183- Un conte de fées dodues (25OCT25 2/2)!

  Oooooooh, vous avez reçu mon invitation à retourner dans mon conte de fées aux fantaisies bien urbaines. Je vous préviens, ,, la pieuvre aux penchants dominatrice, ne viendra pas usurper votre attention. Je la garde juste pour moi !
  Je vous avoue sans cachette que c'est avec ce genre de protagoniste fantasque que mon univers fantasmagorique est peuplé. En grosses lettres qui clignotent, j'ajoute que ses personnages sont, guuuurlp, des femmes rondes qui prennent les devants pour s’occuper… de mon cas !
  Bien sûr que je n’hais pas ça, mais pas pantoute. Bon, jusqu’à preuve du contraire — je vis dans un monde peuplé de licornes et de centaures… mais c’est mon univers que je vous l’offre sans filtre par la magie de l'Internet. J'y fais ce que je fais de mieux, soit de partager mes rêêêêêves et fantaaaaasmes ! 

  En guise d’intro, laissez-moi vous offrir un petit moment de paresse littéraire en partageant un résumé maison de la partie 1 du conte de fées du Petit Chaperon Ronde.
  Bien sûr, visiter ou revisiter le texte en entier reste l’idéal pour tout lecteurs et lectrices qui se respecte, mais avouez qu’on vit dans une époque où tout doit défiler en accéléré. Alors voici un pitch express.
  « Fanny, une Montréalaise dodue, prépare des biscuits au chocolat dans sa cuisine de l'arrondissement Rosemont, en s’inspirant de la Tiktokeuse Chief Craving. Célibataire, Fanny jongle entre applis de rencontre et ses propres désirs.
  Un mystérieux Alpha Velours, rencontré en ligne, pourrait bien l’accompagner à une pendaison de crémaillère. En attendant, l’excitation et l’anticipation la conduisent à une scène intime, entre la chaleur du four et celle de son… corps. »
  Vous comprendrez que le texte est écrit par un blogueur un peu rêveur, qui s’invente une version très idéalisée de la vie célibataire bien en chair, une citadine trentenaire.
  Histoire de dénicher plus de viande et de réalisme pour l'écriture, j’ai profité de mini vacances pour troquer la campagne contre la ville.
  Pourquoi pas, remplacer l’odeur des épandages de fumier par les effluves d’échappement des moteurs à combustion, remplacer les champs de foin en attente d’être fauchés par des parcs rasés aux trois jours et remplacer les chemins de gravier sinueux par des routes ben droites en asphalte cahoteuse.
  Bref, je me suis payé un détour par Moooontréal à gambader sur des trottoirs réservés aux gens pressés et à zigzaguer pour éviter les Bixi conduits comme des bolides de F1.

  Si l’héroïne en chef de mon histoire existait pour vrai, il est fort probable que je l’aurais croisée au gré de mes promenades-découvertes de la métropole et de son cachet franco-britano-impérieux. Bon, bon, bon… les puristes vont lever le doigt pour me rappeler que j’étais sur le Plateau, alors que Fanny habite officiellement Rosemont. Et alors ? C'est la même chose, non ?
  En tout cas, j’ai profité de mon séjour là-bas pour découvrir, entre autres, la rue Rachel et le parc La Fontaine. Mon groupe, ne voulait rien savoir d’aller faire un tour dans le Village en quittant le parc alors que j'étais avide d'y traîner ma savate. Les histoires peu reluisante de « sexe entre gars » ont la couenne dure et se transmettent comme des légendes urbaines dans mon coin de pays, à grand coup de menaces divines pour cette transgression des Commandements !
  Peu importe, j’ai gardé le silence et on a quand même marché quelques carrés de rues dans le Village, où on a croisé des couples emo ou punk, main dans la main, comme sortis d’un clip MTV des années 90.
  J’oubliais, j’ai découvert le parc La Fontaine, une première, qui m’a presque donné des vibes d'un Central Park version montréalais, avec tous ces buildings qui bordent l’îlot de verdure.
  Honnêtement, il ne manquait que des petits canots ou des pédalos en forme de cygne pour que l’illusion soit parfaite ! Ok… j’exagère peut-être un peu (je charis fort, comme on dit), j'ai l'imagination débordante !

