224- Cœurs de pierre (26SEP26 1/1) !
Hoooolala, la saison des festivals, si courte soit-elle, elle m'en a fait voir de toutes les couleurs. Partout à travers la belle province, des listes de chanteurs invités me font de l'œil pour que je m'arrête l'espace d'une soirée et… pour quelques vingtaine de dollars dépensés, vivre un petit moment d'exception dans une localité reculée.
Un jour, je devrais bien aller au festival de la gibelotte de Sorel ou au festival du cochon de Saint-Perpétue, mais encore cette année, je me suis limité à mes valeurs sûres, qui n'incluent pas Osheaga ou Woodstock en Beauce non plus.
Ce n'est plus ben ben dans le créneau d'un vieux quinquagénaire. À mon âge, mes festivals doivent permettre d'amener une chaise pliante… tsé… mon pauvre dos.
Ce que je disais avant mon souvenir de la bénévole, c'est que la directrice de l'événement d'aujourd'hui, elle m'avait envahi, occupant tous mes neurones et s'accaparant la totalité de mon libre arbitre.
Petite exception à ma règle, au Festival de jazz de Montréal, j'ai eu l'audace de troquer ma chaise pour des bottes à cap en affrontant la foule devant Angine de Poitrine.
Faut croire qu'une fois de temps en temps, même un vieux bonhomme doit sortir de sa zone de confort. Mais la plupart du temps, je demeure fidèle à mes petites habitudes.
J'aime ces événements où l'ambiance est plus tranquille, où les mêmes visages finissent par devenir familiers et où une simple soirée de musique peut se transformer en souvenir inattendu.
Quand on retourne régulièrement aux mêmes événements modestes, presque d'année en année, on finit par y faire des rencontres improbables qui reviennent nous saluer… vous me voyez venir !
Suivez-moi donc aujourd'hui dans ce petit road trip d'une heure et demie et 40 $ d'essence, pour aller visiter une localité hôte d'un événement annuel où je m'ose environ une année sur trois, mais qui prend de plus en plus d'ampleur.
En parlant de rencontres improbables… tenez, prenez la directrice de l'événement dont je vous parle.
Lorsque je l'ai découverte, il y a trois ans, j'ai été frappé par une soudaine amnésie sur la raison de ma présence à cette grande fête… alors que j'avais les yeux en admiration et le cerveau en ébullition.
La directrice qui était planté dans l'arrière scène, était une femme au gabarit rêvé pour un FA comme votre blogueur… hoooolala oui ! Chers lecteurs et lectrices, je pense bien que c'était pratiquement la première fois qu'une telle silhouette féminine se retrouvait à quelques mètres de ma frêle personne.
Elle avait cette stature… cette façon bien à elle de truquer les équations de la gravité au point de mettre en doute la physique moderne.
À partir de cet instant, le reste du festival aurait bien pu passer au feu que je ne m'en serais même pas rendu compte. J'avais juste des yeux pour elle, pendant que j'étais plantée comme un chêne imperturbable au beau milieu d'un mosh pit qui se déchaînait au rythme des profondes basses.
Trois ans plus tard, me revoilà à ce fameux événement, avec l'espoir de l'apercevoir encore une fois. Était-elle toujours égale à elle-même ? Égale au souvenir que j'en avais gardé ? Ou mon cerveau d'admirateur avait-il fini par l'embellir, l'imposer davantage et sensualiser son image au fil des années ?
Ouf ! Je sais bien… incorrigible je suis ! Et madame la directrice (je suppose que c'est son titre) ne fut pas la seule à retenir toute mon attention.
D'autres personnages sont venus alimenter mon imagination et me fournir amplement de quoi vous pondre un texte où mes émois risquent encore de prendre des proportions déraisonnables.
Pour vous faire rouler les yeux de désespoir… et me faire saliver au passage, laissez-moi vous présenter le menu, somme toute assez frugal, de cette aventure.
D'abord, il y eut un couple installé dans les gradins, juste en face de moi. Madame était très en… « forme ». Son chum semblait manifestement habitué à attirer les regards, puisqu'il ne se gênait pas une seconde pour flatter, cajoler et couver sa compagne en plein cœur de la foule, comme si le reste du festival avait disparu autour d'eux.
