189- Une séduction sous-traitée (14DEC25 2/2) !
Je vais m’obliger tout de suite à m’attaquer à la seconde partie de ma
mini-série de texte. Ne vous en faites pas : il n’y aura pas de Lucie cette
fois… ou à peine.
Oui, oui, la fameuse avatar de la p'tite-frite est éligible à sa
pension de vieillesse pour 2025, en service derrière les comptoirs des
restos Lafleur depuis 2022.
L’agence Dreww, qui a créé le personnage, a tout intérêt à
veiller que Lucie… demeure Lucie. C’est ça, la magie. Tant que le personnage
demeure lié au marketing web, impossible de trouver un profil d’actrice en
fouillant l'Internet. Théoriquement , la vraie Lucie n’est ni syndiquée
ACTRA (Alliance of Canadian Cinema, Television and Radio Artists), ni
UdA (Union des Artistes).
Je me suis dit qu'en fouillant les profondeurs de Reddit, je
trouverais peut-être l’identité de la vraie Lucie ? Mais pourquoi briser le
sort, la magie, l'envoûtement ? Ma réponse est venue, je ferme le dossier là.
Allez plutôt lire le billet
188 avant
d’entamer celui-ci, ça va vous éviter de me poser des questions comme si
j’étais le ChatGPT de la rondeur, hihihi !
Bon. Ce dont je veux vous entretenir, ça fait suite à la première
partie et porte un nom un peu ésotérique : « page de curation ».
Quoi? Hein? Oui, je sais, ça sonne comme un terme inventé par un
stagiaire en communication un vendredi après-midi. Pourtant, c’est assez
simple : la curation, c’est l’acte de sélectionner, d’organiser et de
présenter des informations ou des objets pour les rendre digestes pour un
public.
Le mot vient des musées : le curateur choisit des œuvres, les place
dans un ordre logique, et voilà. Je vous le jure, c’est tout juste dans la
cinquantaine que je comprends à quoi sert le curateur du musée. Mieux vaut
tard que jamais.
Maintenant, une « page de curation » est une page web qui
rassemble des contenus sur un thème précis. Est-ce que mon blogue, qui parle
essentiellement de femmes rondes, est une page de curation ? NON.
Vous manquez un détail important… mon blogue n'est pas un musée. Je
suis un artiste qui crée des œuvres et qui les accroche dans sa propre
galerie.
La page de curation, pige des œuvres partout, ramasse des images et des
vidéos, remplie son musée virtuel et monétise les visites au passage…
j’imagine. Ce n’est vraiment pas le but de mon blogue, rassurez-vous.
Pourquoi je vous parle de ces curateurs du web ? Parce que,
sur mes réseaux sociaux, je suis abonné à tout un monde d'artistes de la
courbe : des femmes rondes qui montrent leur haul d’épicerie avec une
nonchalance désarmante, des femmes grosses qui aguichent avec deux pas de
danse et un sourire qui tue, des femmes obèses qui poussent leur compte
OnlyFans comme si c’était leur PME familiale.
Bref, un éventail de personnalités qui me recrutent sans effort dans le
petit coin feutré de mes fantasmes et qui m’inspirent, je l'avoue bien bas,
beaucoup plus que bien des campagnes de pub.
Depuis que je n’ai plus honte de m’afficher comme admirateur assumé de
courbes trèèèèès généreuses, l’algorithme des réseaux me bombarde de
personnalités du bourrelet.
On dirait qu’il me dit : «
Hey, viens par ici, j’ai quelque chose pour toi… » Résultat : je me
retrouve invité à m’abonner à toute une ribambelle de pages de curation qui ne
cessent de me faire de l'œil. Ouin, je sais, qu'est-ce que ça mange en hiver ?
J'y arrive.
En gros, ce sont des comptes avec des noms aussi évocateurs que
Miss Camillia Love, Natalia Majestic ou Soulmate Hub.
Évidemment, ma petite chaumière intérieure s’anime, je clique, je fouille, je
regarde… et plus je creuse, plus la déception me rattrape.
