222- Poires et illusions (12SEP26 2/3) !
J'ai une petite question avant de débuter le vrai morceau. Est-ce que le texte précédent, le numéro 221, vous a donné le goût de dévorer la série « Big Girls Wanted: Escaping Pearadise » disponible sur Discovery / HBO ?
Ouf… pour ma part, ça fait un bon bout de temps que l'envie me démange. Je me retiens toutefois de m'abonner. J'ai déjà une bonne liste de bidules virtuels à payer, incluant Netflix, Spotify et Prime ! Je n'ai vraiment pas le goût de m'ajouter une autre facture mensuelle.
Remarquez que, dans ma collection de bidules virtuels, je n'ai pas d'abonnement secret à des comptes OnlyFans. Votre blogueur est cachotier, mais je vous l'aurais dit. Vous êtes dans la confidence.
Est-ce que je vais demander à un ami de me prêter son compte HBO ? Non. Est-ce que je vais partir à la chasse au fichier torrent pour télécharger illégalement la série ? Non plus. Je vais plutôt attendre, avec une patience toute relative, qu'elle s'évade un jour de la prison HBO.
En attendant, je continue de vous parler de Pearadise comme je l'ai toujours connue, en tant que sanctuaire consacré aux femmes rondes… qui s'est malheureusement effrité à la suite de diverses allégations visant Stefan, l'instigateur du projet Pearadise.
En dressant mentalement mon plan de rédaction de ce texte, il m'est venu à l'esprit de faire un drôle de parallèle entre ce qui arrive avec Pearadise et une histoire bien de chez nous, soit celle des fameux mâles alpha.
Je ne parle pas d'Andrew Tate… ni même des frères Tate en général. Malgré tout le battage médiatique entourant le masculinisme, je les connais assez peu, sauf qu'à l'heure où j'écris ces lignes, à l'été 2026, les frères Tate ont été menottés à la suite d'une demande d'extradition de la Grande-Bretagne.
Ce qui m'interpelle davantage, c'est plutôt le cas de Julien Bournival, révélé au grand public par le documentaire « Alpha ». Plus j'entendais parler de l'homme derrière Pearadise, plus je me disais…
— Regarde donc ça ! Le parcours du gars de Pearadise, Stefan Wilhelmy, me rappelle étrangement celui de Julien, le mâle alpha.
— Ce Julien dont tu parles, c'est bien le gars qui est passé à « Tout le monde en parle » et qui fait la promotion des « tradwives » ?
— Oui, c'est bien lui.
— Tu es en train de me dire que les Pearadise Girls sont une version BBW des femmes traditionnelles des mâles alpha ?
— Non, pas du tout ! Je ne compare pas leurs idées ni leur façon de voir les relations entre les hommes et les femmes. Je parle plutôt du parcours public de Stefan.
— Ah… explique-moi ça.
— Stefan et Julien ont tous les deux été propulsés sous les projecteurs grâce aux médias. Ils ont ensuite fait l'objet d'un documentaire ou d'un reportage loin d'être élogieux. Les deux se sont retrouvés avec des démêlés judiciaires. Et aujourd'hui, tous les deux utilisent les réseaux sociaux pour répondre à leurs détracteurs, défendre leur réputation et promouvoir leur propre version des faits.
— Les femmes de Pearadise ne sont donc pas obligées de vendre des thermopompes ?
— Hahahaha ! Non, mais c'est pire. C'est uniquement la trajectoire de Pearadise qui se ressemble. Dans les deux cas, on passe d'un personnage qui fascine une partie du public à une personnalité controversée qui tente de reprendre le contrôle du récit.
Fait amusant, les deux hommes continuent d'affirmer qu'ils poursuivent leur rêve, chacun depuis son manoir… woooow !
Évidemment, la comparaison s'arrête ici. Les idéologies, les objectifs et les univers sont complètement différents.
C'est surtout la mécanique médiatique, avec l'ascension, la popularité, le documentaire-choc, les démêlés avec la justice et la bataille qui se poursuit sur les réseaux sociaux. Quand j'ai commencé à voir ce parallèle, impossible pour moi de l'ignorer.
Ma petite remise en question sur Pearadise est tout récente, mais il y avait une autre interrogation qui me trottait dans la tête depuis plusieurs années. Cette question revenait sans arrêt, chaque fois que je voyais des images de Pearadise.
« D'où vient le pognon pour nourrir tout ce beau monde, pour voyager en gang et pour payer les dépenses d'un manoir qui doit valoir dans les sept chiffres ? »
On s'entend, une immense résidence à Las Vegas, avec plusieurs chambres, une piscine intérieure et des allées et venues continuelles de visiteurs… ça ne se finance pas avec du petit change trouvé entre les coussins du divan.
