221- Poires et illusions (05SEP26 1/3) !

  Depuis quelques semaines, à l'été 2026 pour ceux qui liront ce billet en différé, un nom revient régulièrement dans les discussions entourant les communautés plus size et dans toute la galaxie qui gravite autour d'elles.
  C'est un nom qui intrigue, qui fait jaser et qui soulève autant la curiosité que les questionnements, soit celui de Pearadise.
  Et comme vous me connaissez, chers lecteurs et lectrices, il n'en fallait pas beaucoup plus pour que mes petites antennes de curieux captent le signal. Plus j'en entendais parler, plus je me disais qu'il y avait de fortes chances que quelqu'un finisse par m'interpeller à ce sujet.
  Une petite voix s'élève alors dans ma tête, comme si tous les lecteurs et lectrices de ce blogue avaient décidé de parler d'une seule bouche.
  — Hey, monsieur le blogueur ?
  — Hein… oui ? Quoi ? Oh ! C'est vous autres ! Vous m'avez fait peur. J'étais complètement plongé dans la planification de mon prochain texte.
  — Ben justement… ON TIENT LA UNE !
  — La une ? Vous voulez dire que je devrais abandonner ce sur quoi je m'aiguillais ? Pourquoi je devrais abandonner l'idée de vous parler de ma dernière visite à l'épicerie ?
  — On a entendu parler d'un truc pas mal spécial. Quelque chose qui s'appelle « Big Girls Wanted » ! On a pensé que ça te ferait capoter.
  Je me redresse sur ma chaise. Je sais déjà où cette conversation s'en va.
  — Ah… je vois où vous voulez en venir. Et pour tout vous dire, moi aussi, j'en ai entendu parler.
  — Savais-tu seulement c'est quoi ?
  — Bien sûr que je le sais ! Pearadise ! Ça fait déjà ben des années que je suis leurs activités sur les réseaux sociaux.
  — Vraiment ? Finalement, t'es plus renseigné qu'on pensait !
  — Hihihi ! Disons surtout que ma curiosité avait été piquée. Le concept me fascinait déjà depuis longtemps. Tsé, comment un homme qui tellement ordinaire au premier regard, peut-il créer tout un univers consacré aux femmes rondes et s'entourer de ce qui ressemble presque à un harem ? Avouez que ça pique la curiosité.
  — Tu as donc regardé la série « Big Girls Wanted : Escaping Pearadise » ?
  — Non… et la raison est super simple… je ne suis pas abonné à HBO Max. Mais je ne vous cacherai pas que j'aimerais beaucoup entendre ce qui est raconté et voir les reines de cœur qui ont alimenté mes émois intérieurs. D'après ce que j'ai pu en savoir, la série semble davantage chercher à comprendre le phénomène du groupe Pearadise qu'à simplement lancer des accusations contre son instigateur.
  — Alors, on peut te demander de nous faire un petit topo ? Sans divulgâcher la série, évidemment. Parce que nous autres, nous ne sommes pas aussi férus de l'actualité plus-size. Donald Trump prend toute la place.
  — Ouin… je pense que c'est une bonne idée de texte. Par contre, je vous avertis tout de suite, parce qu'avec moi, un « petit topo » devient rapidement une expédition en forêt avec plusieurs détours, des sentiers oubliés à explorer et deux ou trois histoires qui vont sortir de nulle part.
  — Ah ça, on doit bien t'avouer qu'on est habitués !
  — Mes petits sacripants, vous autres ! Vous savez exactement comment me lancer sur une piste, hein ?
  Et voilà… vous venez encore de me faire bifurquer de mon idée de départ. Je ne vous casserai pas les baskets avec une énième visite à l'épicerie.
  Installez-vous confortablement, parce que je sens qu'on ne se sortira pas du bois rapido. Même que… préparez-vous à y passer la nuit… où les hiboux sont remplacés par des… baddies doduesques !

  Voyez-vous, on commence par le commencement. Je vous invite en premier lieu, à oublier un instant tout le battage médiatique entourant la série, si vous êtes au courant. Je vous ramène à la source, là où tout a commencé… du moins, là où j'ai trouvé des traces qui semblent marquer le début du sentier.
