011- Archie Comics (13DEC22) !
Même s'ils ne vieillissent jamais, je peux quand même souhaiter un bon 85 ans (2026) à Archie et tous ses copains et copines… woooow !
Ne croyez pas que la bande d'ados ne fait qu'augmenter leur ardoise impayée en buvant des shake au Pop's Chock'lit Shoppe.
Ce n'est qu'au tournant du millénaire que la bande s'est vue adjoindre plusieurs side story, des à-côtés venues enrichir les histoires de la joyeuse bande.
Par exemple, dans la série Life with Archie sortie en 2014, notre héros, rendu adulte pour une fois, meurt en sauvant son ami d’un attentat par arme à feu.
Oui, Archie Andrews, le martyr aux taches de rousseur, est assassiné. Cette finale avait fait grand bruit dans les médias. Je me souviens du tollé, des manchettes, des fans sous le choc. On aurait dit qu’on venait d’annoncer la fin des bonhommes du samedi matin à la télévision.
Je l’avoue bien franchement, par nostalgie pure et dure, je dépoussière parfois une pile de vieux volumes pour me replonger dans l’univers de nos Riverdalois favoris.
Quand je dis un volume, je ne parle pas des petits comics book de 25 pages. Non, non. Moi, c’est les formats jumbo, les numéros géants de 200 pages qui me font replonger à l'adolescence.
Page après page, je me surprends à tout reconnaître, « encore ce triangle amoureux », « Betty, ma pauvre… tu ne comprendras jamais », « Cheryl, évidemment que ça va mal finir. »
On dirait que ces histoires-là se sont installées dans un tiroir de ma mémoire étiqueté « Veeeery Important », à côté de mon premier french et du mot de passe de mon Hotmail.
Si tu flirtes avec la cinquantaine en 2026, il y a de bonnes chances qu’il traîne encore chez toi au moins un « Sélection Archie ». Peut-être comme lecture de salle de bain, peut-être coincé dans le fond d’un porte-revues, ou encore enfermé dans une boîte de déménagement jamais rouverte depuis 2002.
Cette boîte-là, tu la reconnais : elle contient aussi des fils mystérieux, un vieux chargeur qui ne correspond plus à rien et un agenda d'école décoré de ton amour inavouable pour un crush de ta classe.
Je gage que ce ne sont pas uniquement les histoires de Riverdale que tu te souviens. Que dire du papier ? Ces pages rêches qui te râpent presque le bout des doigts, qui font tout le charme de ces petites briques de papier.
Les éditions Héritage utilisaient un papier journal mat, fibreux, qui absorbait l’encre comme une éponge. Résultat, des couleurs un peu délavées, une trame d’impression bien visible et des contours qui dépassaient parfois des lignes comme un enfant de cinq ans qui colorie trop vite.
Les pages jaunissaient, devenaient cassantes, la colle des reliures séchait, les couvertures cartonnées se déchiraient, mais on s’en foutait. C’était ça, l’odeur et la texture de nos lectures. C’était notre Netflix en noir, rouge, jaune et bleu gris anthracite comme… le complet de Mr Weatherbee.
Au-delà de l’aspect artistique de ces BD iconiques, les histoires et les personnages ont longtemps servi de refuge au gars en manque de connexion que j’étais… heu… que je suis encore un peu, soyons honnête.
On s’identifie à un protagoniste, on rêve à cette vie d’ado Riverdalienne, on s’imagine être celui qui va finir par se démarquer et convaincre le père de Véronica qu'on est le meilleur chum pour sa fille.
Mais un refuge, ce n’est pas toujours sans effets secondaires. Les Archie présentent un monde où les relations semblent simples, où les rejets durent le temps de lire trois pages et où l’identité masculine passe souvent par le charme, la popularité et la capacité de plaire.
Pour un lecteur devenu blogueur amateur, un peu en manque de connexion humaine, ça pouvait nourrir l’espoir… et parfois la désillusion.