  Psssst… avant de replonger dans l’histoire de Fanny, je me suis posé une question existenmontréalaise : c’est quoi, au juste, la fameuse rue Rachel ?
  Je dois avouer que je n’en connais pas grand-chose. Même Wikipédia reste avare de détails, si ce n’est que la rue doit son nom à Rachel Cadieux de Courville (1814-1879), l’une des filles du notaire Jean-Marie Cadieux de Courville.
  Ce n'est pas exactement le genre d’anecdote qui déchaîne les passions… mais bon, ça donne un petit vernis historique à ma balade racheloise que je vous propose.

  1. Rachel côté Parc La Fontaine : les flirts
   Le bord du parc La Fontaine, c'est l'entrée en scène d'histoires tendres… et parfois un peu plus corsées… selon les désirs des participants. Les bancs, usés par les confidences, accueillent autant les ados qui s’essayent au french que les trentenaires un brin éméchés qui vident une bière de dépanneur au coucher du soleil. Sous les grands érables, un baiser volé pouvait devenir un souvenir impérissable et une prolongation derrière les bosquets. Vous êtes en mal d'attention ? Il suffit d’une guitare et de deux accords pour qu’un petit attroupement se forme, amenant de nouveaux amis version Woodstock du Plateau.

  2. Rachel côté Saint-Laurent : les nuits chaudes
   Près du boulevard Saint-Laurent, Rachel vibre autrement, surtout à l’âge d’or des clubs de nuit, des afters improvisés et des bars underground qui poussaient comme des champignons après une chaude pluie d'été. Le last call crié, les taxis s’alignent comme des dominos, les gens rient fort en titubant sur le trottoir et des couples fraîchement formés se bécotent contre les murs tagués. La rue se joue au rythme de la nuit : mystérieuse, moite, imprévisible.

  3. Rachel côté Petite-Patrie / Rosemont : les marchés du quotidien
   Moins de glamour, mais plus de simplicité, s'y alignent les petites épiceries portugaises, les fruiteries antillaise et les restos de quartier. Les fumets parfument la rue d’ail, de chorizo et de pain chaud… huuuuum ! On y passe avec un sourire échangé à la charcuterie, un clin d’œil lancé dans la file de la fromagerie et un discret signe de main sur une terrasse. Les odeurs de légumes frais et de poulet grillé servent de décor naturel à cette vie de quartier où Portugais, Haïtiens, Maghrébins et Québécois de souche se croisent dans un ballet quotidien : la nécessité de remplir sa panse.

4. Rachel côté Institutions : les feelings ancrés
   Rachel, ce n'est pas que boustifaille, bars et flirts. Les églises y imposent toujours leurs silhouettes, dont l’imposante Saint-Jean-Baptiste, bâtie en 1872, est le véritable repère du Plateau. À deux pas des clochers, la rue se vit aussi autour de tables devenues mythiques. Pensez au restaurant Laloux, adresse phare de la fine cuisine montréalaise depuis les années 80. Et pour les fin palais carburant au piquant, il y a les rôtisseries portugaises et indiennes qui font saliver à des coins de rue d’avance. Et encore le minuscule Patati Patata sur Saint-Laurent, dont les frites graisseuses débordent de bonheur jusque sur Rachel. Huuuum, difficile de résister…

  Bon, ça suffit, parce que l’envie d’un poulet piri-piri bien assaisonné commence sérieusement à me chatouiller le ventre et je ne veux pas être obligé de me le faire livrer à grand coup de pourboire Uber Eat. 
  Mon petit tour d’horizon reflète ctrop bien ce que j’ai vu durant mon séjour, avec en prime une visite imprévue — et disons-le, assez croustillante — de la devanture du cinéma L’Amour, coin Saint-Laurent et Duluth… hihihi!
  De quoi me donner une rampe de lancement parfaite pour replonger tête première dans l’histoire de la rondelette Fanny, avec une ambiance de quartier qui oscille entre nostalgie, humour, petits désirs urbains et désir doux-amère des nuits montréalaises. 
  Psssst… malgré tous mes efforts pour jouer à l’écrivain austère, je suis i-n-c-a-p-a-b-l-e de me restreindre à une économie de mots. J’ai carrément laissé tomber mon budget lexical : le compte de banque verbal est continuellement à découvert. Résultat, j’annonce déjà qu’un troisième volet s’impose pour mon conte ! On y va pour cette deuxième partie, vous me suivez ?

