195- Désirs en vrac (31JAN26 1/1) !
Si l’ésotérisme existe, je suis de plus en plus convaincu qu’un lieu banal de la modernité a été discrètement ensorcelé par une bande de cupidons qui se sont passés le mot. Vous savez déjà de quels endroits je parle, ceux où mon cœur s’y emballe aussi souvent qu'une foule à un match Canadien & Nordiques.
Non, ce n’est ni un bar ni les boutiques La Vie en Rose, c’est à l’épicerie. Et plus souvent qu’autrement, précisément chez Costco ! C'est idiot révéler une chose pareille, mais c'est… moi.
Entre les palettes de papier de toilette et les sacs de croquettes format apocalypse, il m’arrive immanquablement de perdre mes moyens. Le cœur qui ralentit, le regard qui s’attarde, le temps qui étire sa laisse et les scénarios prennant forme autour des mini-comptoirs de dégustation, je connais trop bien ces états.
Pourtant, je ne vais pas là pour rêver. J’y vais pour le café en vrac, la viande en spécial et mes mauvaises décisions alimentaires scellées sous plastique, question de survivre à l’inflation version ère Trump.
Presque à chaque fois que je m’y pointe, une silhouette me détourne de ma liste d’épicerie mentale. Par exemple, alors que je fixe les paquets de viande hachée, à la limite du champ de vision, une ombre s’invite. Je tourne la tête et je ne suis jamais prêt pour ces présences lourdes et tangibles, irradiant d'une chaleur qui me rend moite et inexplicablement amoureux.
Même si la frénésie du magasinage écrase tout le monde, je gagne soudainement une paix intérieure qui m'amène dans un oasis où être pressé ne plus de substance. Il n'y a pas d'autres loi que de savourer une présence très en chair gagnant à toute vitesse mon intérieur de feelings étonnamment réels.
C’est devenu si fréquent que je pourrais presque dire que le Costco est en train de remplacer les « dating apps », même si je n'utilise plus ces technologies depuis belle lurette.
Il n'est pas nécessaire d'étendre ses tentacules à coup de punchline style « c'est certain que vos beaux yeux brillent depuis que vous avez adhéré au membership exclusif du Costco ».
Ces clientes d’exception apparaissent toujours au moment où la garde est baiser, quand j’hésite entre les muffins au chocolat ou aux pépites, quand je me crois invisible ou quand je suis simplement un homme ordinaire derrière un chariot trop plein. En plus de m'attraper sans avertissement, étrangement, l’envoûtement opère tooooujours dans le coin boucherie.
Peut-être parce que notre côté carnivore se réveille devant ces quartiers de viande brute ? Haha… l’instinct du chasseur et de la proie qui frémit à la vue de l’hémoglobine dans ce coin bien éclairée du magasin. Ou peut-être parce qu’au milieu des saumons sous vide, des saucisses bien alignés et des poitrines de poulet bien dodues, la vie continue de circuler sans mise en scène.
En fait, l’explication la plus plausible, c’est que le coin viande est un véritable carrefour. Tout le monde finit par s’y croiser, dans cet espace dégagé, sans étagères pour se cacher. Ce qui, encore une fois, nous ramène au vieux concept de la chasse… hihihi.
Je rigole, mais c’est quand même une belle explication.
Vous vous demandez pourquoi je n’ose jamais la petite pickup-line en croisant les belles du Costco, pour réveiller les instincts ? J’ai déjà essayé quelques fois. N’oubliez pas que je suis introverti.
Tsé, une fois, j’ai osé dire à une costcolosienne qu’elle avait de ben belles bouclettes. J’ai gagné un merci poli et… une… érection. Ouf.
Ça prend une solide dose de confiance pour se lancer et avec les ans qui passent, je me perçois de moins en moins attirant pour jouer au chasseur. Sic. Astalavista, Costco ! Peut-être que la confiance reviendra, qui sait.
Bon, rien n'empêche qu'à ma dernière visite là-bas, trois femmes, trois apparitions, trois moments distincts qui ont tenues ma machine à fantasmes hyperactive. Trois femmes qui ne se connaissent pas, mais qu’un même fil invisible reliait quand même.
La première… hem… « rencontre » a eu lieu au rayon des viandes. Ben oui, je vous vois déjà rouler des yeux. Elle était là, songeuse, appuyée sur son chariot. Probablement en train de se demander quoi faire avec les filets de porc en spécial.