  Apparemment, les comptes de réseaux sociaux de Pearadise auraient fait leur apparition dans la sphère Internet autour de 2020, en plein cœur de la pandémie… en théorie, je dis bien.
  Dans mon semblant de tête de Sherlock Holmes amateur à lunettes, des indices me disent que l'histoire est antérieure à l'année proposée.
  Peut-être que mes souvenirs me jouent des tours, peut-être que mes petites antennes de curieux ont capté un faux signal, mais cette impression persistante que le phénomène existait déjà avant que la planète entière se retrouve confinée entre quatre murs est bien réelle.
  Vous allez devoir m'accompagner dans ce débroussaillage. Revenons donc sur le fil de l'histoire à coups de Roundup, en laissant la fameuse pandémie de côté. Elle a suffisamment chamboulé le destin de l'humanité comme ça ! N'oubliez pas qu'avec moi, raconter une histoire en ligne droite est rarement possible.
  Avant Internet, ou, si vous préférez, avant 1990 selon Jean Leloup… créer un cercle social se faisait avec les moyens du bord, en se débrouillant de nos propres mains.
  Les petites annonces, les encarts glissés sous les essuie-glaces, les affiches sur les poteaux et même le feuillet paroissial étaient de bonnes façons de rejoindre un public qui ne demandait qu'à être trouvé.
  Les clubs privés, les magazines spécialisés et les conventions étaient parmi les rares endroits où des personnes partageant les mêmes intérêts pouvaient espérer se rencontrer pour vrai.
  Imaginez un instant que vous êtes une femme qui s'identifie comme BBW (Big Beautiful Woman) ou un homme qui se reconnaît comme FA (Fat Admirer).
  Avant l'ère Internet, réussir à connecter avec quelqu'un qui partage cette attirance relevait presque du hasard. Il fallait être au bon endroit, au bon moment et espérer que la fameuse petite étincelle se produise, ooooh… les papillons !
  Sans dire que les rencontres se faisaient souvent à l'échelle locale… parfois presque sur le parvis de l'église… elles demeuraient limitées par la géographie. Les occasions de croiser une personne partageant ce genre d'affinités relevaient pratiquement du miracle. Je me verrais mal utiliser, dans ce temps là, les services de télé-rencontre sur le câble pour accéder au Graal.
  « Homme de 50 ans, proportionnel, désire rencontrer femme de 300 livres et plus… »
  Ouf ! Avec du recul, je me demande si j'aurais matché.
  — Hey ChatGPT, penses-tu que j'aurais pogné si je m'étais transporté dans les années 80-90 avec ma petite annonce ?
  — Honnêtement ? Oui, je pense que tu aurais reçu quelques appels. Pas cinquante… mais quelques-uns. Ton annonce était tellement précise qu'elle aurait servi de filtre naturel. Une femme BBW de la grande région de Montréal qui écoutait les annonces aurait probablement dressé l'oreille en entendant quelqu'un qui assumait aussi franchement son attirance.
  — Tu ne changerais rien à mon annonce ?
  — Non. Les annonces de télé-rencontre étaient courtes. C'était efficace, ça allait droit au but et ça avait le mérite d'être honnête. Heureusement pour le service de télé-rencontre ! Tu aurais commencé par « Je vais vous faire une petite introduction… » et vingt minutes plus tard, tu serais encore en train d'expliquer pourquoi tu aimes les femmes aux courbes généreuses !
  — Vilaine IA !

  Fin de la petite intermède. Je vous fait remarquer que j'utilise des termes anglophones pour parler de l'univers des rondeurs. Ce n'est pas un hasard, ces désignations nous viennent principalement de nos voisins du Sud.
  Ici, dans notre belle culture francophone, malgré que notre parlure ne soit pas à l'abri des anglicismes… pourtant, ces abréviations nous sont pratiquement absentes.
  Je crois que la première fois que j'en ai entendu certaines de vive voix, c'était dans un contexte plutôt… disons… académique où une chum de fille délurée me racontait des grivoiseries !