Un peu plus tard, une autre scène m'a fait tourner la tête… hoooolala oui. Une femme que je pourrais qualifier de plus-plus-plus-plus-size, couvrait littéralement son copain de petites marques d'affection, de plus en plus intimes, devant tout le monde, sans la moindre pudeur. Je vous rassure, rien d'indécent, mais suffisamment démonstratif pour que même votre Intello Coquin en ressente une pression… très connue chez les messieurs.
Deux scènes, deux couples, deux façons bien différentes d'assumer les rondeurs, l'amour et les regards des autres en plein espace public.
Fidèle à mes vieilles habitudes, planté là avec mon calepin mental à tout observer, à tout enregistrer... et déjà en train d'écrire ce billet dans ma tête.
Me revoilà donc dans cette petite ville, un beau jour de juillet… alors que je ne m'attendais pas du tout à y remettre les pieds cette année. Détrompez-vous, ce n'est pas l'effet FOMO (Fear Of Missing Out), cette peur de rater quelque chose, cette angoisse de passer à côté d'un événement, qui m'a ramené dans les parages.
Pour vous dire la vérité, il y a trois ans, je m'étais plutôt dit : « Je suis venu, j'ai vu, j'ai vécu. » Même que j'avais pris le temps à l'époque, de m'imprégner de la culture locale autour d'une poutine… qu'Olivier Primeau n'aurait probablement pas aimé. Le fromage ne squick-squickait même pas sous les dents… déception.
Bref, je ne prévoyais pas y revenir avant cent ans, même si j'avais été marqué au fer rouge ou… touché par une flèche de Cupidon.
Je vous l'ai déjà glissé dans la prémisse de ce texte : cette femme, probablement dans une cinquantaine bien assumée, représentait un véritable trou noir de quelque soixante-quinze pouces de tour de taille pour votre blogueur !
Chaque fois que mon regard croisait sa silhouette, j'étais inexorablement aspiré par son immense attraction. Je me perdais dans la distorsion de ses courbes, incapable de m'arracher à l'horizon de sa chair. Oooohmycurve !
De mémoire d'homme, jamais je n'avais côtoyé d'aussi près une femme aussi généreuse de son tour de hanche. Et je ne prendrai même pas la peine de vous expliquer ce que j'entends par « généreuse ». Je pense que vous me connaissez suffisamment rendu au texte 224.
— Coucou, monsieur le blogueur ! C'est encore nous, les lecteurs. On vient interrompre tes réflexions.
— Ça me fait toujours plaisir d'interagir directement avec vous ! Ne vous gênez surtout pas.
— Tant mieux. Parce que nous autres aussi, on a une réflexion à ton sujet…
— Guuuurlp… ah bon ? Et elle concerne quoi ?
— Tu veux vraiment nous faire croire qu'après 224 textes, tu n'avais jamais côtoyé une femme au tour de taille dans le soixante-dizaine ? On n'y croit pas ben ben.
— C'est pourtant la vérité. Enfin… presque.
— Ah ! On le savait ! Il y a un « presque ».
— Disons que… maintenant que vous m'obligez à fouiller dans mes souvenirs, il y a effectivement quelqu'un d'autre qui vient de me revenir en tête.
— Vas-y. On t'écoute.
Alors que je me remémore de petites choses en écrivant ces lignes, je me suis effectivement rendu compte que j'ai déjà « côtoyé » une autre directrice qui avait beaucoup… beaucoup de pogne. Vous comprenez, hein.
Cette autre fois, c'était lors d'un événement bénévole où la cheffe du groupe était venue rejoindre mon petit groupe autour de la table de pique-nique.
Je ne connaissais absolument pas cette femme… mais la magie de sa trèèèès grande taille a opéré dès la première milliseconde où ses cuisses se sont affalées sur le banc. OMGODDESS !
J'étais instantanément enseveli sous des désirs de rapprochement. Vous pouvez me croire, je l'ai regardée jusqu'à m'en imprégner les rétines, je l'ai écoutée jusqu'à en avoir des acouphènes de bonheur et je l'ai effleurée jusqu'à m'en donner de l'urticaire de désir.