Si, dans ma campagne, un voisin a vendu sa bicotte de style canadienne pour 600 000 $, je n'ose même pas imaginer le montant d'une hypothèque de la Pearadise Mansion !
J'ai donc fouillé et trifouillé l'Internet de fond en comble. J'ai comparé des témoignages, croisé des informations, interrogé l'IA… et, pendant longtemps, je n'ai trouvé aucune réponse « hors de tout doute ».
C'est finalement en tombant sur des éléments rapportés dans le fameux documentaire que certaines pièces du casse-tête ont commencé à s'assembler.
Je ne suis pas allé jusqu'à fouiller les registres fonciers de la ville de Las Vegas pour connaître la valeur de la Mansion. Je suis convaincu que consulter le registre foncier ne fonctionne pas comme au Québec.
Le manoir n'aurait pas été construit par Stefan lui-même, qui aurait plutôt acquis la propriété. Ensuite, certains indices m'amènent à croire que Stefan, installé aux États-Unis depuis 2002, avait probablement une bonne partie du capital avant de lancer Pearadise.
Les informations disponibles décrivent le parcours d'un gars sans fortune personnelle ni empire commercial familial déjà établi, mais qui aurait réussi grâce à sa fibre entrepreneuriale.
— Ouin, mais monsieur le blogueur, si tu t'installes à Las Vegas en quittant ton pays d'origine, c'est certain que tu as un compte de banque bien garni.
— Vous comprendrez, chers lecteurs et chères lectrices, que ce sont des informations non publiques. C'est certain qu'il devait avoir obtenu sa Green Card avant de créer une entreprise à son nom.
— Ooooh… spéculation ! Dis donc, peut-on se lancer dans un texte true crime ? Mettons que ce Stefan a déjà plein de mystères. Penses-tu qu'il a fui l'Allemagne avec des trésors de guerre ?
— Hey, hey, hey… calmez-vous ! Ce que j'en sais est loin de tremper dans la criminalité ou l'occultisme. Je me fous de savoir son statut Beibehaltungsgenehmigung !
— Baï… be… hal… toung… Ouf, oublie ça, mon allemand n'est pas bon… pourquoi le gars ne s'appelle pas juste Stéphane Tremblay ? Ça serait plus facile de remonter la filière.
— Je n'ai absolument rien à dire là-dessus. Au lieu de tergiverser sur les ententes entre l'Allemagne et les États-Unis, lisez la suite… c'est beaucoup plus simple.
— Ja !
— Misère.
Bon, revenons à notre question de départ. D'où vient tout cet argent ?
Ce qui a probablement donné un gros coup de pouce monétaire à Stefan, c'est son rôle de cofondateur et de développeur de la société Mods4cars. Il a notamment conçu un système permettant d'ouvrir et de fermer le toit rigide ou la capote à distance, directement à partir de la clé d'origine du véhicule.
Avec une entreprise qui génère un bon chiffre d'affaires, c'est quand même un bon « goal » pour se lancer dans sa… nouvelle passion. Je suis allé voir le site web qui… date visiblement d'une autre époque. Tout de même, il y a des signaux que l'entreprise existe encore !
Ça pourrait expliquer une partie du capital de départ de Stefan ou de sa capacité financière, sans nécessairement expliquer à lui seul tout le financement de Pearadise.
En développant progressivement sa communauté sur différentes plateformes, notamment Discord et TikTok, Pearadise a commencé à générer des revenus grâce à la monétisation des contenus, au marchandisage et à la visibilité sur les réseaux sociaux.
Ouin, c'est pas mal obscure pour quelqu'un qui ne mouille pas sur le côté de la course aux clic, comme votre blogueur. Selon ce qui est rapporté, c'est cette machine numérique qui aurait permis de financer le projet et d'assurer la viabilité de la résidence de Las Vegas.
Je vais essayer de décortiquer ce point dans les prochains paragraphes… vous allez saisir que la « clé » de la débandade de l'aventure Pearadise, elle vient d'ici.
Quand je regarde le marché immobilier là-bas… je me dis… « nous sommes ben icitte ! » Une propriété du genre de la Pearadise Mansion, en banlieue de Las Vegas, peut facilement valoir au minimum 4 millions de dollars américains, soit environ 5,5 millions de dollars canadiens. Rien que d'imaginer les versements hypothécaires mensuels, ça me donne le vertige !
Si le petit groupe et Stefan pouvaient se le permettre, ça doit être parce que YouTube, Instagram et TikTok rapportent pas mal plus d'argent que je l'imagine.
Par exemple, la créatrice de contenu Pinkydoll a raconté avoir gagné 7 000 $ par jour (sans contenu explicite) grâce à ses diffusions en direct… ouf.