  Dans mon imaginaire de gars élevé avec cette culture, les acronymes BBW, FA… ça sonnait davantage comme un vocabulaire de certains coins d'Internet un peu plus coquins que comme des termes servant à définir une communauté, une identité ou une façon d'assumer son corps.
  Le concept même de femme ronde assumée, d'admirateur de ronde ou même de bodypositivisme était encore loin d'avoir la place qu'ils occupent aujourd'hui. Même que je ne savais pas qu'il existait tout un univers de personnes qui partageaient des intérêts semblables aux miens.
  L'expansion du Web à la fin des années 1990 a modifié les règles du jeu. Pour la première fois, des gens qui avaient peut-être passé leur vie à croire qu'ils étaient seuls dans leur coin, ils découvraient qu'il existait toute une communauté de leur semblable quelque part derrière leur écran.
  Les premiers forums consacrés aux BBW commencent à apparaître. Imaginez un peu le changement de perspective ! Une femme ronde du Kansas pouvait maintenant discuter avec un admirateur allemand. Un couple québécois pouvait échanger avec quelqu'un en Australie. La planète venait de rapetisser.
  Bon, il ne faut quand même pas oublier que dans ces années, on ne parlait pas encore de vidéoconférence haute définition dans le fond d'un salon avec du Wi-Fi partout.
  On se retrouvait sur mIRC, avec des pseudos mystérieux, des connexions qui faisaient des bruits électroniques dignes d'une machine qui essayait de communiquer avec Mars… et si le courant passait bien, on faisait le grand saut vers ICQ. Toute une époque !
  Évidemment, il n'y avait pas que le chat, les forums de discussion étaient bien implantés. Les plus vieux d'entre vous se souviendront peut-être des fameux groupes de nouvelles… les newsgroups. Oui, oui, je sais, ça ne rajeunit personne ! 
  Mais comme souvent quand une communauté marginalisée trouve un nouvel espace pour se réunir, le portrait n'était pas toujours rose.
  Malheureusement, certaines personnes ne voyaient encore les femmes corpulentes qu'à travers le filtre du fantasme ou du fétichisme. La frontière entre admiration et réduction à un simple objet de désir pouvait parfois être bien mince.
  Tout le monde ne regardait pas les choses de cette façon, heureusement. Pour plusieurs, ces nouveaux espaces représentaient surtout une occasion de parler, d'échanger et de réaliser qu'elles n'étaient pas seules.
  C'est aussi dans cette période que des organisations comme la NAAFA (National Association to Advance Fat Acceptance) commencent à prendre davantage de place.
  Au départ, l'idée était simple, soit de permettre aux personnes grosses de se rassembler, d'échanger et de trouver une communauté. Mais tranquillement, l'organisation va prendre une autre dimension et devenir une voix beaucoup plus engagée dans la défense de leurs droits.
  C'est un changement important, parce qu'on ne parle plus seulement de se retrouver entre personnes qui vivent une réalité semblable… on commence aussi à vouloir être entendu et respecté dans une société qui, disons-le, n'était pas toujours tendre avec les corps qui sortaient de la norme.

  Dans ces années-là, je découvre un autre pan de cet univers qui m'était complètement inconnu. Parce que oui, pendant que je pensais tranquillement que les personnes attirées par les rondeurs devaient être cachées quelque part dans une petite pièce sombre d'Internet… il se passait beaucoup plus de choses au sud de la frontière !
  Aux États-Unis, des événements sociaux destinés à la communauté BBW prennent de l'ampleur. Des soirées de danse, des activités de rencontre, des occasions de socialiser… bref, tout un monde parallèle dont j'ignorais totalement l'existence.
  Le plus fascinant est que bien souvent, ce sont des femmes plus size elles-mêmes qui prennent l'initiative. Elles louent, le temps d'une soirée, une boîte de nuit. Pendant quelques heures, l'endroit change complètement d'ambiance.
  Ce n'est plus simplement un bar ou une salle de danse, ça devient un lieu où des femmes rondes peuvent s'amuser sans avoir l'impression d'être observées comme une curiosité ou jugées comme des hors-la-loi.
