020- Un Pepsi au troisième (22DEC22 1/2) !
Je vais débuter ce billet avec une prémisse de mon cru. On sous-estime sérieusement la quantité d’histoires piquantes qui peuvent commencer dans un stationnement de centre commercial.
Cette phrase a probablement beaucoup moins de sens pour vous si vous n’avez pas encore lu mes deux cents autres billets et quelques poussières qui succèdent à celui-ci. Je peux toutefois vous confirmer que des histoires piquantes de booooon feelings cachés dans le fond d’un stationnement, j’en ai eu ma bonne part, et je ne regrette absolument rien de tout ça.
J’aimerais même vous dire que je ne passerai jaaaamais mon tour pour… huuuum !
Du côté des statistiques amusantes sur le piquant dans les stationnements de centres d’achat, ben j’en ai quelques-unes pour vous. Selon Time Out, un groupe média britannique, une étude montre qu’un adulte célibataire sur dix a déjà flirté avec succès ou obtenu un numéro de téléphone, ou son Snap / Telegram, en faisant ses courses. Environ 12 % à 15 % des gens admettent avoir vécu leur premier baiser ou un premier rendez-vous improvisé dans une voiture garée dans un stationnement commercial, selon le magnat des sites de rencontres Match.com. Finalement, Durex, bien connu pour ses condoms, propose les résultats d’un sondage où près de 56 % des gens déclarent avoir déjà eu un rapport intime dans une voiture.
Et pour finir, les stationnements de centres commerciaux figurent d’ailleurs dans le top 3 des endroits extérieurs les plus populaires pour des activités rencontre coquine « à l'extérieur », juste derrière les rangs de campagne et les parcs. Hihihi !
On peut y croire ou non, mais vous me direz si vous faites partie de ces statistiques par un petit mail… svp. Pour ma part, les rangs de campagne, c'est ce qui me reste sur la bucket list !
Pour ceux qui connaissent déjà mon blogue, je risque de vous ennuyer un tout petit peu avec une remise en contexte. Pour les autres, laissez-moi simplement vous préciser que le billet 020 original a été publié ici même en 2022.
Il a alors connu une carrière plutôt discrète, cumulant un maigre total de treize visites. Le pauvre petit texte se retrouve maintenant confronté à un enjeu de taille en 2026, soit sa réédition en profondeur tout en évitant sa crise identitaire.
L’horreur littéraire que j’avais pondue sur un coup de tête, sur le bord de la bol cette année-là, ne rend tout simplement pas justice à la façon dont je compose mes textes aujourd’hui.
Alors, plutôt que de le laisser mourir dans un cimetière de vieux récits, dans l’indifférence de son créateur, pourquoi ne pas le faire revivre, un petit bout à la fois ?
La banque d’histoires que je vous présenterai, elle fait partie de ma mémoire que je considère défaillante et loin des Mille et Une Nuits. Oubliez les récits qu’on retrouve dans les manuels d’histoire ou dans les documentaires de Radio-Canada.
Mes petites histoires improbables, celles qui défient les probabilités, naissent plutôt d’un concours de circonstances tellement improbable qu’on ne les voit même pas arriver. Lorsque toutes ces petites circonstances finissent par s’emboîter, ça donne des situations tellement invraisemblables qu’un scénario de film serait probablement jugé irrecevable par un comité de lecture, ouf ! Pourtant !
Puisque je sens que je suis en train de vous faire patauger dans une fange probabiliste, je vais arrêter de tourner autour du pot et me lancer dans ce que je voulais réellement vous présenter depuis le début… une non-histoire pleine de vrais feelings.
Un soir d’été, quelque part dans ma vingtaine avancée, alors que je travaillais pour une petite entreprise ayant pignon sur la Rive-Sud de Montréal, je me suis permis un petit tour au Dollarama après ma journée de travail.