  Une magnifique soirée d’été s’installe en douceur sur le quartier. Ce n’est pas encore la nuit, un voile doré caresse les lampadaires et allonge les silhouettes. Le golden hour reste ce moment magique où tout se suspend : le vent tombe, le ciel se dégage et la ville, l’espace d’un instant, semble retenir son souffle.
  Fanny descendit l’escalier de son immeuble avec l'assurance tranquille qu’on réserve à la remise d'un mémoire de maîtrise bien affiné. Serrée contre sa poitrine, une boîte Tupperware laissait s’échapper, marche après marche, une odeur gourmande de chocolat et de beurre fondu.
  Arrivée sur le trottoir, elle croisa son reflet dans la grande vitrine sombre de l’immeuble voisin.
  Sa fameuse robe à motifs de cerises restait son arme secrète pour la soirée. C'est le morceau le plus flatteur de sa garde-robe, celui qui faisait taire les jugements trop faciles sur ces bourrelets.
  Le jersey extensible moulait son ventre et sa poitrine avec aplomb, sans chercher à camoufler quoi que ce soit. Le col en V discret et les manches courtes ajoutaient juste ce qu’il fallait, tandis que les cerises, espiègles et rétro, lui donnaient un air de pin-up XXL à croquer, sans rappeler les draperie de la cuisine de môman dans la Petite Vie.
  Même si Météomédia promettait une soirée d’été parfaite, Fanny avait osé ajouter un petit cardigan léger à capuche, rouge profond, porté ouvert pour couvrir délicatement ses épaules — au cas où la fraîche se montrerait coquine.
  Elle baissa les yeux et sourit : ses grosses cuisses, parfaitement épilées et hydratées, respiraient, offertes aux regards et aux caprices de la soirée.
  Ses pieds, chouchoutés par son rendez-vous mensuel de pédicure, ils reposaient dans des sandales compensées ouvertes. Le vernis rouge vif sur les ongles d’orteils, brillait comme des feux de circulation prêts à faire arrêter les passants. Elle se regarda marcher, les jambes se croisant avec un glamour désarmant.
  Un dernier regard de plein pied lui confirma l’effet ravageur de la large ceinture sous la poitrine, qui confirmait sa taille et allongeait la silhouette.
  De petites boucles d’oreilles en forme de fruits scintillaient discrètement, complétant sa coiffure tirée en raie de côté.
  Fanny alla même jusqu’à se lancer un clin d’œil dans la vitrine, avant d’ajuster son sac en bandoulière posé sur les hanches. Trop petit pour contenir un Tupperware de biscuits au chocolat, mais assez grand pour transporter, ce soir-là, toute son assurance féminine.

  Tel le petit chaperon rouge, Fanny avait prévu de faire un crochet chez sa mère, juste une petite halte pour y déposer ses biscuits, s’offrir une jasette et grignoter une bouchée maison. Par la suite, aller prestement rejoindre Maude pour se pointer ensemble chez Karl. 
  Montréal a toutefois cette manie pernicieuse de mélanger tous les plans, même ceux qu’on a préparés avec la rigueur du général Patton.
  Accompagné par les claquements pressés des sandales sur le trottoir, la belle à la robe rouge s’engagea d’un pas décidé vers le parc La Fontaine, laissant derrière elle les vitrines de la rue Masson, dont l’éclat commençait déjà à se ternir.
  Elle avançait avec cette démarche d'une femme qui est consciente de son effet, accrochant des regards inattendus à chaque foulée. Deux gars, installés sur la terrasse d’une sandwicherie portugaise, interrompirent leur conversation pour suivre du regard les hanches qui roulaient devant eux avec une assurance désarmante.
  Avec le soleil qui disparaît lentement derrière les immeubles, il allongeait les ombres et donnait des airs de starlette rentrant d’un gala, pour l'héroïne d'une histoire urbaine mainte fois racontée.