Le mari désintéressé qui l’accompagnait ne se doutait visiblement pas que « sa » femme possédait ce genre de charme capable d’ensorceler un client chasseur… ou plutôt cueilleur, pour l’instant.
Peeeersonne, je pense, ne peut résister aux charmes d'une rousse aux cheveux longs, étonnamment soyeux pour une soixantenaire.
Ce jour-là, elle avait enveloppé ce que j’imaginais être une silhouette en « B » dans un gros chandail tricot couleur ocre. Le genre de chandail lourd, qui ne suit pas les lignes du corps mais laisse deviner ce qu’il cache.
Effet chaleur immédiat, version feu de foyer. Ouin… ce genre-là. Je me voyais déjà trop bien me faire inviter à une séance de calinerie improvisée, glisser mes mains froides sous ce cocon qu’elle gardait bien au chaud juste pour moi. Huuuum…
« Monsieur, vous bloquez l’allée », lance l’homme d’un jeune couple qui tente d’atteindre les boîtes d’huîtres en spécial.
Je sors de ma torpeur, m’excuse d’un signe de tête, juste à temps pour voir la tentatrice rousse se retourner et me faire dos. Hoooooolala. Son jean bleu foncé était tendu par des fesses bombées. À chaque pas, le denim protestait, surtout derrière, là où le pantalon n’avait plus vraiment le choix que de s’adapter et de faire de l’œil à quiconque osait regarder aussi bas. C’est fou.
Petite de taille, elle avançait avec cette assurance tranquille des femmes qui n’ont plus rien à prouver, « si t'aimes pas ce que j'ai a t'offrir, fais de l'air ! »
On s’est talonnés presque malgré nous, aux mêmes présentoirs, avec la même hésitation devant les faux spéciaux. À quelques reprises, j’ai senti son passage avant même de la voir. L’air que son corps déplaçait vibrait littéralement, une fraction de seconde.
Même accompagnée de son homme, ça n’enlevait rien à sa présence. C’était une apparition, le genre qui te brasse les idées et qui s'apparente à la… séduction.
Comme si ce n’était pas suffisant pour me faire perdre la tête, j’ai replongé dans l’abîme de mes habituels songes éveillés avec une deuxième rencontre. Une autre costocolosienne aux courbes délicieuses comme… ouin… le sac d’un kilo de popcorn mélange Chicago.
Comme ce nouveau choc euphorique s’est révélé dans la zone réfrigérée des légumes, j’en ai conclu que je venais de croiser Elsa, reine des neiges, version cinquantaine. J’étais figé sur place, transi, en hypothermie émotionnelle incurable.
Il ne restait qu’un petit battement de chaleur. Vous savez, celui juste sous la peau, là où les papillons battent encore des ailes pour te rappeler que la zone fantasme est toujours la dernière à mourir.
Cette cliente-reine était seule, plantée devant les mélanges de laitues et d’épinards, légèrement penchée vers l’avant, absorbée par un choix qui n’en était pas vraiment un. Devant un mur d’options, le « comme d’habitude » gagne presque toujours.
Brune, une magnifique crinière longue et lisse repoussée derrière les épaules, coupée droit aux ciseaux. Son chandail tricot vert était trop épais pour l’endroit, trop large pour la saison et clairement trop invitant pour un admirateur pris sous son pouvoir. Ce chandail cozy lui donnait cet air confortable qui murmure une permission, immédiatement suivie de ma petite voix interne : « non, non, focus… tu es ici pour faire ton épicerie. »
Mais comme j’étais figé par le froid surnaturel devant le rack de paquets de fèves, j’avais tout le loisir de rêver en regardant la reine des neiges version bien en courbes.
Le tricot s’étirait différemment selon les produits qu’elle examinait, révélant sans jamais exposer. Le haut de son corps s'imposait avant le reste, trop généreux pour disparaître sous un tissu élastique, trop dense pour passer inaperçu, trop lourd pour ne pas dessiner des plis de dos franchement indécents. Huuuumm… c’est débile !
Cette fière reine faisait partie de ces rares humaines à la silhouette en V où l’opulence de la poitrine devient un argument irréfutable. Son jean serré faisait de son mieux pour contenir ce qu’il pouvait, laissant à mon imagination tout l’espace nécessaire pour compléter ce que mes yeux ne voyaient qu’en partie.
On s’est croisés une première fois, puis une deuxième. Puis encore. Toujours au détour de ces longues allées impossibles à embrasser d’un seul regard.