Je peux en saisir la vache à lait que peuvent représenter les revenus générés par les plateformes sociales.
À ce que j'ai pu lire concernant Pearadise vers 2022, certains directs sur TikTok pouvaient générer plusieurs milliers de dollars, à une époque où la plateforme était jugée particulièrement généreuse.
Je ne maîtrise pas très bien la portée des cadeaux virtuels ou des pourboires envoyés pendant les lives, Tiktok dans le cas de Pearadise, mais j'ai compris une chose.
Quand de gros admirateurs se mettent à lancer des cadeaux prestigieux, comme le fameux Lion de TikTok qui vaut environ 450 $ canadiens, la caisse enregistreuse se met à chanter. À côté de ça, une rose Tiktok vaut 1 ¢ !
Évidemment, pour faire sonner la tirelire, ça prend un spectacle qui donne envie aux spectateurs de sortir leur carte de crédit.
En passant, plus je regarde l'argent que les créatrices de contenu engrangent, plus je réalise que les hommes ont du fric à dépenser… c'est débile !
La créatrice n'a qu'à montrer un bout de sein et la cagnotte explose.
Sauf que sur une plateforme grand public comme TikTok… watch out ! La modération veille au grain. Impossible de miser sur la nudité sans risquer de voir le direct interrompu ou le compte sanctionné.
Les créateurs et créatrices doivent donc redoubler d'imagination pour divertir leur public… et, dans le cas de Pearadise, pour convaincre les FA (Fat Admirers) de contribuer. Non pas pour du contenu explicite, mais pour vivre un moment unique, avoir l'impression de participer à quelque chose ou, tout simplement, entretenir un rêve.
Ben oui, j'ai souvent regardé ce qui se déroulait en direct dans la maison Pearadise. Pour glaner ces cadeaux, Stefan proposait diverses animations où l'auditoire était invité à collaborer… à payer, en d'autres mots.
Parmi les défis proposés, il y avait les fameuses « actions contre cadeaux ». Par exemple, « Si le compteur atteint 50 000 pièces ou si quelqu'un envoie un Univers, d'une valeur de 600 $ CAD… ouf… Tanya saute dans la piscine tout habillée ! »
Une autre fois, une membre du manoir présentait un plateau rempli d'aliments au goût particulièrement douteux. Chaque fois qu'un « train de cadeaux » ou un gros cadeau était envoyé, Tanya devait piger un aliment et le manger en direct devant la caméra.
Je comprenais le principe, même si je n'y participais pas. Comme spectateur, ça peut être drôle de voir Tanya faire un plongeon toute habillée ou grimacer en avalant un truc dégueu, tout en ayant l'impression d'être celui qui, dans toute la sphère Internet, a « battu le système ».
De là à dépenser des centaines de dollars pour provoquer ces défis… je dois vous avouer que je ne fais tout simplement pas partie de cette culture.
En passant, je connais quelqu'un qui m'a candidement avoué, oser ce genre de truc de son bord. Il m'a dit avoir payé une fortune en frais d'expédition, puis une deuxième fortune pour convaincre une camgirl de se badigeonner de sirop d'érable envoyé par la poste… outre-mer. Plus rien ne me surprend depuis ce jour… guuuurlp !
Ouf… je pourrais vous en raconter bien d'autres façons de créer cette fameuse urgence de cotiser aux activités du groupe. Je vous le dis tout de suite, aucune ne m'aurait convaincu d'acheter des pièces TikTok.
J'imagine que Pearadise n'innovait pas vraiment dans la façon de vous soutirer du bon argent, c'est la même formule qui se répète dans une panoplie de variantes.
Certaines autres activités étaient bien connues de toutes les communautés TikTok, comme les duels de looks, le choix de l'activité de la soirée laissé aux donateurs ou encore le fameux rituel du « Lion », où chaque membre du manoir remerciait chaleureusement, en direct, le généreux contributeur afin de créer un sentiment de proximité presque personnel.
Certains gros donateurs avaient même droit à une roulette de privilèges leur permettant de poser une question en direct à une participante. Il y avait aussi les célèbres Live Battles, ces affrontements entre créateurs TikTok où chacun tentait de récolter le plus de cadeaux possible pour remporter la victoire… weird à y penser.
Au fond, tout ça poursuivait le même objectif, celui de générer toujours plus de visibilité, d'attirer de nouveaux abonnés… et d'espérer qu'une partie d'entre eux finisse par mettre la main au portefeuille. Ce que l'on vendait, ce n'était pas seulement un direct ou un défi amusant.
On vendait surtout l'impression de faire partie de la gang de Pearadise, de partager leur quotidien dans leur immense manoir du Nevada… pendant que, de votre côté, vous étiez probablement en train de vous les geler quelque part au Canada, devant votre téléphone.
