013- L'autre premier french kiss (15DEC22 1/1) !
Après avoir écrit un billet de blogue sur mon premier french kiss, juste avant celui-ci, une question s’est mise à me gruger le cerveau. Le genre de question qui cogne comme deux Tums aux fruits croqués en panique après un trio McDo qui refuse de se faire traiter par le pancréas.
Cette question demeure à barboter dans l’acide gastrique de mes réflexions : « Est-ce que je vous ai vraiment raconté l’histoire de mon premier french kiss l'autre fois ? »
Je ne suis pas en train de vous annoncer que le texte 012 était fruit de l'imaginaire. Écrire m’oblige à fouiller, ça veut dire tomber sur des souvenirs que j’avais soigneusement rangés sous une pile de « on verra ».
La réflexion s’est installée tranquillement, en mode archéologue du dimanche. Je ne suis pas passé par Loutec pour réserver une pelle mécanique. J'ai pris la méthode des Dalton pour creuser un souvenir, avec une petite cuillère. Je peux gratter doucement, en espérant tomber sur autre chose qu’un vieux bout de gêne mal digéré.
Après avoir publié le texte précédent, je suis retombé dans le quotidien, celui de décembre qui s’étire avant Noël, avec son ambiance de course aux emplettes de dernière minute.
Petite parenthèse : dans ce débuts du blogue, disons que je ne me cassais pas trop la tête. Le moi de 2022 voulait produire des textes à tout prix, remplir le blogue d'idée et publier dès que possible, sans pousser mes concepts très loin.
L’introspection était encore un outil dans la boîte… emballé, avec le mode d’emploi jamais ouvert.
Donc voilà, les vacances approchent, les cartes de crédit chauffent, pis la météo hivernale décide de nous en faire baver.
Un matin ben ordinaire me tombe dessus avec… ma fameuse question en bruit de fond, « et… ce premier french kiss ? »
5 h du matin : première dose de caféine. Mon cerveau start sur un cylindre.
6 h 30 : déjeuner avec les enfants. Le glucose entre, le moteur tousse, mais avance avec peine et misère.
7 h 30 : l'opération « départ » est en cours ; lunchs, bottes, sacs d’école, le trio combo version familial. « Bye bye, bonne journée ! »
8 h : « Merde… j’étais censé être parti pour le boulot depuis un bout. »
8 h 15 : Deuxième café en route vers le boulot, la radio parlée m'accompagne pour me mettrd au parfum des nouvelles. Quand même, le 98.5 réussit à transformer un pet de mouche en enjeu de société. J’essaie de suivre en roulant des yeux, alors que je suis pris derrière une Toyota Tercel qui avance comme si elle transportait un service de porcelaine de la dynastie Ming, édition limitée.
9 h : J’arrive au travail. Petit signe de tête à l’agent de sécurité qui, dans sa tête, est un salut militaire. Dans la mienne, c’est « j’espère que ma journée va passer vite ».
9 h 15 : Je travaille un peu, je placote beaucoup. Pause café et replacotage. Au midi, c’est le moment de mon fameux sandwich aux pensées existentielles en tranches, nappé d’une mayonnaise aux remises en question. Ce n'est pas toujours digeste, mais ça remplit.
13 h : L’après-midi suit le même rythme, un peu de travail, beaucoup de discussions, une autre pause café pour faire semblant d’attendre 17 h avec nonchalance.
17 h : Je retraverse le hall sans croiser le regard de l’autre agent de sécurité, un autre général en mission secrète… pis je décrisse. Je referme ma portière BING ! WHAAAM ! POW !
« Voyons donc ! Finalement, j’avais déjà frencher ! »
La blondinette derrière le bungalow, celle du texte 012… elle n’était pas la première femme que j'ai embrassé. Il y a une autre femme qui a marqué mon histoire, cachée, oublié et enterré dans les archives douteuses de mon cerveau.
Je reste figé deux secondes, entre la surprise et une petite fierté niaiseuse.
