en polyester s’accorde trop bien avec son bas du corps et son tablier d’instruments qui pend sans grande rigueur, sachant que ce n’est pas le peigne qui retient l’attention.
  — Alors ? C’est toi, mon jeune homme gêné ?
  Sa voix est la même qu’au téléphone, chaude et légèrement rauque, sauf qu’en vrai, elle résonne dans mon thorax.
  Je hoche la tête, incapable de produire une phrase complète. Elle désigne la chaise d’un geste qui ne laisse aucune place au débat.
  — Installe-toi.

  Le cuir est froid sous mes cuisses moites. Elle se place derrière moi. Son parfum m’enveloppe, quelque chose qui me rappelle le thé  de ma mère mélangé à… une chaleur… ouf oui !
  Ses ongles effleurent ma nuque pour ajuster la cape de nylon, un frisson inattendue me traverse. « Elle m’a touché » ! Mon cerveau encore immature interprète ça comme un événement majeur.
  — Alors, la coupe dégradée, c’est ça ?
  Elle prend un peigne, glisse ses doigts dans mes cheveux. Geste professionnel, oui. Mais chaque contact me semble chargé d’électricité.
  — Tu as de beaux cheveux, épais et j’aime ça.
  Dans le miroir, son regard accroche le mien. Elle ne le détourne pas.
  — Tu sais… ma petite annonce mentionne aussi des options. Pour une expérience vraiment unique.
  Mon cœur accélère. Est-ce le point de non-retour ou la meilleure stratégie marketing du quartier pour vider le compte bancaire d’un étudiant nerveux ? Elle cesse de peigner et pose ses mains sur mes épaules.
  — La coupe standard, c’est vingt dollars. C’est bien, mais c’est… ordinaire.
  Elle laisse planer le mot.
  — Pour quarante, je peux faire la coupe les seins nus. Comme ça, tu as une vue imprenable. Pour soixante, je ne garde que mon tablier.
  Elle recule d’un pas et fait semblant de préparer ses instruments, me laissant mijoter dans mon indécision.
  — Et pour soixante-quinze dollars, je fais toute la coupe, le shampooing, tout, complètement nue. Aucune entrave. C’est mon expérience Confidence Totale. C’est ce que mes clients réguliers préfèrent.
  Un vrai silence tombe. J’entends mon sang battre dans mes tempes. J’essaie d’imaginer la scène et je me demande très sérieusement comment elle gère les cheveux qui tombent.
  L’image est amusante et étrangement concrète. C’est exactement la promesse de l’annonce.
  — Alors ? On fait confiance, non ? C’est pour ça que ça s’appelle Coiffure Confidence.
  J’ouvre la bouche. Rien ne sort. Je rassemble ce qu’il me reste de courage.
  — Les… seins nus.
  Un large sourire s'étire dans le visage de Mélina.
  — Excellent choix. Comme premier pas, c’est toujours le plus excitant.
  Elle disparaît derrière un rideau au fond du local.
  — Je reviens. Ne t’en va pas, je suis très professionnelle.
  Je me retrouve seul avec le bourdonnement de la climatisation et ma respiration qui refuse de se calmer. Quelques secondes plus tard, elle revient.
  La blouse a disparu. Elle ne porte plus que son pantalon noir moulant et un soutien-gorge en dentelle sombre, semi-transparent, qui laisse deviner la forme de ses seins sans tout révéler d’un coup.
  Elle s’approche, consciente de l’effet produit. Je fixe le miroir, incapable de la regarder directement.
  — Voilà. C’est mieux, non ? Plus simple. Juste toi, moi, et tes cheveux.
  Elle reprend sa place derrière moi. Quand elle se penche, sa poitrine frôle mon crâne. La chaleur de sa peau me traverse comme un choc bref.
  — On va te faire une coupe qui va faire tourner les têtes. La tienne tourne déjà, pas vrai ?
  Le cliquetis des lames devient le rythme de la scène. Des mèches tombent sur la cape et parfois sur sa peau. L’une d’elles se pose sur le haut de son sein. Elle continue de couper sans la retirer, une banalité sans plus.
  Puis, d’un geste lent, elle la balaie du bout de l’ongle, les yeux rivés aux miens dans le miroir.
  À ce moment-là, je comprends. Les cheveux qui piquent, c’est secondaire. Le spectacle fait partie du contrôle. Elle mène le bal et moi, je suis le figurant.
  Elle finit par lâcher, avec un demi-sourire :
  — Je crois que tes cheveux me chatouillent un peu trop.
  Elle me tourne le dos.
  — Détache-moi ça. On va être plus à l’aise.
  C'est mon baptême des agrafes de soutien-gorge. Mes doigts hésitent avant d'en trouver la mécanique.
Tu me jures que tu ne quitteras plus des yeux mes gros lolos ?
 Je déglutis… et répond d'un soupir.
Oui… je… le… jure… 

  Hooooolala. Calmez-vous. Il n’est rien arrivé d’autre. J’ai eu ce que je voulais, et même au-delà de ce que j’avais imaginé.
  Après la coupe, mes souvenirs sont trop flous. Je ne me rappelle plus de mon état d’esprit en quittant le salon.
  Mais j'en sais une chose : mis à part une visite aux danseuses nues, c’était la première fois que j’avais des seins aussi près de moi, la première fois que je défaisais un soutien-gorge et que je voyais l’élastique tendu glisser entre mes doigts.
  Si vous êtes une femme et que vous lisez ceci, sachez que pour un homme, même rendu dans cinquantaine, ce geste garde quelque chose de m-a-g-i-q-u-e.
  Ne croyez pas pour autant que cette coiffeuse ressemblait à un mannequin de grand magazine. Elle avait plutôt le profil stéréotypé d’une mère de famille d’une quarantaine d’années, des hanches  fermes par quelques grossesses, des seins généreux qui avaient du vécu, un ventre marqué par le temps et une poignée d’amour assumée. À mes yeux de dix-huit ans et de la cinquantaine, elle était parfaite, réelle, accessible… déstabilisante.
  Par curiosité, j’ai fouillé un peu pour en savoir plus sur ces salons de coiffure sexy du début des années 90.
  Je n'ai absolument rien trouvé de vraiment documenté. Ça relève surtout du folklore urbain. Des salons en apparence anodins, parfois tenus par de petites équipes féminines, proposaient derrière la vitrine des shampoings topless, des massages légers ou des extras plus privés.
  Ça parle d’initiatives semblables à Sydney, tentant d'y structurer une industrie de la coiffure « avec extra », mais la morale publique et les complications légales ont vite freiné l’élan.
  La discrétion était la règle, autant pour les coiffeuses que pour les clients en quête d'une expérience… un peu moins familiale. Disons que quand une femme te parle coiffure pendant que sa poitrine se balance en accompagnant ses gestes, tu deviens étonnamment discret.
  Alors voilà. Merci d’être passé par le blogue. Ne partez pas à la recherche de ce genre de salon, c’est probablement devenu marginal ou ça a tout simplement disparu. Peut-être que le concept s’est recyclé ailleurs, fusionné avec d’autres services genre massage, où le cuir chevelu reçoit une attention toute particulière. Qui sait ? À la revoyure !



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