En passant, maintenant que j’ai atteint la cinquantaine, je peux assez facilement identifier les trois raisons plausibles qui pourraient m’amener à faire un détour au Dollarama après une journée de boulot. Il y a les bidules pour préparer une fête (chandelles, assiettes de carton, etc…), un câble USB pour recharger un téléphone ou, scénario probablement le plus plausible des trois, une fringale de « potato chips » pour le chemin du retour.
Je gage que vingt-cinq ans plus jeune, c’était sensiblement pour les mêmes raisons. À une petite différence près, il fallait remplacer le câble USB par un article de cuisine quelconque dont je venais de découvrir l’absence au moment précis où j’en avais besoin.
Mon histoire prend forme à une belle époque où je débutais un premier vrai boulot hors de la campagne. Je me retrouvais entouré d’une cinquantaine de collègues, tous plus ou moins dans la même tranche d’âge que moi.
Je vous laisse imaginer le nombre de 5 à 7 qui se sont transformés en 5 à 10, le nombre de nuits passées à boire et à danser, puis le nombre de matins passés à regretter d’avoir autant bu et dansé.
À vingt-cinq ans, une soirée qui devait se terminer tranquillement vers 19 heures avait parfois une drôle de façon de se prolonger. Un verre en appelait un autre, quelqu’un proposait d’aller ailleurs, puis quelqu’un d’autre connaissait justement une place où ça bougeait encore.
Voilà comment un banal après-boulot pouvait prendre des proportions légèrement déraisonnables, incluant des trios McDo à 3 h du matin pour faire passer le dernier drink coincé dans le gorgoton.
Petite note nostalgique, dans le temps, un McDo affiché 24 h, ben c’était 24 h pour le service à l’auto ET la salle à manger.
Pour tout vous dire, j’ai adoré cette job. Quand je dis que j’adorais cette job, ce n’est pas le genre d’emploi qu’on se contente de tolérer jusqu’au vendredi après-midi en comptant les heures qui restent.
Mes collègues étaient devenus des amis, les pauses viraient souvent en véritables séances d’humour improvisées et il y avait toujours quelqu’un pour raconter une anecdote qui allait ensuite survivre pendant des mois sous forme de blague interne.
Il y avait aussi nos fameuses sorties pour un dîner d’équipe, de 12 h à 13 h, toute une opération logistique. Il fallait trouver un restaurant capable d’accueillir, de servir et surtout de distribuer les factures à une quinzaine de collègues qui débarquaient pratiquement en escouade, avec une seule heure pour luncher à l’extérieur du bureau et revenir à temps.
Bref, c’était une de ces rares périodes de ma vie où le travail ressemblait davantage à une extension de ma vie sociale qu’à une succession d’obligations professionnelles et d’horaires familiaux réglés au quart de tour. J’allais travailler, certes, mais j’avais surtout l’impression d’aller retrouver une gang avec laquelle, accessoirement, on avait aussi un boulot à faire.
Comme je disais plus haut, il m’arrivait régulièrement de faire un petit détour au Dollarama, celui qui était situé dans un secteur de la ville traînant une réputation plutôt… disons, colorée.
Force est de constater que toutes les villes possèdent leur petit quartier où il se joue des trucs pas très catholiques, où certaines activités se déroulent mieux lorsque personne ne pose trop de questions et où les habitants du reste de la ville préfèrent généralement ne pas trop s’attarder.
Comme j’étais relativement nouveau citoyen de l’endroit à cette époque, je n’avais pas encore eu le temps d’apprendre toutes les subtilités de la géographie locale. J’avais choisi d’habiter un coin de ville sans nécessairement connaître toute sa petite histoire.
Si j’avais su ce que j’allais découvrir par la suite, je ne suis pas certain que j’y aurais temporairement élu domicile. Disons que j’aurais peut-être étudié la carte un peu plus attentivement avant de signer un bail.
Je n’ai pas besoin de vous dire que le mini centre commercial de ce quartier était… épeurant… pas dans le sens où des zombies s'y aventuraient (les junkies, c'est une autre affaire).
C’était plutôt cette impression diffuse qu’un endroit avait connu de meilleurs jours et que, si vous étiez là après le coucher du soleil, vous n’étiez peut-être pas nécessairement au meilleur endroit pour faire connaissance avec votre prochain.