« Ben voyons… finalement, je suis peut-être plus normal que je pensais, je me rapproche des statistiques. » Comme quoi, des fois, ça vaut la peine de gratter avec une cuillère comme les Dalton, même si ce que tu trouves n’est pas toujours glorieux.
OK… un simple calcul me ramène en 1990 pour cette date que j’avais complètement oubliée. Probablement parce que ce premier bec mouillé contenait une petite dose de traumatisme pour l’adulescent que j’étais. Je vais y revenir.
Mais avant d’ouvrir cette boîte-là, j’ai eu une idée, soit d'aller voir c’était comment… 100 ans plus tôt, pour les french kiss.
Direction 1890 l'époque d’Honoré Mercier, premier ministre du Québec à l'époque où le concept de « se frencher » n’existe même pas, totalement inexistant. Vous allez comprendre.
Le french kiss au Québec en 1890, c’est un tabou total, un vrai non catégorique, version morale, religion et surveillance sociale réunies en un seul bloc.
Ce qu’on considère aujourd’hui comme un geste banal… ou disons, un classique naturel quand ça commence à lever… c'était à l’époque vu comme un acte de rébellion vis-à-vis le pouvoir ecclésiastique.
Tu ne faisait pas juste embrasser quelqu’un avec la langue, tu déclarais la guerre à tout ce qui porte une soutane. Un blasphème pour t'obliger à aller à la Confesse.
Si vous essayez de chercher des infos sur le french kiss avant la Première Guerre mondiale, bonne chance. Le terme lui-même n’existe pas encore. L’expression « baiser français » apparaît plus tard, popularisée par des soldats américains et britanniques un peu secoués de découvrir la liberté érotique des Françaises. Disons que ça leur a laissé une impression… durable.
Au Québec en 1890, on ne frenchait pas. On ne se posait même pas la question. Selon les manuels de piété, on parlait plutôt de « baisers impudiques » ou d’« attouchements honteux ».
Calvince… avec mon historique, je me suis réservé la première classe pour l’enfer, sans escale !
Ces habitants devaient oubliez le petit café tranquille ou la marche en forêt pour « apprendre à se connaître ». Les fréquentations, à l’époque, c’est un processus structuré, avec un objectif clair : le mariage, et les enfants.
Le prétendant était admis au salon de sa bien-aimée à des heures précises, la supervision parentale incluse.
Dans ce contexte-là, voler un baiser n’est plus romantique, c’est devenu une mission. Il faut calculer, anticiper, exécuter… et espérer survivre socialement après. Les granges ont probablement vu passer plus de rapprochement que les salons.
Du côté de l’Église catholique, le verdict est plutôt simple. Le baiser passionné est un péché mortel, parce qu’il recherche le plaisir en dehors de la procréation.
Dans certaines anecdotes, une femme qui avouait un baiser un peu trop senti se faisait répondre par son prêtre que ce genre de geste servait juste à faire des « petits bâtards ».
Imaginez la claque morale ! À côté de ça, mon histoire de premier french… c’est un film de Disney.
Si vous pensez que l’espace public offrait un peu plus de liberté, détrompez-vous. En 1890, la notion de « grossière indécence » est intégrée au Code criminel. À Montréal, la police surveille activement ce genre de comportement. Traduction : tu ne t’essaies pas, même si ça te démange.
Il aura fallu du temps, de l’influence culturelle américaine, un bon ménage dans les mœurs et un petit recul de la pression religieuse pour que le baiser se libère enfin. La salive peut enfin passer du statut de preuve à conviction… à celui de carburant officiel de la passion.
Pendant ce temps-là, en 1990… j’étais loin de me douter que mon premier bec mouillé allait me marquer assez pour que je l’enterre pendant des années. C'est une autre histoire qui est pas mal moins noble qu'en 1890.
Le petit intermède historique est terminé, c'est le temps de replonger dans mon souvenir. Rassurez-vous, j’étais majeur, 18 ou 19 ans.