  En chemin, une femme d’une cinquantaine d’années, élégante dans une robe d’été pâle, ralentit à sa hauteur.
  « Elle est jolie, ta robe, ma grande… On n’en voit pas souvent qui osent les motifs de ce genre », glissa-t-elle avec un sourire complice, avant de reprendre sa route.
  Ce petit compliment, offert sans arrière-pensée, rehaussa son applomb, autant que son cardigan rouge pourrait le faire.
  Puis vint une joggeuse impossible à ignorer : débardeur trempé, cuisses solides, poitrine luisante.
  Elle ralentit en voyant Fanny, le regard accrocha sur son décolleté, glissa sur les hanches, descends vers ses cuisses… comme une caresse. Pas un mot, pas un sourire, juste une audace brute, un désir sans filtre et silencieux. Fanny sentit ses cuisses se raidir, son souffle se raccourcir, comme si l'attention sous le regard brûlant avait traversé sa peau et s’était imprimé dans sa chair.
  La joggeuse reprit son rythme en laissant derrière elle une traînée d’électricité, un frisson persistant dans l’air. Leurs yeux se croisèrent une dernière fois avant qu’elle ne disparaisse et Fanny comprit que la soirée accumule une promesse de feeling après l'autre.
  La ville diurne s’endormait doucement. La ville nocturne, elle, venait tout juste d’ouvrir les yeux.

  En posant un pied dans le parc La Fontaine, tout se calma. Le grondement du trafic s’étiolait, avalé par le froissement discret des feuilles des arbres, par le crissement d’une poussette en descente libre, par les rires et les acclamations qui s’échappaient des gradins du terrain de baseball.
  Fanny adorait ce moment où la ville reprenait enfin un rythme humain, presque sensuel, comme une grosse poitrine qui expire après avoir passé la journée emprisonné dans corset trop serré.
  S'avançant parmi les aires de jeux, elle était concentrée sur l'itinéraire habituel pour aller chez sa mère, soit de franchir le pont des Amoureux en jetant un œil amusé aux canards braillards. Puis, filer jusqu’à l’avenue du Parc en quittant l'îlot de verdure prisé à toute heure. Un trajet si simple et net. Ce soir, son plan allait s’évader vers une trame divergente.
  Une ombre faite de mystère surgit. Pas vraiment menaçante, plutôt classique en regard de la faune du coin : long hoodie sombre, capuchon relevé et posture voûtée.
  Évidemment, Fanny poussa inconsciemment son cerveau en mode alerte maximale, envoyant dans ses veines une giclée d’adrénaline capable de ressusciter une momie pharaonique. Elle se tint prête à hurler, au cas où, pour rameuter les employés du centre d’art qui fumaient leur clope non loin.
  Puis elle souffla. Non, cet homme n’était pas une menace… malgré que, dans n’importe quel film hollywoodien, un type avec ce profil-là, c’est toujours le voyou de service.