Pssst ! Si vous avez vu le film Backrooms, sorti en 2026, imaginez un peu le magasin de meubles qu’on y voit. Le magasin de meubles de mon vrai centre commercial avait à peu près le même genre d’ambiance. Disons que ça ne respirait pas exactement le « venez magasiner en famille ».
Il manquait peut-être quelques ballons, une mascotte et de la musique joyeuse pour nous convaincre que tout allait bien… avant de trouver l’accès du Backroom et d’oser y affronter ses « regrets », comme dans le film. Guuuurlp !
Je pouvais très bien faire des détours jusqu’au Zellers à la place, mais le Dollarama a un argument particulièrement convaincant… les prix ! Les détours dans un centre commercial un peu louche devenaient parfaitement raisonnables si tu étais prêt à lésiner sur la durabilité.
— Très chers jeunes lecteurs et lectrices, asseyez-vous près du foyer et laissez le vieux monsieur blogueur vous raconter comment véritablement tout ça a débuté.
— Enfin, monsieur le blogueur. On a hâte de savoir ce qui est arrivé dans le stationnement du Dollo.
— Ahem. Patience, mes petits. Vos oreilles ne sont pas assez mûres pour ça.
— Ben là ! Franchement. L’Internet nous a appris plus d’affaires à quinze ans que tu en savais à trente ans.
— « Tousse-tousse ». Bande d’impertinents ! Je vais vous apprendre à respecter les aînés de la cinquantaine.
— Arrête de te montrer plus menaçant que t’as l’air. Go, avale ta camomille pis raconte ton histoire piquante !
— Mes insolents, vous autres. Comme punition, je vais vous raconter d’autre chose avant.
— Ça goooose ton affaire !
Ben oui. C’est le fun de se rappeler qu’il a véritablement existé une époque où entrer dans un Dollarama avec un billet de cinq dollars donnait l’impression de pouvoir acheter n’importe quoi là-bas.
Vous comprenez que les prochaines infos, ne viennent pas de moi. Le concept de magasin à une piastre a commencé avec Larry Rossy qui a ouvert le premier Dollarama à Matane, en 1992. Avec le principe où tous les articles étaient offerts à 1 $ ou moins, ça ne pouvait qu’être un succès.
Effectivement, le modèle d’affaires a fait ses preuves avec presque 1700 magasins en 2026, même si l’inflation et Donald Trump viennent brouiller ben des affaires. Les prix multiples finissent par faire leur apparition en 2009, avec des articles à 1,25 $, 1,50 $ et 2 $, puis d’autres paliers s’ajoutent au fil des années.
Comme disait probablement un philosophe très déçu de constater que son portefeuille n’achetait plus grand-chose, « l’inflation est plus forte que la nostalgie. »
Ouf… j’ai l’impression que je vous impose de plus en plus de méga-intermissions. Je me réaiguille sur mon histoire de ce pas.
Toujours est-il que je sortais du Dollarama avec mes achats dans un sac de plastique qui, rassurez-vous, ne se retrouvera pas dans le « Great Pacific Garbage Patch », lorsqu’une femme a attiré, ou plutôt aspiré, mon attention près de l’entrée, sur le trottoir du stationnement.
Elle fouillait dans sa sacoche. Puis elle fouillait encore dans sa sacoche. Puis elle recommençait, sûrement en ayant dans la tête le fameux dicton « jamais deux sans trois ».
À un moment donné, j’étais presque convaincu qu’un portail dimensionnel se cachait au fond de son sac sans fond. Elle en ressortait des reçus, des papiers pliés, des clés, des cartes diverses, puis replongeait à nouveau la main dans les profondeurs de son mystérieux fourre-tout.
Normalement, je me serais rapidement désintéressé de la scène. Des femmes qui cherchent quelque chose dans une sacoche, disons que ça doit être à peu près aussi courant que des cônes orange qui encerclent un chantier fantôme à Montréal. Rien qui mérite particulièrement mon attention.