À force de voir le gars ordinaire obtenir, tôt ou tard, une chance avec la fille de ses rêves, est-ce que j’ai développé des attentes un peu tordues face aux relations ? Ce petit fond de pensée du genre « ça devrait marcher pour moi aussi », suivi d’un face-à-face brutal avec la vraie vie qui n’a jamais lu le scénario ? Terrain glissant vers la frustration, peut-être même vers l’isolement.
Je ne crois pas que ces histoires eurent ces effets pervers… en tout cas, ce n'est peut-être pas mesurable comme t-elle.
Ces mêmes histoires m’offraient aussi un espace sécuritaire pour explorer les émotions, l’amitié, la vulnérabilité et ce besoin presque vital d’appartenir à une gang.
Comme bien des ti-gars, Archie, ce n’était pas le mâle alpha sûr de lui. C’était un ado imparfait, souvent maladroit, qui essayait, échouait et recommençait.
Avec le recul, ce n’était pas une fabrique à illusions qui menait, comme je disais plus haut, à la frustration et l'isolement (à devenir incel si vous préférez), mais une petite école tranquille de l’attachement, du rejet… et de la résilience.
Ouf… oui. J’ai rêvé éveillé, et pas juste un peu, à ces relations à la Archie, où se coller et s’embrasser semblaient faire partie du quotidien de la bande… sauf pour Dilton (pauvre lui) et l’injustement boudée Ethel.
Même si les aventures d’Archie Andrews et de ses amis étaient classées « parentalement correctes », mon imagination d’ado n’avait pas reçu le mémo.
Disons que certains personnages ont occupé beaucoup trop d’espace dans mes pensées, dans mes dessins maladroits de cahier Canada et dans mes scénarios mentaux clairement pas homologués par Riverdale High.
Avec le recul, ça me fait rire… et un peu rougir. C’était brouillon, intense, débordant d’hormones et d’idées pas toujours subtiles. Mais c’était aussi une façon d’explorer le désir, l’attirance et la curiosité à distance, dans un univers fictif qui servait de terrain d’essai à mes émotions… pas encore bien comprises.
Et non, je ne me lance pas dans une grande analyse anthropologique. On va garder une petite part de mystère… et laisser certaines cases de cette BD-vie-adolescente sans bulles explicatives.
Ouin, Betty Cooper, la blonde à l’éternelle queue de cheval, a probablement marqué au fer rouge certaines préférences physiques que j’idéalise encore aujourd’hui. Ouf. Ouf. Ouf. En plus, elle traînait cette aura de « femme à marier » que la culture populaire adore coller aux gentilles blondes sages.
Bon… ouin… il y avait quelqu’un d’autre qui était le top du top… davantage que Betty, puis très sexualisé (dans ma tête tout de moins) : une blonde platine capable de faire flancher n’importe qui, incluant Alan M et moi, d’un simple mouvement de hanche. Je la nomme ici… Melody Valentine (celle de Josie et les Pussycat) !
Bon. J’arrête mon introspection avant d’ouvrir un dossier psychologique complet épais comme les antiques bottins téléphoniques. Vous comprenez ici que Betty (et Melody) est bien mince… beaucoup pour un admirateur de rondeurs.
Parce qu’il faut le dire : dans cet univers Riverdalois, les tailles de guêpe étaient la norme. À part quelques figures paternelles masculines comme le directeur M. Weatherbee (le Bee), l’entraîneur Kleats ou Pop Tate le tenancier du bar laitier, les corps qui sortaient du moule étaient presque absents.
Des filles avec de vraies rondeurs assumées ? Pratiquement invisibles. Archie, c’était un univers sécurisant pour l’ado mal à l’aise que j’étais, oui… mais aussi un monde profondément normatif, où le désir passait par un filtre très serré et où certains corps n’avaient même pas droit à une case dans la BD.
Ce n’était pas une attaque frontale envers les femmes rondes. C’était plus subtil, et franchement plus violent : elles n’existaient tout simplement pas.
Évidemment, ma curiosité a fini par me piquer, la raison d'être de l'écriture de ce texte. J’ai fouillé pour voir s’il y avait déjà eu une ado ronde avec un minimum de visibilité dans Archie.