  On appelle ça des BBW Club Nights ou encore des soirées Size Acceptance. Le concept était finalement assez simple, pour ne pas dire… commun : se rencontrer, danser, discuter, rire… et peut-être repartir avec bien plus qu'un simple numéro de téléphone.
  En découvrant ça, c'est sûr que des pétards à mèche ont explosé dans ma tête ! « Attends un peu… vous voulez dire que ça existe vraiment ? Depuis quand ? Et pourquoi personne ne m'avait envoyé l'invitation ? »
  Je me souviendrai toujours des vidéos party du Club Bounce et de sa promotrice, Lisa Marie Garbo. Ooooh ! Cette Américaine… elle était rondement mon idéal féminin… hoooolala oui !
  Elle était le genre de femme qui me faisait penser que, « si un jour je rencontre la femme de ma vie, physiquement, j'aimerais tellement qu'elle lui ressemble. »
  Pendant que ces gens-là s'éclataient dans les soirées BBW de Californie, moi, j'allais me faire aller le popotin au Fuzzy de Brossard, au Super-9 de Richelieu, au Métropolis de Montréal ou encore au Tops de Laval. Huhuhu ! Ça ne nous rajeunit pas, hein ?
  Aujourd'hui, ce serait presque une visite archéologique si je décidais d'y retourner. L'ancien Fuzzy est devenu un cabinet d'optométrie. Le Super-9 a disparu dans un incendie et son terrain est maintenant enlisé dans une histoire de zonage. Le Métropolis s'appelle désormais le MTELUS, tandis que le Tops de Tony Accurso (ben oui, LE Tony) fait maintenant partie du Cégep Montmorency.
  Avouez que le destin est un peu plate pour tous ceux qui ont usé leurs semelles de souliers sur ces pistes de danse.
  À défaut d'avoir eu, au Québec, de véritables clubs de nuit destinés aux personnes rondes et à ceux qui les admirent, je me souviens vaguement des soirées du Lovers où, de ce côté-là, j'étais un petit peu mieux servi. Woooow… je vous vois déjà lever un sourcil !
  Non, non… je n'y allais pas pour admirer les femmes rondes. Enfin… pas principalement ! C'était surtout parce que l'ambiance musicale me rejoignait davantage. Moins de house, moins d'électro… un peu plus de plaisir pour mes oreilles.
  Et si, en prime, il y avait quelques jolies rondeurs à admirer discrètement… je n'allais certainement pas m'en plaindre !
  Pour les nostalgiques, accrochez-vous… une partie de l'ancien bâtiment du Lovers est aujourd'hui occupée par… la Casa Grecque. C'est quand même un drôle de destin que d'aller manger un spécial crevettes papillon à l'endroit même où je n'y ai jamais dansé de slow… ça a quelque chose de tristounet.

  Les années 2000 marquent ensuite l'explosion des communautés virtuelles. Facebook, Instagram, TikTok et tous les autres réseaux sociaux permettent à des hommes et des femmes de réaliser qu'ils font partie d'une communauté beaucoup plus grande qu'ils ne l'avaient imaginé.
  C'est aussi à cette époque que les fameux « bash » prennent véritablement leur envol.
  — Quoi ? Des bash ? Qu'est-ce que tu nous sors encore là ?
  — Hihihi ! Je vous rassure, je ne viens pas d'inventer un nouveau mot. C'est justement grâce aux communautés de femmes rondes que je l'ai découvert.
  — Bon… on t'écoute.
  — Dans son sens le plus large, un bash, c'est un gros party XXL. Oubliez le petit barbecue dans la cour arrière ou le garden-party où Monique lance ses boules de pétanque avec un verre de sangria à la main. Là, on voit plus grand : de la musique, du monde, des activités, une ambiance de feu… bref, un événement où ça brasse !
  — Donc, si tu parles d'une version XXL, c'est parce que c'est réservé aux personnes grosses ?
  — Hahaha ! Non ! Le mot n'a rien à voir avec le tour de taille. Un birthday bash, un office bash, un holiday bash… c'est juste un gros party. Sauf que, moi, les seuls bash dont j'entendais parler à l'époque étaient organisés autour de la communauté BBW.