Sauf que cette femme laissait paraître une petite pointe de désarroi sur son visage et, surtout, elle était… ronde… corpulente… enveloppée… enrobée ! Bref, vous comprenez que mon attention n’est pas repartie très loin.
Il y avait autre chose. Je la reconnaissais à sa silhouette, c’était une caissière du Dollarama.
— Tout va bien ?
Elle a levé les yeux.
— Pas vraiment. J’essaie de retrouver mon ticket d’autobus.
Elle m’a montré l’intérieur de sa sacoche comme si cela pouvait servir de preuve.
— J’ai dû le perdre. Ou l’oublier. Ou le faire disparaître par magie. Je sais pu trop.
— Vous retournez loin ?
— Pas tant. Mais assez pour que ça ne me tente pas de payer une autre fois.
Je ressens soudainement ce feeling familier où des papillons cogitent dans mon ventre. Vous savez, cette petite agitation intérieure qui apparaît parfois lorsqu’une situation parfaitement banale commence subitement à prendre une tournure qui nous intéresse beaucoup plus qu’elle ne devrait.
— Si ça peut t’aider, je peux te reconduire. Comme ça, tu n’auras pas besoin de payer une autre fois.
Elle m’a regardé quelques secondes avec ce genre de regard qui tente de répondre rapidement à plusieurs questions en même temps. « Est-ce que ce gars a l’air normal ? Est-ce qu’il a l’air dangereux ? Est-ce que je vais me retrouver dans le coffre d’une Toyota beige ? »
Finalement, elle a souri.
— Ah ben, c’est gentil.
— J’essaie toujours d’être une meilleure personne.
— En plein mois d’août ?
— Oui. Et les autres mois aussi.
— D’habitude, les gens prennent cette résolution-là le premier janvier et l’abandonnent le deux janvier.
Elle a ri. Comme beaucoup d’hommes dans la vingtaine, j’ai immédiatement interprété ce rire comme un événement statistiquement beaucoup plus significatif qu’il ne l’était probablement.
Un rire féminin peut devenir, pour un jeune homme inexpérimenté, une donnée scientifique d’une importance absolument disproportionnée. Nous avons finalement pris place dans ma voiture.
Pendant le trajet, beaucoup trop court à mon goût, nous avons discuté de tout et de rien, en passant par le travail, la chaleur, les clients étranges et les petites mésaventures qui viennent avec le commerce de détail. Et Dieu sait que les caissières accumulent une collection d’histoires incomparable.
Après seulement quelques minutes, elle m’avait déjà raconté trois anecdotes impliquant des couponneuses avec des coupons expirés, deux disputes concernant le prix d’un article et une dame qui avait tenté de payer avec une poignée impressionnante de cennes noires.
À ce rythme-là, je me suis dit que les travailleurs du commerce de détail pourraient probablement écrire les meilleurs romans du Québec s’ils prenaient simplement le temps de consigner tout ce qu’ils voient derrière une caisse. Entre le client qui jure que « c’était marqué 2 pour 1 $ », celui qui découvre soudainement qu’il n’a pas son portefeuille et celui qui veut absolument échanger un article acheté il y a trois mois sans facture, il y a probablement assez de matériel pour ramener une quotidienne télé du style Marylin ou Virginie.
En passant, c’était seulement la deuxième fois de ma vie que je jouais au chauffeur bénévole pour une parfaite inconnue.
Laissez-moi vous raconter la première fois… ben oui… encore un détour. C’était à la campagne, en fin de soirée d’été.
Je roulais tranquillement lorsqu’une jeune femme marchant au milieu d’un rang a attiré mon attention. Elle était pieds nus, ses souliers trempés et couverts de boue dans une main, et un petit chien tout aussi boueux dans l’autre. On était à au moins cinq kilomètres du village.