Oooooh oui, vous pouvez me croire. Même si ses yeux disparaissaient derrière des verres fumés, moi, j'avais tout vu !
Un autre jour, j'en ai parlé à une de ses subalternes, qui s'est pratiquement enflammée… mais pas exactement dans le même sens que moi.
— S't'une criss de bitch !
— Ben voyons donc ! Je lui ai parlé l'autre fois, j'ai pas fait ce lien-là pantoute.
— La maudite veut tout le pouvoir. A décide de toute sans consulter parsonne. Sa loi est la loi.
— C'est censé pas avoir de lutte de pouvoir dans une organisation bénévole.
— Ben quin ! La grosse a pas compris ça. Peu importe, je comprends pas pourquoi tu peux avoir un kick dessus… t'es pas normal.
Ouin. Cette connaissance bénévole était mince et athlétique et n'éprouve, encore aujourd'hui, que de la répugnance devant mon attrait… particulier !
Peu importe qu'elle soit réellement une bitch ou non, son mandat a fini par arriver à terme et elle a été remplacée par quelqu'un d'autre qui, à son tour, a goûté au pouvoir suprême.
La fameuse directrice bénévole, déchue de son poste, est aujourd'hui d'une taille beaucoup plus moyenne à la suite d'une chirurgie bariatrique. Pour moi, elle est devenue presque méconnaissable, ayant perdu son suprême pouvoir attractif… du moins pour moi, si j'ai bien compris la dynamique du groupe.
Mais cette petite lueur dans ses yeux est toujours là ! Le feu d'artifice qui m'avait poussé à m'approcher d'elle un jour continue de pétiller quelque part, malgré tout.
Oups ! Vous raconter cette tranche de vie n'était absolument pas prévu au programme. Si vous le voulez bien, retournons à mon festival, où se tient un spectacle parfaitement non-FOMO.
Psssst… acceptez que je m'égare teeeeellement facilement lorsqu'il est question de feeeeling et de bourrelets.
Naturellement, ses courbes y étaient pour beaucoup dans mon entière dévotion. Mettons qu'après trois ans, si je m'en souviens encore, une petite parcelle de mon moi est toujours sous son emprise.
Je me rappelle de la façon dont madame la directrice gardait sa troupe d'employés parfaitement organisée, de la manière dont elle regardait son monde, de sa façon de bouger.
J'avais tellement envie de lui apporter un petit soutien affectif pendant que le monde tourbillonnait autour d'elle sans qu'elle n'en fasse vraiment partie.
Moi non plus, d'ailleurs, je ne faisais pas partie de son univers. Je n'étais qu'une particule qui gravitait autour de son pôle attractif, un ion qui ne désirait qu'une chose : s'y lier et précipiter dans ses bras !
Honte à moi, je n'ai surtout pas la drive nécessaire pour m'attaquer à ce genre de flirt non sollicité. Je suis beaucoup plus brave derrière mon clavier que devant une femme capable de me faire perdre mes moyens en restant simplement plantée là.
Anyway, trois ans plus tard, me revoilà sur ce même espace sidéral où la directrice avait jadis accaparé toute mon énergie. Même Einstein l'avait prévu avec son célèbre E = mc². Autrement dit, plus la masse est grande, la constante c demeurant invariable, plus l'énergie dégagée est considérable.
Alors, vous comprenez maintenant l'énergie romantique qu'elle me faisait monter, vivre et ressentir ?
Newton, lui non plus, n'avait rien laissé au hasard avec sa loi de l'attraction universelle : F = G(m₁m₂/d²). Y avez-vous déjà pensé mathématiquement ? Si la masse augmente, la force d'attraction augmente elle aussi, tandis que plus la distance entre les masses diminue, plus cette attraction est phénoménale.
En somme, madame la directrice avait toutes les équations en sa faveur pour être simplement… irrésistible !
Ouf. Dès que j'ai accédé au site de l'événement version 2026, croyez-le ou non, je me suis mis à la recherche de la fameuse directrice, sans vraiment croire que j'allais la revoir.
C'était comme un petit « guest », un « pourquoi pas, pendant que j'y suis ». La configuration du site avait changé depuis ma dernière visite, mais l'ambiance festive bonne enfants demeurait.