Je me rappelle encore d’un voyage à Wildwood, aux États-Unis. Moi et mes chums avons essuyé un refus catégorique pour acheter de l’alcool sur place parce qu’on n’avait pas 21 ans.
Heureusement qu’on avait fait le plein aux Duty Free avant de passer les douanes. On n’était pas complètement naïfs non plus. Trève de détours, je me lance dans ma VRAIE histoire de premier french.
Retour au cégep pour un party étudiant comme dans les films d'ados. Question de ne pas y arriver trop tôt à la cafétéria transformée en piste de danse, moi et la bande s’installons dans le fond du stationnement.
Un petit cru entre en scène, un litre de vin blanc « Notre Vin Maison ». Ce vin nous gardait au chaud pendant que l'automne faisait sa loi autour.
Chaud de corps, oui… mais surtout chaud de tête ! À l’époque, arriver sobre dans un party, ça ne se faisait pas. C'est une règle non écrite, mais respectée religieusement. Tu arrives déjà partie… hihihi !
Aujourd’hui, on dit que les jeunes boivent moins… mais compensent autrement. Disons que chaque génération a sa recette pour perdre le contrôle.
Vers 22 h, on décide que c’est le bon moment pour entrer. La cafétéria est pleine, ça danse, ça crie, ça rit fort… et dans les toilettes, ça commence déjà à négocier avec ses choix de vie. LE PARTY EST POGNÉ !
Notre gang prend sa place. La tête un peu en orbite, je flotte dans le décor et tente de prouver que je suis capable de toffer toute la nuit à danser et fêter.
J’évite le mosh pit qui s’ouvre comme un piège au milieu de la piste. Faut dire que c’est un cégep de région, petite place, tout le monde se connaît ou fait semblant de se connaître.
Les étudiants des différents programmes d'études se mélangent, l’alcool fait le reste. Les barrières tombent vite.
Moi aussi, je tombe dans le mélange. Je me retrouve à frencher une fille que je ne connais pas. Zéro contexte, zéro introduction, c'est juste arriver de même, comme une fois dans une vie.
Elle est cute à mon goût et elle a… des formes généreuses qui me conviennent très bien (en 90, je n'entrais pas encore dans ce goût pour les courbes).
Je n’ai aucune idée de ce que je fais, mais j’embrasse pareil. J’encaisse les sensations sans mode d'emploi.
Tout est flou, tout est chaud. C’est un jeu de langue, de la salive qui se partage et mon cerveau qui essaie de comprendre comment j'en suis arrivé là.
Je ne sais pas où mettre mes mains et je ne me souviens pas où elle a mis les siennes. Je suis pris dans la tourmente, sans rien contrôler. C'est un moment que j’aurais dû savourer à 100 %… mais l'alcool et l'inexpérience me font traverser l'histoire comme un figurant.
Sans avertissement… il y a un renversement de situation. Un de mes chums s’approche, chaud raide, pas juste pompette en voyant ses yeux.
Sans gêne, sans même un « scuse-moi », il me pousse. Littéralement et prend ma place, comme si on faisait un changement en plein combat de lutte tag team. Ou pire, comme si j’étais le joueur de quatrième trio qu’on remplace pour laisser briller le joueur étoile.
Il l’embrasse à ma place !
Je reste figé, l'air pas mal cave. Je fais semblant que ça ne me dérange pas. « C’est ça un party », que je me dis, « c’est la loi du plus chaud… ou du plus mâle. »
En dedans… je bouille, le genre de bouillonnement qui mélange la jalousie, l'incompréhension totale et l'ego magané.
Mon « ami » prend son temps, il sait ce qu’il fait et ça paraît. Je regarde la scène comme si j’avais été sa doublure de cinéma.
Malgré tout… je reste parce que tout le monde est chaud et que personne ne s’arrête pour se questionner. Le party « must go ON » !
On tourne autour du nouveau duo, on rit, on gueule, on chante, on boit comme si rien ne s’était passé et que je n’avais pas été tassé deux minutes plus tôt.