Évidemment, une scène pareille, ça fait travailler l’imagination. Son pouce levé dans ma direction m’a laissé ambivalent sur le coup, mais je me suis dit « pourquoi pas. »
J’ai oublié aujourd’hui pourquoi elle se trouvait à pied aussi loin du village, mais j’ai conservé le détail qui expliquait parfaitement l’état des chaussures et du chien : monsieur Toutou était descendu jouer dans la rivière. Visiblement, il avait profité de sa baignade avec beaucoup plus d’enthousiasme que sa maîtresse.
En tout cas, il s’en est passé des affaires dans ma tête avant que je décide finalement de m’arrêter. Parce qu’arrêter sa voiture pour prendre une inconnue qui marche seule au bord d’un rang en pleine soirée, quand on est un jeune homme dans la vingtaine, ça donne parfois naissance à quelques scénarios qui n’ont absolument rien à voir avec la réalité. « Va-t-elle sortir un couteau pour me menacer ? »
J’avais été suffisamment traumatisé par le film L’Auto-stoppeur de 1986 pour que mon cerveau considère cette possibilité comme vaguement plausible. Dans le film, un automobiliste prend en voiture un auto-stoppeur qui se révèle particulièrement dangereux.
Mon imagination de jeune homme ne s’arrêtait pas là. « Va-t-elle m’inviter à prendre un café sous le prétexte de me remercier, puis m’amener jusque dans son lit ? »
Bon. À l’époque, je n’aurais probablement pas su quoi faire si ce scénario-là s’était réellement présenté. Mais il fallait bien que mon cerveau explore toutes les alternatives.
Après quelques minutes de route, elle m’a simplement indiqué où elle voulait descendre. « Tu peux me laisser ici, merci pour ton aide. »
That’s it, that’s all. Pas de couteau, pas de piège, pas de café, pas d’invitation à passer au lit. J’étais extrêmement déçu, évidemment, mais surtout amusé de constater jusqu’où mon imaginaire avait réussi à partir à partir d’un simple trajet en voiture.
Aujourd’hui, faire du pouce est devenu pas mal marginal. Sans le savoir, les deux fois où j’ai improvisé un service de taxi bénévole pour une pouceuse, j’étais en train de participer à une forme de folklore routier qui était en train de disparaître tranquillement.
Me voilà de retour dans ma voiture au tournant du siècle. Dans ma tête, toutes sortes de scénarios continuaient de défiler. Voyager quelques minutes avec une pouceuse que j'espionnais du coin de l'œil, attiré malgré moi, par son ventre plissé et débordant.
C'était exactement le genre de petit événement que mon imagination de jeune homme pouvait transformer en histoire extraordinaire.
Je m'efforcais à garder mon entière concentration sur les lèvres de la caissière, par le truchement du rétroviseur, hochant de la tête à chaque histoire. Mais les amortisseurs usés de ma voiture me ramenaient inexorablement sur… sa… méga… poitrine dodelinante. Hoooolala.
J’étais en train de me laisser emporter par ma rêverie lorsqu’une voix mature m’a ramené sur terre.
— C’est icitte. Je rrreste au trrroisième.
La caissière habitait un quartier rempli de blocs-appartements qui se ressemblaient tous suffisamment pour qu’un visiteur occasionnel ait l’impression d’être entré dans une boucle temporelle.
À première vue, chaque immeuble semblait avoir été copié-collé par le même architecte, avec une légère variation de couleur pour nous faire croire qu’il y avait de la personnalisation.
En immobilisant l’auto devant un bloc multilogements parfaitement anonyme, elle a hésité une seconde avant de sortir, puis s’est retournée vers moi.
— Ça te dirrrais-tu de monter prrrendre un Pepsi ?
J’avais vingt-quelques années et j’étais doté d’une imagination particulièrement active. Une femme que je venais à peine de rencontrer venait de m’inviter chez elle. Même si nous devions, la caissière quarantenaire et moi, avoir un bon vingt ans d’écart, il n’y a rien de révoltant à être invité à partager un moment devant un breuvage.
Mon cerveau a immédiatement démissionné de ses fonctions analytiques, incapable de mettre un semblant de logique dans les neurones qui disjonctaient.