Enfer et damnation ! Déception quand tu nous tiens : ma mission « cherche et trouve » dans cette galaxie spirale ne semblait mener nulle part. Je devais me rendre à l'évidence que les forces bourrelesques qui avaient bouleversé mon premier voyage ne sont pas de la partie cette fois-ci.
Je ne devais tout de même pas me laisser envahir par la défaite. Il fallait que je me ressaisisse et que je m'avoue une chose… je n'étais pas venu ici pour la directrice… mais oui.
Pendant que les troupes au sol offraient un spectacle haut en couleur et que le soleil chauffait la couenne, ma conscience fut soudain accaparée par une femme définitivement ronde, installée sur l'estrade directement devant mes yeux.
Intéressant pour mon instinct de chasseur… ayant tendance à être plutôt la proie. Il ne me fallut pas bien longtemps pour que je lui colle l'étiquette de « mère de famille », deux petites fillettes particulièrement turbulentes s'agitant sans relâche à sa droite.
Le corps massif et recroquevillé de leur mère tenait en équilibre précaire sur ces estrades de bois qui semblaient dater de la Nouvelle-France.
De ma position, je me suis donné tout le loisir de détailler sa silhouette, notamment ses bourrelets qui formaient… ces plis tellement… huuuum… de multiples plis.
Ceux-ci rendaient presque méconnaissables les nombreux tatouages qu'elle exposait sur des parcelles de peau rendues, ou tendues, visibles par un débardeur assez… révélateur.
Mes pulsions doduesques n'arrivaient évidemment pas à percer la noirceur de ses grosses lunettes de soleil. Elles se rabattirent donc sur sa chevelure, attachée en une queue de cheval parfaitement lisse, puis sur ses traits impassibles, figés comme ceux d'une statue. Impossible d'y détecter la moindre émotion.
Je sais bien que l'impassibilité est une émotion en soi… mais quand même ! Elle ne bougeait pas d'un iota, même lorsqu'elle se faisait bousculer par ses deux petits monstres turbulents. Une véritable statue de bronze au milieu du chaos familial.
Ce qui me confirmait sa texture de bronze, c'est que même en recevant les caresses de son copain, assis un étage plus haut derrière elle, rien n'y faisait.
L'homme aux mains baladeuses avait l'audace de les glisser le long du gros renflement de sa taille, d'y rester un moment, de le prendre délicatement, puis d'en parcourir le chemin en sens inverse. Il remontait ensuite le long des bras, redescendait, flattait, cajolait, bécotait… rien. Du bronze, je vous dis !
Ce copain au style métalleux en vacances, visiblement amoureux et assurément FA, a fini par lui chuchoter quelque chose à l'oreille avant de déposer un bec sur sa joue et de glisser une dernière fois sa main dans son dos. Il est parti pour une raison qui lui était propre, sûrement pour dénicher des rafraîchissements pour son groupe.
Woooow ! Je ne sais vraiment pas quoi en penser. Je n'ai rien perdu de ses gestes, mais je n'ai absolument rien saisi de cette absence de réaction. Cela dit, impossible de porter un jugement sans connaître les motivations de chacune des personnes impliquées.
Je me contente donc d'observer… ce qui, vous commencez à le comprendre, est déjà une occupation à temps plein chez votre blogueur.
Le site du festival ne se résumant évidemment pas uniquement à cette aire gazonnée au centre des estrades. J'amène mes enfants à travers la foule vers une autre scène événementielle, sans estrade cette fois. Quand tu sais que tu n'y seras qu'une seule journée, l'important, c'est de tout voir !
Arrivé là-bas, je découvre une longue balustrade qui maintient les visiteurs dans un espace dédié, debout cette fois. Ce n'est pas la cohue, mais c'est quand même ici que j'encaisse un deuxième choc pour une journée qui avait commencé sur une énorme déception.
Devant moi se profile une nouvelle zone à fort potentiel de feeeelling ! Huuuum… ce n'est pas tout à fait le choc gravitationnel ressenti à l'approche d'une forte masse planétaire. C'est plutôt une série de secousses dans ma carlingue alors que je traverse, malheureusement baptisé, le second « champ aux cœurs de pierre ».