  L'étrange personnage avançait lentement, mains enfoncées dans ses poches, comme si chaque pas obéissait à une chorégraphie. Son visage demeurait à demi dissimulé par l’ombre de la capuche, les lampadaires peinant à déchirer son masque. On devinait tout de même une mâchoire bien taillée, un nez droit qui n'a jamais été cassé et une bouche qui, manifestement, n’avait pas l’habitude de se plier au luxe d’un sourire.
  Il s’arrêta à quelques mètres d’elle, sans pression, avec une politesse énigmatique qu’ont les étrangers sans arrières-pensées.
  — Bonsoir, lança-t-il d’une voix chaude, assez grave pour glisser, pas trop basse pour intimider. C'est une belle soirée pour faire fondre des biscuits.
  Fanny eut un petit rire, surprise par la familiarité de l'apparition.
  — Tu es cookiemaniaque, toi ? répliqua-t-elle, pour lui démontrer qu'elle n'est pas une femme à se laisser intimider. Ou tu parles à toutes les femmes qui se promènent avec un Tupperware ? 
  Il inclina la tête comme si sa question répondait la joute oratoire qui se dessinait.
  — Seulement aux fées qui savent comment faire fondre le chocolat.
  Le visage de Fanny s’embrasa, pas d’une gêne maladroite, mais d’une chaleur qu'elle connait bien.
  — Je suis imperméable aux flatteries. La modestie, c’est drette mon kink.
  Il fit un pas de côté pour laisser filer un couple de joggeurs bruyant.
  — Je m’appelle… commença-t-il, puis semblait se raviser, savourant visiblement l’idée du mystère. On me surnomme le Loup. C’est… plus poétique que mon vrai prénom ben banal. 
  Fanny esquissa un sourire qui voulait être moqueur mais se mua en curiosité.
  — Le Loup ? On dirait un titre de téléroman. Tu joues le héros ou l’antagoniste ?
  — Un peu des deux, dit-il avec un haussement d’épaules. Ce soir, je ne suis qu’un passant. Où file donc une si jolie chaperonde ?
  Fanny éclata d’un rire bref gardant pour elle que… c'est… charmeur.
Je commence à te trouver un peu trop curieux à mon goût. Ma mère m’a toujours dit de ne pas parler aux étranges étrangers. Mais soit : je vais chez une amie, sur Berri.
  Le Loup s’immobilisa, laissant Fanny le distancer. Puis sa voix grave flotta, basse, comme une confidence interdite.
  — Tu devrais éviter le pont. Tout est fermé, ils préparent un spectacle au théâtre.
  — Ah bon ? On ne m’avait rien dit… Maudit, je vais devoir aller sur Sherbrooke. Merci du tuyau.
  — Tu diras bonsoir à ton amie, de la part du Loup.
  D’un petit signe de tête, Fanny répondit, presque ironique.
  —  Un détour n’a jamais tué personne
  Elle bifurqua sur un sentier plus discret, orienté vers l’est, sans jamais se retourner. Trop heureuse de s’être débarrassée du loup
  D’un pas décidé, Fanny marcha en croisant des rangée de bancs qui semblaient garder leurs secrets de fin journée.

  Des rires cristallins jaillirent à la lisière d’un bosquet d’érables. Fanny avança encore d’un pas, attirée par la mélodie cristalline de ces voix. 
  Sur un banc, deux femmes enlacées s’abandonnaient l’une à l’autre. Leurs corps s’emboîtaient comme des pièces Lego.
  Sans avertissement, Fanny ressentit instantanément une décharge de haut voltage de feelings. Elle était tétanisé, de la tête aux pieds de ce qui se dévoile devant ses yeux. Les deux femmes s’embrassaient sans filtre, d’abord comme si elles se dessinaient du bout des lèvres avant que leurs baisers gagnent en intensité.
  Les doigts se trouvaient, se croisaient, avec une tendresse de trop longtemps retenue.
  Une main se perdit dans les cheveux, l’autre glissa le long du dos, et un rire étouffé se transforma en souffle commun.  
  Elles se caressaient et s’effleuraient. Leurs lèvres jouaient une partition sensuelle que le reste du parc n’entendrait jamais.
  Pas de vulgarité, c’était trop sacré. Pas de voyeurisme, c’était simplement offert, là, sur un banc de bois élimé.

  Hypnotisée net, le corps figé, les images se déposaient sur la conscience de la belle chaperonde comme un drap de molleton chaud.
  « Elles ont vraiment l’air d’être le centre de leur propre galaxie », pensa-t-elle, le cœur serré par un délicieux pincement.
  Ce pincement n’était pas de la rancune, mais une jalousie douce, teintée d’envie. Quelque chose d’ancien s’éveilla en elle : la curiosité bi, ce frisson enfoui qui surgit parfois comme un éclair dans la nuit.
  Observer les deux femmes qui se donnaient sur le banc de parc, ce n’était pas seulement zieuter. C’était sentir des cordes invisibles vibrer en soi, comme si le désir avait réveillé de nouvelles fibres.