Est-ce que les lives sur TikTok étaient leur seule source de revenus ? Bien sûr que non. Selon les extraits du documentaire qui circulent sur Internet, la véritable vache à lait du projet était… vous vous en doutez sûrement… la sexualité.
Eh oui ! Pendant que TikTok développait un fort sentiment d'appartenance à la communauté Pearadise, YouTube et Instagram servaient d'entonnoirs qui dirigeaient progressivement les admirateurs vers des plateformes beaucoup plus lucratives… vous me voyez venir.
— Ouin, nous comprenons que tu parles de Pinterest !
— Hahahaha ! C'est ça ! Le macramé, ça vend depuis les années 70.
— Attends un peu… tu veux dire que des femmes rondes fabriquaient des petits paniers en corde au Pearadise Mansion ?
— Exactement ! Et pas n'importe lesquels. Du macramé artisanal, fait à la main par des femmes en maillot de bain !
— Ah bon… et les admirateurs payaient pour ça ?
— Ben oui ! Ils achetaient des pièces TikTok pour voir Tanya faire un nœud coulissant !
— Voyons donc, tu nous prends pour des valises ?
— Hahahaha ! Bon, d'accord… j'arrête de vous niaiser. Je parle évidemment de contenu pour adultes.
En gros, l'un des piliers du modèle économique de Pearadise reposait sur le contenu de charme offert sur abonnement.
Au début, la communauté utilisait notamment Patreon pour proposer différents niveaux d'adhésion donnant accès à des vidéos exclusives, à des vlogs montrant les coulisses de la vie au manoir et à des diffusions privées réservées aux membres.
Puis venait l'étape suivante. Plusieurs créatrices possédaient également leur propre compte sur OnlyFans, Curvage, Clips4Sale et d'autres plateformes de partage de contenu explicite… name it !
Les Pearadise Girls y publiaient du contenu allant de séances photo en lingerie jusqu'à des contenus davantage orientés vers le fétichisme des femmes rondes, notamment autour de l'univers BBW et du feederism.
Autrement dit, les réseaux sociaux traditionnels servaient à attirer les curieux et à les fidéliser. La monétisation se faisait principalement une fois que les admirateurs avaient franchi la porte des plateformes payantes. Et si tu veux que ce genre de compte rapporte, c'est pratiquement un travail à temps plein.
Derrière les images colorées d'un supposé sanctuaire de liberté et de body positivisme, plusieurs anciennes résidentes ont toutefois décrit une réalité beaucoup moins idyllique.
D'après leurs témoignages, repris notamment dans le documentaire, le fonctionnement du manoir reposait sur une pression constante pour produire du contenu. Apparaître devant la caméra n'aurait pas toujours été perçu comme un simple choix personnel, mais plutôt comme une attente liée à la vie au sein de Pearadise.
— Quoi ? Tu t'arrêtes drette-là ? Tu ne termines pas ton histoire ?
— Ça va être pour une autre fois. C'est fou comment les paragraphes s'accumulent ! Les longs textes sont difficiles à gérer pour le blogue.
— C'est agaçant pour nous quand tu coupes ton fil comme ça. Toujours devoir attendre la suite, c'est frustrant.
— Allons ! La série « Escaping Pearadise » est sur trois épisodes, comme pour cette série de texte.
— Pfffft… comparaison boiteuse ! Surtout qu'on peut la binge-watcher… alors qu'ici, il faut attendre « à la semaine prochaine ».
— C'est vrai… sauf si vous tombez ici en différé. Alors, vous permettez que je poursuive l'écriture ?
— Ben quin ! N'attends surtout pas !
Voilà, tout est dit sur ma décision de scinder mon texte actuel. Disons que je vous ai offert ma vision du financement de l'aventure Pearadise, en essayant de comprendre comment une petite communauté de femmes rondes et leur mystérieux manoir de Las Vegas ont pu faire fonctionner une machine aussi ambitieuse.
Mais l'argent n'explique pas tout. Derrière les chiffres, les cadeaux TikTok, les abonnements et le contenu pour adultes, il y avait surtout une vision. Celle de Stefan Wilhelmy et de son Pearadise, un univers qui semblait vouloir devenir bien plus qu'un simple havre de paix pour les femmes plus-size.
C'est justement cette vision qui allait finir par se fissurer.
La prochaine et ultime partie nous amènera donc vers la chute de Pearadise. Les accusations, les témoignages, les controverses… Comme on dit, ce qui se passe à Pearadise reste à Pearadise… heu… non, finalement !
Un gros merci d'être arrivé jusqu'à la fin du texte et… désolé de branler dans le manche avec l'exploration du manoir. À la revoyure et un énorme merci de votre passage !
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