En passant, c'est le seul « jugement » que j'avais porté sur la femme ronde de l'estrade, celle qui ne répondait à aucune caresse. Je l'avais qualifié de cœur de pierre.
— Capitaine, on entre dans une zone de fortes turbufeelings ! lance l'équipage depuis la passerelle.
— Je sais, je sais ! J'ai les mains sur les commandes. Le cerveau central vient d'envoyer un torrent d'endorphines dans les circuits nerveux. Navigateur, que voit-on devant ?
— Une masse imposante, en forme de pomme, mon capitaine. Densité élevée, mais… j'ai une lecture étrange au scanner. Cette masse dégage une énergie bouillante et semble posséder plusieurs volcans en éruption. Les vecteurs de sa trajectoire sont sans équivoque. La collision avec un planétoïde glacé tout près est imminente, un monde où aucune émission de chaleur n'est détectée. Zéro sur toute la surface.
— Ça, cher équipage, ça s'appelle un cœur de pierre. On en a déjà croisé un aujourd'hui, vous vous souvenez ? Insensible à tout genre de stimulation.
— Ah oui ! À éviter à tout prix !
— Exactement. Et on dirait qu'on vient d'en trouver un deuxième. Accrochez-vous, on traverse et profitez-en pour l'étudier.
— Capitaine, permission de poser une question ?
— Allez-y.
— Pourquoi c'est toujours vous qui remarquez ces cœurs de pierre en premier ?
— Disons que mon radar est calibré différemment du vôtre. Occupez-vous de la navigation, moi, je m'occupe des lectures de masse et de densité.
— Reçu, capitaine. On garde le cap.
C'est ainsi, chères lectrices et chers lecteurs, fidèle équipage, que nous avons traversé un champ de cœurs impassibles, sans jamais dévier de ma trajectoire d'admiration.
Devant moi se tenait bien droit un homme plutôt grand et costaud, dans le sens musculature du terme. Il avait tout l'attirail vestimentaire associé à ce genre de personnalité, soit la camisole de sportif, une casquette bien calée, des lunettes de soleil opaques, une panoplie de bracelets au poignet et la barbe fine de trois jours. Il regardait le spectacle de l'autre côté de la balustrade, impassible, droit comme une barre.
— Gros bras, le monsieur ! entends-je derrière moi.
En effet, je ne peux que le confirmer. Ce n'est toutefois pas avec cet état des choses que j'ai encaissé le choc.
À sa droite, une femme visiblement de celles que le corps médical étiquette comme obèses, l'enlaçait comme si elle n'arrivait toujours pas à croire qu'il était à elle… comme si elle savait que passé minuit, il allait disparaître.
Oui, j'enviais cet homme du plus profond de mes atomes. Se savoir objet de désir suprême, sentir qu'une personne veut vous posséder, ça fait partie de la magie d'un moment à deux.
Ouf… disons que ça fait des effets assez convaincants sur l'anatomie masculine !
En tout cas, il se faisait toucher, caresser, flatter, emmouracher, bécoter… littéralement partout où la décence le permettait.
Ohmygooood… mettez-vous à ma place ! C'est sûr qu'au moindre bec qu'elle m'aurait placé sur les lèvres, voisin ou pas, je serais parti pour un french kiss sans espoir de reprendre le contrôle avant… ouin… la décence m'empêche de compléter cette pensée !
Je la regardais tâter chaque parcelle de l'épiderme de son homme, comme si elle capotait sa vie d'avoir enfin ce grand gaillard dans ses bras. J'en ressentais presque les vibrations tellement son bonheur semblait rayonner autour d'elle. À quelques mètres de là, je ronronnais intérieurement devant pareil spectacle.
Hélas, l'homme ne manifestait pratiquement aucune chaleur sous cette dévotion non voilée. Même lorsqu'elle décida de l'entourer de ses bras dodus, écrasant son ventre généreux contre lui, dévoilant à mes yeux quelques charmes de chair par un chandail devenu trop court sous le geste et, en prime, son short de jeans s'étant distendu sous le baiser qu'elle lui laissa sur les lèvres… woooow !