Plusieurs départements de mon système nerveux ont convoqué une réunion extraordinaire. Le service de la rationalité était absent, celui de l’imagination avait pris le contrôle de la salle et le département des décisions raisonnables avait apparemment quitté avant même le début de la réunion. Aucun procès-verbal n’a été produit.
— Oui, pourquoi pas.
J’aimerais vous dire que je suis resté parfaitement rationnel. J’aimerais vous dire que je n’ai élaboré absolument aucun scénario. J’aimerais vous dire que mon esprit s’est concentré exclusivement sur les vertus désaltérantes du Pepsi. Vous me connaissez probablement suffisamment pour savoir que ce serait un mensonge.
Le simple fait qu’une femme m’invite chez elle suffisait à alimenter mon imagination pour plusieurs semaines et, si c’était dans la période cinquantenaire, j’aurais certainement pondu une trilogie de textes pour le blogue.
Chaque possibilité devenait une hypothèse, chaque hypothèse une possibilité et chaque possibilité méritait apparemment d’être analysée avec beaucoup trop de sérieux.
À cette époque, ma vie intime ressemblait davantage à une théorie qu’à une pratique, une branche de recherche encore en développement, dont l’administration avait malheureusement coupé tout le financement.
J’ai suivi la caissière jusqu'au bloc appartement, mes yeux ne pouvant évidemment pas s’empêcher de remarquer chacune de ses cuisses sous son pantalon de caissière.
Ça pouvait être au centième étage que je l'aurais suivie sans hésiter. À chaque marche gravie, ses cuisses gonflaient momentanément sous le tissu du pantalon, qui se tendait juste assez pour attirer encore davantage mon attention. Woooow !
Je demeurais un homme qui, vu de l’extérieur, suivait timidement une femme, mais je capotais derrière elle.
Je me demande si le plus excitant dans tout ça, c’est justement de ne pas savoir ce qui m’attend. Peu importaient les grosses cuisses de la femme, je regardais avec une crainte non feinte le décor drabe qui entourait la cage d’escalier.
Je me plaignais presque intérieurement à sa place qu’il n’y ait pas d’ascenseur dans ce bloc. Pas tellement parce que j’étais essoufflé, mais à voir les joues rosies de la femme, je savais que ces marches étaient un calvaire quotidien.
Malgré tous les scénarios que mon cerveau avait déjà commencé à fabriquer, j’étais encore très, très loin de me douter de la tournure que cette fin d’après-midi d’août s’apprêtait à prendre. Mais ça… ce sera pour le prochain billet.
En passant, merci beaucoup d’être venu lire mes élucubrations mentales, où j’essaie encore et toujours de paraître intelligent et cohérent au milieu de toutes mes divagations. Hihihi !
Transformer un vieux texte sans substance demande parfois de mettre pas mal de viande autour de l’os, surtout lorsqu’une histoire remonte, comme on dit, à Mathusalem.
C’est justement le plaisir de ces rééditions, de reprendre une vieille anecdote, lui redonner un peu de chair, développer ce que je n’avais pas pris le temps de raconter à l’époque et voir jusqu’où le vieux moi aurait pu aller s’il avait eu les outils d’écriture que j’ai aujourd’hui.
Alors, on se revoit plus tard pour la suite de ce texte et de cette histoire qui, sans vouloir vendre de punch, a toutes sortes de promesses. On se dit… à la revoyure !
#stationnement #caissière #Dollarama #rondeurs #courbes #séduction #autostop #quartier #McDo #cinquantaine #nostalgie #Québec #pouce #café #hitchhike #Pepsi #escalier #cuisses #sacoche #autobus #centrecommercial #blogue #appartement #désir #parking #vingtaine #pouceux #admirateur #rencontre #ville
Une simple invitation pour partager un Pepsi a suffi pour enflammer l’imagination du jeune homme que j’étais. Venez découvrir ce souvenir des années 2000, fraîchement dépoussiéré sur le blogue !
RépondreEffacer