À chaque passage, un échange de trajectoires sans regard appuyé, mais avec cette conscience muette des chaleurs qui me travaillaient les entrailles. Elle, visiblement, ne cherchait rien d’autre que de quoi survivre côté victuailles. Et pourtant, elle laissait derrière elle des vibrations me faisant voir des étoiles.
Comme le dit ce proverbe d’origine inconnu mais souvent fiable, jamais deux sans trois. Vous voyez venir la suite ? Eh oui. Une troisième femme est venue m’achever, cette fois dans le coin des cosmétiques du Costco. Le tout, bien entendu, lors d’une seule et même séance de magasinage.
Même si elle était plus jeune que moi, clairement majeure et solidement trentenaire, j’ai flanché en plongeant tête première dans le bouillon de mes fantasmes.
Quand je dis le rayon des cosmétiques au Costco, oubliez l’image feutrée d’une pharmacie avec hôtesse en sarrau blanc. Ici, on est dans le royaume de l’entrepôt. On magasine l’hygiène personnelle en vrac, entre deux palettes. Pas de flacons démo ni de rituel sacré façon Sephora, juste des formats familiaux et des décisions assumées.
J’arpentais les palettes de shampoing cinq-en-un quand ces deux costocolosiennes à panier débordant à rendre le mien jaloux, ont déambulé vers moi. Mon regard de ninja, ce coup d’œil intéressé… disons même, de dévotion, ses mis à l'œuvre.
La jeune femme était accompagné (ou le contraire) de ce que j’imaginais être une mère cinquantenaire, probablement membre VIP depuis l’ouverture du magasin, accompagnée de sa fille trentenaire.
La blonde au regard franc m’a littéralement scotché. Un piercing septum tranchait avec la douceur du reste. Son chandail tricot blanc était démesuré, presque trop, comme s’il avait été choisi pour s’y cacher. Sauf que ses vraies courbes refusaient obstinément de disparaître.
Le tricot tombait mal, et c’était précisément ce qui le rendait fascinant. À certains endroits, le tissu se repliait, dessinant une profondeur, une renflement de chair, une ligne qui happait l’œil malgré toute bonne volonté.
Lululemon faisait le reste du travail. Un legging vert foncé dessinait chaque courbe sans détour, à mon plus grand dévouement envers la géométrie humaine. Et… attendez… mon attention s’est figée sur… ouf… sa looongue craque de sein, comme je chéri tellement.
Sérieusement, cette jeune femme m’a pris par surprise au point où j’en avais presque les larmes aux yeux. Dans mes contrées, voir un décolleté plongeant assorti d’une poitrine format fantasme devrait déclencher automatiquement la phrase éponyme : « un 6/49 avec ça ? » C'est d'une rareté équivalente à trouver de la « marde de pape. »
À côté d’elle, sa mère. Même énergie, même densité (oooohmycurves) de présence. Sauf qu’elle était enveloppée dans un long manteau noir soufflé, sans craque visible, à mon profond désarroi.
Jolie femme, prétendument la version future de celle qui carburait à mes fantasmes. Les deux parlaient doucement, concentrées sur les produits, avançant lentement comme si la frénésie du magasinage n’existait pas.
Et pourtant, elles occupaient tout l’espace, sans jamais remarquer ce groupie singulier aux idées beaucoup trop plurielles.
Vous ne pouvez pas savoir à quel point ce genre de contemplation est un cadeau de l’univers pour votre blogueur. J’appelle ça un plaisir innocent, même si mon cerveau se charge aussitôt de le transformer en vision paradisiaque. Hooooolala, oui.
Et parce qu’il n’y a pas toujours que le hasard, je vous ai parlé plus haut d’un fil commun reliant les trois femmes croisées ce samedi. L’avez-vous remarqué ?
C’est… le chandail tricot démesuré ! Chez les trois clientes, même logique, même camouflage apparent. Les bourrelets n’ont pas besoin d’être compressés dans des vêtements collés au corps pour exister.
Je ne sais pas si c’est moi qui remarque trop ou si j’en fais trop, mais ces tricots oversize sont bel et bien revenus à la mode. Confortables, enveloppants, presque défensifs. Impossible de ne pas y voir un héritage des années 80, cette époque où le volume gagnait sur la coupe. Hihihi.
Bon, il y a des trucs vestimentaires de cette décennie qui mériteraient de rester morts et enterrés, juste à penser au fluo. Mais quand il est question de chaleur, de texture, de refuge, ces tricots-là font encore tout leur sens.