Malheureusement pour elle, monsieur « cœur de pierre » demeura stoïque, les mains presque paralysées sur la rambarde.
Il accepta tout de même sa demande pour un selfie à deux. Enfiiiin ! Un sourire anima le visage de monsieur Univers.
Par contre, l'homme avait des mains hésitantes qui semblaient ne savoir où se poser pour le photo.
Sur les hanches ? « Ben non, c'est trop dégueulasse, le gros bourrelet ! »
Sur la taille ? « Ouish, no way ! Ne jamais toucher aux rouleaux de dos. »
Sur les épaules alors ? « OK, c'est la place la plus safe pour rester dans la friend zone. »
Et voilà comment, en quelques secondes, mon cerveau avait réussi à transformer une simple photo de couple en étude scientifique sur la température émotionnelle d'un homme devant les démonstrations d'affection de sa partenaire.
C'est réellement l'impression que j'ai eue en voyant l'extrême froideur et le manque d'entrain dans les gestes du gars.
Autant pour le couple des estrades que pour celui de la balustrade, je peux bien porter des jugements, apposer des étiquettes ou empiler les préjugés sans connaître les véritables motivations ni l'histoire de ces gens.
En tant que spectateur… particulièrement intéressé… je n'étais tout simplement pas capable de demeurer de pierre à mon tour.
Je ne vous cacherai pas que j'aurais eu un milliard de questions à leur poser. Mon cerveau avait déjà rempli un cargo spatial entier de spéculations sur leurs vies, leurs sentiments et la dynamique de ces couples.
D'ailleurs, à propos de vos propres spéculations, chères lectrices et chers lecteurs, ne vous gênez surtout pas pour les partager en commentaire ! Je dirais même que le but de l'exercice n'est pas de se moquer de ces gens, mais plutôt d'essayer de construire une histoire dont nous ne voyons que quelques fragments.
Si vous avez lu mon texte 218 sur la série « Mon petit renne » (Baby Reindeer), vous comprendrez qu'il m'a été facile de faire un rapprochement avec monsieur Univers. Tsé, l'admiratrice indéfectible prête à tout pour l'homme de sa vie, alors que, de son côté, lui semble ne rien vouloir savoir.
Évidemment, je peux complètement me tromper. C'est peut-être même tout le contraire qui se passe une fois la porte de leur maison refermée. Mais, sur le coup, c'est bel et bien cette impression qui s'est imposée à mon esprit.
Ce qui devait arriver arriva, le spectacle se termina, la foule se dispersa et les commerçants commencèrent lentement à ranger leur barda. Toute bonne chose a une fin.
Mon exploration sociologique des cœurs de pierre se terminait donc, sans que je parvienne à découvrir le moindre théorème universel capable de satisfaire ma curiosité… celle de votre Intello Coquin.
Voilà, il ne me restait plus qu'à faire un dernier tour de piste rapido du site, histoire d'y glaner quelques petites choses à bouffer… pas uniquement à dévorer des yeux comme… comme… ouin… madame la directrice !
GASP ! ELLE ÉTAIT LÀ… par je ne sais quelle magie, adossée à un arbre au beau milieu de l'allée des commerçants.
Woooow !
Je devenais fou de… de… d'envie de lui parler. Ben oui. J'étais planté devant elle, à cinq mètres tout au plus, incapable de savoir comment me comporter. Mes nerfs avaient tout simplement décidé de démissionner en bloc.
Je ne sais pas si elle avait remarqué mon hésitation, mais elle est restée là, parfaitement immobile, les mains dans les poches de son pantalon… heu non… de son legging. La lanière de sa sacoche creusait un sillon entre ses seins, mettant encore davantage en valeur sa silhouette en forme de pomme.
Pendant quelques secondes, j'ai eu l'impression qu'elle se demandait pourquoi je la regardais autant.
Mon cerveau s'est aussitôt emballé. Avait-elle compris que j'étais simplement un admirateur de ce qu'elle était ? Ou croyait-elle plutôt que j'étais un autre hurluberlu prêt à rire de sa taille ? Je n'en saurai évidemment jamais rien.
Toujours est-il qu'elle s'est légèrement redressée en prenant appui sur un lampadaire tout près. J'ai alors levé mon téléphone… et elle m'a tout simplement laissé prendre une photo. Hoooolala !