Quelque part entre deux gorgées de draft trop coupé avec de l'eau et du gaz… je viens peut-être de comprendre que mon premier french kiss… n’était pas exactement le mien.
À un moment donné, quelqu’un lance à mon ami frencheur :
— Bro… t’as une blonde, tabar…
Le frencheur ne bronche pas. Aucune hésitation, aucun recul. Il continue comme si de rien n’était en faisant un petit geste de la main qui veut dire : « Fermez vos yeules. » Message reçu cinq sur cinq.
Pendant ce temps-là, je découvre ce que ça fait d’être le dernier loup de la meute, la queue… disons symbolique… entre les jambes.
Mon égo vient de manger une volée digne de Rocky Balboa. C’est pas mal équivalent à être choisi en dernier au ballon chasseur.
Dans les films, le dernier finit par gagner… dans les films seulement.
Est-ce que j’étais jaloux ? Oh que oui, pas juste un peu. Ridiculement jaloux même. Ce genre de jalousie qui ne fait pas de bruit, mais qui cogne à l’intérieur.
Et aujourd’hui, en y repensant ? J'ai encore un petit malaise, comme quoi à 18 ans, les pulsions et l’égo jouent du coude.
Le reste de la soirée devient flou, mais il y a des images qui restent. Je me revois dans la salle de bain des gars, un gars est à genoux devant les urinoirs en chute d’eau, en train de vider par la bouche le peu de dignité qu’il lui reste.
Sans dire que c’est le karma… c'est le voleur de french qui dégueule sa vie, les yeux vitreux, l’air complètement ailleurs.
Un autre chum tombe en blackout total, on ferme le rideau. Fidèle à nous-mêmes, la gang se serre les coudes. On le ramène chez lui en un morceau… ou du moins, en laissant les morceaux de pizza dans le fond de l'urinoir. Quelle nuit !
Le lendemain matin, malgré un foie en surcharge, des reins en mode survie et une vessie qui fait des heures supplémentaires, toute la bande se retrouve dans un restaurant Cora pour déjeuner.
Parce que, comme tout bon party de cégep, ça se passait un jeudi. Et le vendredi… ben il y a des cours.
Mal de bloc légendaire ou pas, t’es là pareil, avec ton café noir pis ta face de gars qui regrette la cuite de la vieille.
Je revis la soirée en fragments. Ma tête repart tranquillement, à coup de café trop chaud. Puis le chum « voleur de french » ? Zéro remords. Sa belle gueule lui ouvrait toutes les portes… et refermait celles que j’essayais d’enfoncer à coups de massue.
On finit par en rire. Parce qu’au final, c’est ça aussi une gang. Des moments forts, des coups de cochon, pis une amitié qui passe par-dessus, même si elle garde quelques égratignures.
Avec le temps, j’ai pris cette jalousie-là, je l’ai enfermée dans un coin, pis j’ai jeté la clé. Probablement dans une rivière, pour être sûr de ne pas la retrouver.
Aujourd’hui, passé 50 ans, je regarde ça autrement. Sur le coup, ça m’avait frappé fort. Mais avec du recul… criss que c’était insignifiant.
En repensant à la scène, en me mettant à la place de la fille, je réalise quelque chose de moins glorieux : j’avais un peu trop « objectivé » mon droit au french.
C'était comme si, parce que j’étais là en premier, ça me revenait, comme si la fille n’avait rien à dire là-dedans.
Ouin… pas fort. L’alcool désinhibe, oui, mais ça n’excuse pas tout.
J’ai quand même une pensée pour elle, aujourd’hui devenue une femme.
Si jamais elle se reconnaît dans cette histoire, « merci, chère collègue étudiante, pour ce premier baiser. Il n’a pas été parfait, loin de là… mais il a marqué quelque chose ».
Ahhh… les histoires de cégep. Disons que celle-ci, c’est peut-être la seule fois où je vous sors un récit de d'étudiant avec des bouts « feelings ».
Merci d’avoir tenu jusqu’au bout et à la revoyure.
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