Parce qu’au bout du compte, ce n’est jamais vraiment «
Miss Camillia », ni « madame Natalia ». C’est un gars. Oui oui,
un gars bien ordinaire, quelque part dans son salon, planqué derrière un
pseudo mielleux et un avatar photogénique.
Lui, son quotidien, c’est de ramasser du contenu ailleurs : des photos
de femmes en bourrelets version boudoir souvent prises sur des comptes
publics, parfois même tirées d’OnlyFans. Puis, il les balance comme si c’était
sa « muse » personnelle ou comme si c'est son avatar numérique.
Le but ? L’art ? L’admiration sincère des corps ? Ben non. On n'est pas
dans un musée avec une démarche éducative. Son objectif, c’est d’attirer un
trafic d'homme un peu perdus entre la fascination et leurs pulsions.
Après, il monétise sa visibilité, il récolte des abonnés, il se fait
aller le nombril numérique. C’est de la marketing, du m-a-r-k-e-t-i-n-g.
Bien assis dans ma chaise, je regarde ça aller et je me dis : câline,
si vous saviez qui tient vraiment ces comptes, vous arrêteriez de leur dire «
tu es tellement belle ma princesse voluptueuse ». Parce que non
seulement ce n’est PAS la fille qui vous répond… mais en plus, ce n’est même
pas SON compte.
Le vrai jeu commence quand vous naviguez sur ces pages. Le nom de la
modèle toute en bourelets, celle qui attire le regard au premier scroll, est
presque toujours absent. Pas de tag, pas de crédit, rien. Comme si la femme
n’existait que comme décor de pulsion, une silhouette empruntée pour garnir un
musée imaginaire.
Son identité ? Elle est floutée, enterrée, claviardé volontairement
(même si j'en connais plusieurs… virtuellement). Pourquoi ? Parce que si tu
connaissais son vrai nom, tu pourrais la retrouver, t’abonner directement à
elle, liker ses vraies photos, investir dans sa véritable plateforme.
Ça briserait le petit commerce du curateur anonyme. Il veut garder le
contrôle sur la vitrine, décider quelle modèle entre ou sort de sa galerie. Et
plus il entretient le mystère, plus les visiteurs se perdent dans ses couloirs
numériques.
Le plus renversant là-dedans, c’est le rôle que le « curateur »
se donne. Il parle comme s'il est la modèle affichée. «
Merci pour vos beaux commentaires », «
vous êtes tellement gentils mes chéris », ou encore «
nouvelle photo ce soir 😘 »… alors qu’en réalité, c’est souvent un gars
dans son sous-sol, un café froid à côté de son laptop, bien loin du corps
qu’il exhibe pour attirer les regards.
Pourtant, les abonnés mordent. La page « devient » la modèle du
moment. C’est une pièce de théâtre où le comédien s’efface derrière un avatar,
et où le public applaudit sans jamais remettre en question le masque.
Une illusion aussi bien montée que ma fameuse Lucie des restos Lafleur
: charmante, attachante… mais entièrement inventée.
Les commentaires sous les publications de ces pages, ouf, ça me fait
pas mal lever les sourcils… pas pour du grand art. On y voit des hommes écrire
des trucs comme : « viens à Montréal, je t’invite à souper », «
je pense t’avoir vue au centre d’achat ? », «
t’habites où ma belle ? »
Comme si la femme allait répondre pour vrai. Comme si toute cette mise
en scène pouvait se transformer en rendez-vous réel, clé en main, avec dessert
inclus.
Ils ne réalisent pas ou ils ne veulent pas réaliser, qu’ils parlent à
un décor. À un avatar monté pour titiller l’envie, entretenir la faim, flatter
le fantasme.
C’est un peu comme envoyer une lettre au Père Noël en croyant que c'est
lui qui répondra… pas un bénévole en burn out à écouter Mariah Carey, se
retenant de signer « Grincheux »…
Avouons-le, y a quelque chose de tristement humain qui s'affiche avec
ses commentaires. Le besoin d’attention est si grand que même une illusion pas
trop bien soudée peut suffire à calmer la petite fringale numérique.