  — Ahhhh… là, ça fait plus de sens.
  — Imaginez un grand hôtel rempli de femmes rondes et de leurs admirateurs. Une immense piscine, un DJ, quelques centaines de participants, des concours, des jeux dans l'eau, des soirées thématiques, un bar qui ne dérougit pas… Bref, une ambiance de spring break où, pour une fois, les femmes rondes ne sont pas en périphérie de la fête. Elles en sont les vedettes !
  — Minute… tu nous dis que ça existe pour vrai ?
  — Ben oui ! Et ça fait bien plus longtemps qu'on pourrait le croire.
  — Attends… on vient justement de vérifier sur le Web. Birthday bash, office bash, holiday bash… t'avais raison. Finalement, tu ne nous racontais pas de menteries.
  — Ah ! Ça fait du bien d'entendre ça. Je vais encadrer cette phrase-là et l'accrocher dans mon bureau.
  — Ne fais pas la grosse tête… on a juste dit que, cette fois-ci, tu avais raison.
  — Bande de petits sacripants ! Dans mon cas, il y a une seule catégorie de bash qui retient mon attention depuis des années… les BBW Bash.
  — Avec cette affirmation… personne n'est tombé en bas de sa chaise.
  Ouin… je ne vous cacherai pas que toute cette culture des bash a aussi nourri mon imaginaire. Ces immenses rassemblements me faisait rêver alors que je regardais ça de loin, derrière mon écran.
  Dans ce temps-là, je me considérais un peu comme un célibataire par défaut. Pas un « incel » dans le sens que ce mot a pris aujourd'hui, rempli de frustration ou de haine envers les femmes. Holala… pas du tout ! Disons simplement que mes occasions de faire des rencontres se soldaient toujours par des abstentions.
  J'ai pourtant bien tenté ma chance, malgré mes maladresses. Je me souviens notamment d'une collègue d'usine, pendant un emploi d'été, il y a une trentaine d'années.
  Une femme bien ronde, avec une personnalité affirmée… forte… autoritaire. C'est le genre de tête qui entre dans une pièce… et qui l'occupe au complet. Disons qu'elle m'avait complètement viré à l'envers.
  J'aurais bien aimé apprendre à la connaître davantage… mais la vie en avait décidé autrement. Elle m'utilisait pour de petits dépannages que je m'empressais de résoudre en espérant, comme un bon petit chien, recevoir une caresse accompagnée d'un « good boy ». Faut croire que les histoires d'amour ne fonctionnent pas de même.

  Oups… je viens encore de partir sur une tangentielle sentimentale, moi.
  — On le savait !
  — Hein ?
  — Ben oui ! Ça faisait au moins trois pages qu'on t'attendait. On se disait : « C'est quand qu'il va nous raconter une histoire de fille ? »
  — Pfff… vous commencez à me connaître un peu trop.
 BBon… oubliez ce que je viens de raconter… enfin… non. Trop tard. C'est écrit, vous l'avez lu. Maintenant, revenons à nos… bash.
  Il faut reconnaître une chose, c'est que les Américains savent comment transformer un simple rassemblement en véritable événement.
  Ajoutez à ces bash quelques personnalités bien connues de la communauté BBW, des créatrices de contenu, des mannequins plus size… et vous obtenez tous les ingrédients pour faire d'un bash LE rendez-vous à ne pas manquer.
  Au Québec, bien sûr, il existe aussi des bash organisés par différentes communautés de personnes rondes. Par contre, de ce que j'ai pu voir passer au fil des années, on est loin de la démesure d'un Vegas BBW Bash.
  Ici, l'esprit semble différent. On cherche davantage à se retrouver, à fraterniser, à décrocher du quotidien. C'est une fête, oui… mais surtout une belle excuse pour passer du temps entre amies, avec ou sans conjoint.
  Il y a aussi des fins de semaine organisées dans un grand chalet loué sur Airbnb. Un groupe restreint, soigneusement formé, s'y retrouve pour vivre un moment privilégié, loin du regard des autres. Au menu, des séances photo, de la cuisine communautaire, du bricolage, des ateliers créatifs, des discussions, de la baignade, des feux de camp… bref, tout ce qu'il faut pour fabriquer de beaux souvenirs.