Surprise : il y en a eu une. Une seule, Brigitte Reilly, apparue en 1998 dans Betty and Veronica Spectacular. Elle est présentée comme une amie du duo vedette, plutôt timide, tranquille, qui découvre un talent pour le chant et la musique. La fille gentille, talentueuse… mais qu’on ne met jamais au centre de la piste de danse. Ça rappelle pas mal les films de romance de notre époque !
Sur une page de fans, Brigitte est décrite comme la seule fille « pudgy » du groupe. Parfois même « Hollywood pudgy ». Pardon ? De quessé ? Moi aussi j’ai levé un sourcil, mon anglais n'est pas assez bon. Alors pudgy, ça veut dire potelé, joues pleines, bras un peu charnus, ventre légèrement rond.
Aux États-Unis, le mot peut sonner affectueux, presque mignon, pour décrire une silhouette douce et confortable. Bref, exactement le genre de corps que votre blogueur trouve loin d’être un problème.
Mais « Hollywood pudgy », c’est autre chose. C’est l’expression ironique pour désigner une actrice que le scénario traite comme « la grosse » alors qu’en réalité elle a un corps mince selon les standards du monde réel. Dans ce contexte, un petit double menton dessiné à l’encre suffisait pour coller l’étiquette « en surpoids ». Voilà le niveau.
Pas étonnant que la diversité corporelle ait longtemps rendu la maison d’édition frileuse. Et tant qu’à être frileuse, elle l’était aussi côté sexualité.
Dans les Archie de mon époque, l’inclusivité et la sexualité existaient surtout sous forme de tension romantique éternellement suspendue. Le fameux triangle amoureux tournait en boucle. Ça flirtait, ça rougissait, ça se disputait pour un rendez-vous au bal… mais on restait dans un monde presque asexué.
Pour l’ado que j’étais, c’était rassurant. On pouvait explorer le désir d’être aimé, d'être choisi, d'être populaire, sans jamais se frotter aux vraies complexités du corps, du rejet intime ou du consentement.
Avec le recul, on voit aussi le décalage. Ces histoires entretenaient l’idée que l’amour finit toujours par récompenser l’insistance maladroite, que la jalousie prouve l’attachement et que tout s’arrange sans trop de dégâts. Jusqu’au tournant du millénaire, les aventures de ces ados figés dans le temps évitaient soigneusement les questions d’identité de genre, d’orientation sexuelle ou même la découverte toute simple de sa sexualité.
Tout était laissé à l’interprétation des lecteurs ou glissé en suggestion si discrète qu’il fallait presque une loupe pour la voir.
C’est un peu comme les analyses de fans qui ont fini par prendre au sérieux l’idée que Jughead Jones (le meilleur ami d'Archie) puisse être asexuel (caractérisée par le fait d'éprouver peu ou pas d'attirance sexuelle envers autrui). Son amour inconditionnel pour les burgers, son détachement du grand ballet amoureux de Riverdale, son statut de « gars qui ne court après personne », ont tranquillement cessé d’être juste un gag. Tout à coup, ce trait devenait une identité valable, une autre façon d’exister dans un monde d’ados obsédés par les rendez-vous et le dating hétéronormatif.
Autre virage marquant, en 2010 arrive Kevin Keller, premier personnage ouvertement gay de l’univers Archie. Et pas un figurant qu’on voit passer en arrière-plan, plutôt un personnage central, respecté, qui finit même sénateur dans une ligne temporelle, avec une position claire en faveur du contrôle des armes à feu.
C’est d’ailleurs lui qu’Archie sauve au prix de sa vie dans Life with Archie. La série a aussi montré le mariage de Kevin avec son partenaire, un militaire, avant de basculer dans un drame politique. On était loin des simples chicanes pour un milkshake chez Pop.
Et ça ne s’est pas arrêté là cette tentative de modernisation. Danni Malloy, un personnage créé en 1989 comme amie geek de Dilton Doiley, est revenue sous les projecteurs. À l’époque, elle suivait Dilton dans des aventures scientifiques improbables faites de voyages dans le temps et d’inventions farfelues qui semblaient tout droit sorties d’un film comme Chérie, j’ai réduit les enfants avec Rick Moranis. En 2024, le personnage réapparaît avec sa propre série, cette fois en tant que femme trans, toujours plongée dans la science déjantée de Dilton.