Aujourd’hui, j’ai l’impression que ces chandails reviennent comme un refus discret de la rigidité vestimentaire.
Chez ces femmes avec qui j’ai partagé une fraction d’espace-temps et une éternité de désir, il y avait un paradoxe délicieux. En dissimulant leurs formes, le tricot les rendait encore plus présentes. L’imaginaire travaille toujours plus fort quand tout n’est pas livré sur un plateau d’argent.
Comme toute virée au Costco, je suis reparti les mains pleines et le compte en banque siphonné. Il n’y a pas eu d’échange ou de suite à ces rencontres. Il ne me reste que des images de ces femmes croisées dans un lieu banal, qui m’ont rappelé que les feelings surgissent parfois où on ne les attend pas.
Avant d’oublier qu’elles ont existé, j’avais envie de les immortaliser ici, sur le blogue.
Disons-le franchement, je suis à deux doigts de réclamer une application de dating signée Costco. Tsé, au lieu de la photo de profil du mâle pourvoyeur posant fièrement avec un maskinongé pêché dans une Princecraft de 14 pieds, moi, je serais prêt à exposer un sac de poulet BBQ précuit. Ça, c’est du pourvoyeur moderne.
Ou mieux encore, les gérants du coin boucherie pourraient organiser des événements de speed dating entre les frigos à viande.
— Bon, fait le gars du rayon boucherie en tapant dans ses mains gantées, on a trois minutes par frigo. Quand la cloche sonne, on change. C’est un départ.
Je me retrouve planté devant elle, coincé entre le bœuf haché format familial et les faux-filets en spécial. Elle tient un panier trop plein pour quelqu’un qui était « juste venue chercher du lait ».
— Allô.
— Allô… Elle sourit comme si on se connaissait déjà un peu. Toi aussi, t’es tombé dans le jeu à l’allée des surgelés ?
— J’avais le goût de morue. Et toi ?
— Lasagnes pour douze. J’habite seule. Tu cuisines ou tu improvises ?
— Je cuisine quand quelqu’un vaut la peine que je fasse la vaisselle après.
Elle rit, un vrai rire, loin de celui qu’on sort par politesse. La cloche des trois minutes retentit trop vite.
— Dommage, dit-elle en réajustant son manteau. J’aurais aimé savoir si t’étais plus sauce BBQ ou moutarde de Dijon.
— J’suis moutardo-flexible.
Je passe au frigo suivant.
— Salut.
— Rebonjour… Elle penche la tête, analyse rapide. T’as l’air d’un gars qui choisit longtemps ses tomates.
— Seulement celles qui veulent voir les restants dans mon frigo.
Elle sourit encore.
— Fidèle ou curieux ?
— Trop curieux, mais respectueux. J'ai moins de chance d'envoyer mes tomates aux compostage si elles sont italiennes.
— Bonne réponse. J’haïs le gaspillage… autant dans la bouffe que dans les gens.
La cloche sonne, encore trop vite. Dernier frigo. Elle est plus près de moi, trop près pour être anodin. On ne se touche pas, mais l’espace entre nous a gagné une densité nouvelle.
— Si Costco lançait une appli de rencontre, dit-elle, tu mettrais quoi comme photo ?
— Moi avec un sac de poulet précuit. Et toi ?
— Peut-être couchée sur un divan en kit, juste pour voir qui oserait m’aborder.
— Je pense que je serais ton premier match !
La cloche retentit. Fin de l’événement speed barquettes. On se disperse comme si de rien n’était. Aucun numéro échangé et aucun « on se texte ».
Il ne reste que ces images qui collent à la mémoire, comme l’odeur de bacon grillé d'un poêlon trop chaud. En sortant du Costco, la carte de débit en sueur, je me dis que c'est peut-être ça, le vrai plaisir : « Pas ce qu’on ramène à la maison, mais ce qu’on ressent là où on ne s’y attend pas. »
Juste à écrire ce texte, j’ai déjà hâte d’y retourner pour en écrire un autre qui va donner de la hâte. Et ainsi de suite, une belle roue de dépenses infernale.
Sur ce, je vous dis à la revoyure… et je pense sérieusement aller m’abonner, manu militari, non pas à la page Facebook de Costco, mais à celle des fans de Costco. Hihihi !
Peut être qu'une de ces trois belles costocolosiennes montérégiennes y a placé une publication du genre : « toi homme de cinquantaine qui me dévorait du regard affamé… je désire partager un surplus de grignotines. Écris-moi ! » 😬 !
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