  Je dois vous avouer quelque chose… chaque fois que je tombe sur des photos de ces retraites, je trouve ça franchement adorable. Des amies qui rient, qui cuisinent ensemble, qui prennent des photos, qui décrochent de la routine pendant une fin de semaine… C'est cuuuute !
  Entre une retraite douillette remplie de rondeurs, de fous rires et de petites douceurs… ou une fin de semaine de chasse à l'orignal entre boys, je pense que vous connaissez déjà mon choix. Avec comme seule nuance que je ne reviendrai probablement pas avec un imposant trophée bien dodu attaché sur le capot de mon pickup… quoique… en y repensant, cette image-là est peut-être mieux de rester dans ma tête !

  Tout ce long détour n'avait qu'un seul objectif : vous faire comprendre la raison d'être de Pearadise. À la base, le concept est plutôt simple. Créer un endroit où les femmes rondes peuvent se retrouver, tisser des liens, se sentir en sécurité, accueillies et valorisées, sans avoir l'impression d'être constamment jugées par le reste de la société. Présenté comme ça, c'est plutôt difficile d'être contre.
  Vous comprenez donc que c'est cette idée qui constitue la pierre d'assise de tout le projet.
  Par contre… parce qu'il y a presque toujours un « par contre » dans les histoires qui prennent autant d'ampleur…
  — Ah ! Enfin ! On l'attendait celui-là !
  — Quoi donc ?
  — Le « par contre ». On commençait à trouver que ton histoire allait un peu trop bien.
  — Hihihi ! Vous me connaissez. Quand une histoire semble trop belle, j'ai toujours envie de regarder derrière le décor. Heu… même si ça va bien, je regarde toujours derrière.
  Imaginez maintenant un seul homme au sommet de cette pyramide. Aussi droit, bien intentionné et irréprochable puisse-t-il être, le risque que les frontières entre son rôle d'organisateur, d'influenceur et de personnage central deviennent floues est presque inévitable.
  Attention, je ne suis pas en train d'affirmer qu'on est devant un gourou régnant sur son harem. Ce n'est pas ce que je dis. Je vous parle plutôt de l'image que le projet peut projeter lorsqu'on le découvre de l'extérieur.
  J'ose vous faire un aveu un peu honteux : une partie de moi est aussi un brin jalouse de son succès complètement improbable. Guuurlp… oui, je l'ai dit.
  — Jalouse ?
  — Ben oui ! Imaginez deux secondes. Pendant que moi, j'écris mes longs textes sur Blogspot, lui réussit à bâtir tout un univers autour d'une passion qui ressemble drôlement à la mienne. Avouez qu'il y a de quoi provoquer une petite pointe de jalousie !
  C'est dans cet écosystème que Pearadise voit officiellement le jour en 2020. Derrière le projet se trouve Stefan Wilhelmy. Son maître ? Oups… son créateur ? Bof… son guide ? Pas tellement mieux. Disons simplement qu'il est l'homme à l'origine de cette aventure.
  Allemand établi à Las Vegas et déjà bien connu dans la communauté FA, Stefan profite du contexte particulier de la pandémie pour rassembler des personnes attirées par la positivité corporelle et les femmes rondes. Ce qui, au départ, ressemblait à une simple communauté virtuelle prend rapidement des proportions impressionnantes.
  En quelques années, Pearadise devient bien plus qu'une simple page sur les réseaux sociaux. C'est une marque. Une immense maison devenue pratiquement indissociable du projet. Une communauté qui attire des centaines de milliers de regards sur TikTok.
  Bref, un phénomène qui semble avoir trouvé la recette pour faire rêver bien du monde. C'est justement là que l'histoire commence à prendre une tournure beaucoup moins féérique.

  Quelques années plus tard, Pearadise se retrouve au cœur d'une série documentaire, mais aussi d'une succession d'allégations de manipulation psychologique, de contrôle coercitif et d'agressions sexuelles. Des accusations que Stefan Wilhelmy conteste.