Bon… votre blogueur entretient parfois la « conversation » avec
quelques modèles bien réelles… mais chuuuuut… ça ne compte pas…
c’est pour la recherche.
Parfois, ces histoires d'avatar vire au film d’horreur : rappellez vous
du faux Brad Pitt qui a siphonné les économies d’une fan trop
confiante.
Mais ça, gardons l'histoire pour une autre chronique — celle des
arnaques amoureuses où Cupidon a un VPN (Virtual Private Network) et un
compte bancaire au Nigeria.
Les commentaires, c’est vraiment un monde parallèle, un petit théâtre
d’illusions où certains hommes choisissent d’y croire. Je ne pense pas qu’ils
sont naïfs comme des poussins. C’est de l’aveuglement volontaire, presque
confortable.
Ils savent très bien que ce n’est pas la vraie modèle qui écrit. Que ce
n’est pas elle qui lit leurs « salut beauté ». Mais ils jouent le jeu.
Parce que, pendant trois secondes, ça donne l’impression de parler «
à elle »… d'être l'heureux élu qui reçoit une réponse de la femme qui
est son fantasme. Parce que ça remplit un petit vide, quelque part entre le
désir et la solitude numérique.
J’en ris un peu, mais jamais d’eux. Au contraire, ça m’arrive de dire à
des connaissances célibataires, un peu affamées d’attention numérique : «
Pourquoi t’épuiser à parler à une page fantôme ? Va donc échanger avec de
vraies modèles de ton coin, dans ta langue. Tu vas voir, c’est moins
exotique, mais drôlement plus efficace. »
Qui sait, peut-être qu'il y aurait une chance de la croiser pour vrai
au café du coin… ce qui bat n’importe quel « coucou ma belle ❤️ »
envoyé à un avatar géré depuis un sous-sol de l’Ohio, entre deux
brassées de lavage.
Ben oui, en 2025, l’interaction authentique existe encore. Faut juste
éviter de traîner nos pattes numériques dans un monde d'illusions.
Quand on regarde ce qui se passe en DM chez les vraies femmes cette
fois, on retombe exactement dans la même mécanique.
Les messages non sollicités qu’elles reçoivent, sont des romans de
compliments, des invitations un peu insistantes, des déclarations enflammées
qui sortent de nulle part… c’est le même réflexe humain : vouloir un écho,
vouloir être vu, entendu, désiré. Même si c’est maladroit, même si c’est hors
contexte, même si ça atterrit dans la mauvaise boîte courriel 99 % du temps.
C’est le même moteur émotionnel que dans les commentaires sous les
pages de curation, mais amplifié. Parce que là, la femme existe vraiment, et
c’est elle qui doit gérer l’avalanche de messages.
Et pendant qu’elle fait ça, quelque part, un gars écrit encore : «
je pense t’avoir vue au centre d’achat ».
En fin de compte, jouer avec les communications numériques, c’est
surtout vouloir se faire voir, avoir l’air intéressant et exister dans le
regard d’une personne désirable.
Peut-être que, quelque part, on traîne tous un vieux rêve de jeunesse :
avoir des groupies, vivre une mini-vie de rockstar, se glisser dans
l’arrière-scène avec une fan trop enthousiaste… Ouin.
J’avoue que c’est un fantasme assez dodu pour votre humble blogueur. On
s’en reparlera une autre fois autour d’une bière pas trop froide, mettons.
Voilà ! J’espère quand même avoir démystifié un petit quelque chose
pour vous. Parce que oui, même si Lucie est un produit virtuel, je sais très
bien qu’une femme bien réelle du même acabit pourrait me chambouler solide.
Que ce soit dans le rayonnage des fruits et légumes, en train de
choisir ses poires comme si elle évaluait un candidat amoureux, ou derrière un
comptoir de cantine à préparer des pétak-frites avec un sourire capable de
réchauffer un congélateur.
Et merci sincèrement pour votre passage sur la blogue. Promis, juré,
vous ne recevrez jamais un DM non sollicité de ma part.
Je garde mes maladresses pour ici, où au moins vous êtes
consentants, hihihi ! À la revoyure !
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