C'est complètement débile. Je suis persuadé qu'elle a vu mon sourire béat au moment où j'ai rangé mon téléphone dans ma poche.
Une fois ma mission accomplie, elle est simplement retournée s'adosser contre son arbre, comme si rien ne s'était passé. Et moi... j'étais encore en train de flotter quelque part entre la Terre et une autre galaxie.
Même si je l'ai quittée en lui lançant un sourire aussi éclatant qu'une supernova, j'aime encore me convaincre qu'elle a volontairement accepté d'être, l'espace d'un instant, le modèle d'un souvenir qui m'accompagnerait longtemps.
J'y pense encore aujourd'hui. C'est complètement capoté tout ce qu'un minuscule moment peut laisser comme trace dans une tête d'admirateur.
C'est donc avec une joie immense que j'ai pu classer cette mission comme une réussite. J'étais prêt à passer en vitesse lumière pour retourner sur Terre.
— Capitaine, on amorce la descente, lance l'équipage depuis la passerelle. Rapport de mission ?
— Rapport de mission… ouf. Mission accomplie, je dirais. Je ne peux malheureusement pas vous transmettre toutes mes… pensées. Nous avons cartographié deux cœurs de pierre en pleine dévotion à sens unique et, surtout…
— Et surtout, capitaine ?
— Et surtout, nous avons retrouvé notre étoile. Celle que nous cherchions depuis notre arrivée.
— L'étoile directrice à la masse qui défie toutes les lois de la matière ?
— Oui. Celle que nous croyions être une anomalie. Finalement, c'est une étoile parfaitement valide... simplement d'une perfection qui dépasse encore la science.
— Vous voulez qu'on inscrive vos impressions au journal de bord, capitaine ? « Objectif principal atteint » ?
— Non… inscrivez plutôt : « Contact visuel établi. Photo obtenue. Sourire envoyé… possiblement reçu. » On ne va pas être présomptueux non plus.
— Et pour les cœurs de pierre, capitaine ? On les ajoute à la carte stellaire ?
— Absolument. On ne sait jamais. Nous pourrions retomber dessus lors d'une prochaine mission dans ce secteur.
— Reçu, capitaine. Préparez-vous pour l'atterrissage. L'attraction terrestre reprend ses droits dans trois… deux… un…
Mon vaisseau a repris contact avec le plancher des vaches… mais mon esprit continue d'orbiter autour de cette directrice hors du commun.
Madame la directrice, si le destin nous remet sur la même orbite dans un autre trois ans, mettons, connaissant ma fidélité de FA invétéré, je vous jure que j'y serai. Nous nous donnerons de nouveau rendez-vous, vous et moi, avec nos déambulateurs respectifs tranquillement stationnés sous la tente des aînés.
Je n'aurai toujours pas les bras de monsieur Univers, je peux déjà vous le confirmer. Et mes mains continueront probablement d'hésiter à savoir où se poser… exactement comme les siennes.
La différence, c'est que contrairement aux cœurs de pierre croisés cette année, j'ai un cœur de velours à louer, entièrement gratuit, sans dépôt de garantie et disponible pour quiconque saura apprécier ce qu'il y a à l'intérieur… même si l'emballage ne gagnera jamais le concours de Monsieur Univers.
En attendant cette éventuelle retraite commune, je vais continuer de gratter le sol de mon clavier, de collectionner les feeeelings, de transformer des bourrelets en théories scientifiques et des regards en aventures interstellaires. Après tout, il faut bien qu'un astronaute trouve une façon de survivre entre deux apparitions de son étoile directrice.
Qui sait… peut-être qu'un jour, ce ne sera plus moi qui graviterai autour de vous, mais vous qui remarquerez enfin le drôle d'Intello Coquin resté coincé dans votre champ gravitationnel.
Hihihi ! À la revoyure… et encore merci d'être passés par le blogue !
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Newton avait sa loi de l'attraction universelle. J'ai découvert la mienne, un dimanche après-midi de festival, chaise pliante en main. Avec des choses qui défient la gravité, la tentation était trop grande pour mon calepin mental. À lire !
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