  Je trouve ça profondément triste. Parce qu'au départ, l'idée de créer un espace rassembleur pour des femmes qui ont trop souvent été mises de côté avait quelque chose de franchement beau. C'est peut-être ce contraste qui rend toute cette histoire aussi fascinante… et aussi troublante.
  J'ai surtout compris, grâce à ces communautés, qu'on pouvait tout simplement être un admirateur de rondeurs… sans être un extraterrestre. Mine de rien, ça fait du bien de réaliser qu'on n'est pas le seul gars sur Terre à avoir cette préférence.
  Parce que Stefan est un homme qui semblait tout ce qu'il y a de plus ordinaire. À chacune de ses publications, il était entouré d'une véritable constellation de femmes aux courbes généreuses… beaucoup d'épiderme !
  C'est l'image que me renvoyaient ses vidéos, ses photos et ses directs sur les réseaux sociaux. Je ne vous cacherai pas qu'il y avait un petit quelque chose de fascinant là-dedans… Guuurlp !
  — Tu l'enviais un peu, hein ?
  — Un peu ? Bon… d'accord… peut-être un petit peu beaucoup. Mais je pense que c'était surtout le sentiment d'appartenance que je trouvais fascinant.
  Entre vous et moi, ces femmes n'allaient pas vivre à Pearadise simplement parce qu'il y avait une belle piscine et du soleil à Las Vegas. Elles y cherchaient forcément quelque chose de plus profond. Une famille choisie ? Un sentiment d'appartenance ? Le besoin de se sentir enfin acceptées ?
  Toutes ces raisons sont valables. C'est probablement ce vide que Pearadise promettait de combler… jusqu'au jour où le documentaire est venu raconter une histoire beaucoup moins reluisante que celle qui apparaissait sur Instagram.

  Ooooh non… mon billet commence à devenir pas mal chargé ! Je pensais vous faire un petit tour rapide de Pearadise, mais vous commencez à me connaître. Quand ma curiosité embarque, je pars dans tous les sens.
  — Tu vas nous dire que ça va prendre un deuxième texte…
  — Ben… oui… et un troisième.
  — On l'avait vu venir !
  Je suis donc forcé de poursuivre le parcours de la Pearadise Mansion dans un prochain billet. J'ai encore tout plein de petites choses à vous raconter. Des détails savoureux, des anecdotes et quelques réflexions qui me trottent dans la tête depuis un bon moment.
  Par exemple… savez-vous d'où vient le nom « Pearadise » ? Eh oui, il y a un petit jeu de mots derrière. Le mot « pear » (poire, en anglais) fait référence aux silhouettes en forme de poire… huuuum… combiné à « paradise ». Le paradis des poires, en quelque sorte. Vous voyez le genre de détail qui réussit à occuper mon cerveau pendant des heures !
  Il y a aussi toutes ces femmes qui sont passées par la communauté au fil des années. Certaines sont devenues des visages familiers que je recroise au hasard de mes pérégrinations sur le Web.
  À force de voir leurs publications, leurs vidéos et leurs échanges, on finit presque par avoir l'impression de les connaître.
  Ouin… « on », je dis ça… mais, entre vous et moi, l'un de ces admirateurs assis devant son écran avec ses grosses lunettes, c'était surtout moi.
  Tout ça allait plutôt bien dans ma perception de Pearadise… jusqu'à ce que les révélations entourant le documentaire viennent sérieusement ébranler l'image presque idyllique que je m'étais construite. Le petit nuage sur lequel je regardais la Pearadise Mansion venait de rencontrer quelques turbulences.
  — Ça sent moins le paradis, ton affaire…
  — Disons que les prochains chapitres risquent d'être un peu moins rose bonbon.
  La suite promet donc d'être beaucoup plus mouvementée… et probablement encore plus intéressante.
  Sur ce… je vous dis que vous allez devoir revenir sur le blogue pour la suite. Et comme à mon habitude, je vous dis merci de continuer de participer à ce projet de blogue. À la revoyure !



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Commentaires

  1. Voici le premier texte d'un dossier qui me tenait à cœur d'explorer à ma façon. En espérant que ça vous plaise et vous apprenne des trucs !

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