Même Riverdale a fini par comprendre que le monde réel ne rentre pas dans une seule case à quatre angles droits.
C’est quand même un sacré virage. On passe d’une ville figée dans une carte postale des années 50 à un univers qui essaie de ressembler un peu plus à la vraie vie. Pendant que les vieux Archie contournaient la sexualité comme si c’était un nid-de-poule, les versions modernes parlent davantage d’identité, d’orientation et d’acceptation. On est passé d’un romantisme inoffensif à quelque chose de plus honnête.
Entre les deux, il y a ma génération, élevée dans un fantasme propre, puis envoyée apprendre le reste sans manuel d’instructions.
Une chance que MA transition ne fut pas trop brusque, hihihi ! Après Archie, il y a eu Brandon Walsh dans Beverly Hills 90210, puis les comédies romantiques avec Freddie Prinze Jr. Disons que l’éducation sentimentale a continué… mais pas forcément avec plus de clarté.
Pour finir, je peux vous dire que la nostalgie Riverdale m’a frappé de plein fouet il y a quelques années pendant un ménage de garage. Je suis effectivement tombé sur un bac Rubbermaid rempli de Archie Sélection et de Jumbos de toutes les époques.
Évidemment, j’ai tout relu. À un moment, je suis resté accroché à la couverture d’un Sélection des années 80, à l’époque où la couleur devenait plus courante.
La couverture originale me laissait froid. J’ai donc sorti Photoshop et j’ai fait ma petite version maison. Disons que la silhouette y correspondait davantage à mes goûts personnels.
Avec la montée des outils de génération d’images, j’ai même poussé l’expérience plus loin pour tester une autre vision des courbes féminines, hooooolala (l'image de la couverture du texte) !
On retombe sur le fameux 36-24-36, ce standard martelé par Hollywood et la mode du milieu du 20e siècle. Poitrine opulente, taille fine, hanches équilibrées. Simple, mémorisable, facile à vendre. À force d’être répété, c’est devenu une référence culturelle. Le corps idéal avait sa formule, celle de Marilyn Monroe.
Dire que mon idéal se rapproche davantage d’un 56-44-56, ça vient bousculer cette vieille équation. Ce n’est pas juste une question de chiffres, c’est une question de proportions et de présence.
Le 36-24 suggère un contrôle serré de la silhouette et une conformité à une norme très médiatisée. Le 56-44 évoque autre chose, une courbe plus ample, une taille marquée sans être comprimée. Bref, une vision qui ne rentre pas dans l’ancien moule.
Au fond, si je replonge encore et encore dans ces pages jaunies, ce n’est pas seulement pour les corps parfaits dessinés à l’encre qui déborde des lignes. C’est pour ce que Riverdale m’a donné : un refuge, un terrain d’essai pour les émotions, une première carte du monde relationnel. Idéalisée, oui. Parfois biaisée, clairement.
Ces histoires ont été des pauses quand la vraie vie était plus brouillonne que les cases bien droites d’une planche de BD.
Aujourd’hui, je les relis avec un regard plus lucide, capable de voir aussi ce qui manquait dans le décor. C’est peut-être ça, vieillir avec ses lectures : apprendre à les relire autrement.
Alors merci à toi qui as lu jusqu’ici, qui as peut-être souri en reconnaissant l’odeur du vieux papier journal ou le souvenir d’un béguin un peu trop intense pour un personnage en deux dimensions.
Merci de me laisser revisiter ces fantaisies d’ado avec mes mots d’adulte, mes prises de conscience tardives et mes élans encore bien vivants.
Si Riverdale a été un refuge pour moi, ce blogue en est un autre. Et cette histoire-là, elle continue dans les réalités actuelles. À la revoyure !
#archie #riverdale #bd #comics #nostalgie #lecture #adolescence #souvenirs #culturepop #betty #veronica #jughead #kevin #popshop #annees80 #annees90 #papierjournal #vintage #collection #bibliotheque #imaginaire #ecriture #blogue #retro #emotion #identite #diversite #corps #rondeurs #refuge
Commentaires
Publier un commentaire