  L’une des femmes leva les yeux vers Fanny et lui offrit un sourire à la fois bienveillant et complice, comme si elle déchiffrait ses pensées.
  Elles se séparèrent à peine un instant, leurs fronts pressés l’un contre l’autre, échangeant des chuchotements, des mots doux, des surnoms ridicules, des promesses, avant de se jeter de nouveau l’une sur l’autre, avec une tendresse impatiente.
  Cette scène fit naître en Fanny un feu ardent qui lui coupa presque le souffle. Elle comprit que ce qu’elle voyait n’était pas un hasard : c’était un cadeau, glissé sur ce banc défraîchi, offert pour ses fantasmes.
  Le moment prit des allures de rituel. Les deux femmes, l’une aux cheveux noirs coupés court, presque au bol, l’autre plus grande, rousse, constellée de taches de rousseur, semblaient s’être données pour mission de rendre la soirée incandescente… et c'est définitivement réussi.
  Elles n’embrassaient plus seulement pour elles ; elles jouaient une scène, comme on choisit une playlist spécialement pour envoûter quelqu’un.
  Leurs mains devenaient celles des cheffes d'orchestres : une paume glissait le long d’une cuisse, des doigts s’attardaient sous l’élastique d’un short, des caresses s’allongeaient, sans jamais céder à la précipitation. 
  Elles avançaient et reculaient, se rapprochaient puis se séparaient, plaçant leurs corps de façon à ce que Fanny voie tout, comme la cambrure d’un cou offert, l’ombre moite d’un décolleté, la manière dont une main amoureuse saisit une hanche comme si elle voulait y laisser son empreinte.

  La rousse lâcha un rire grave et souffla à son amante d’une voix qu’il était impossible pour Fanny de ne pas capter :
  « Regarde-la… elle capote totaaaaalement. »
  Puis, plus fort, mais encore assez doux pour transformer la distance en complicité :
  « T’as déjà vu des cuisses pareilles ? J’veux dire… »
  Elle laissa sa phrase flotter comme une caresse, une question qui sonnait plus comme une invitation que comme une remarque.
  Un frisson parcourut Fanny de la tête jusqu’aux chevilles. Le parfum de chocolat qui s’échappait de sa boîte se mêla à la moiteur du parc. L’effet est immédiat : la curiosité se mua en appétit, et l’appétit en une délicieuse douleur, comme une crampe qui fait tout abandonner.
  Elle se savait observée, désirée pour ses rondeurs, pas par un mec louche sortant de l’ombre, mais par deux femmes qui jouaient d'une assurance désarmante.
  Chaque respiration qu’elles partageaient semblait lui chuchoter « Oui, on sait exactement ce qu’on fait. »

  C’est à ce moment précis que son téléphone vibra, petit tambour secret battant la mesure au fond du sac. Fanny l’attrapa par réflexe, au lieu de vérifier la notification sur sa montre. L’écran s’illumina, baignant son visage d’une lueur bleutée.
  Une notification Tinder s’afficha, réveillant un écho inattendu. Le message d’un profil auquel elle n’avait pas songé depuis l’après-midi, était affiché en lettres simples.
  « Viens me voir à la crèmerie Unicone. 20 h. »
  Le message était court, direct et portait dans sa ponctuation l’ordre poli d’un rendez-vous express.
  La lecture fit fondre quelque chose en elle. Un courant chaud remonta de son ventre à sa gorge.
  En la voyant consulter son écran, les deux femmes échangèrent un coup d’œil complice et sourirent comme si elles lisaient par-dessus son épaule.
  « On t’a dérangée, belle chaperonde ? » souffla la rousse en s’inclinant légèrement, sa poitrine dessinant une ligne volontaire, offerte au regard.
  « Si c’est ton chum ou ta blonde qui te texte… tu peux toujours lui répondre que tu es occupée. »
  Sa voix roulait en rondeur, presque palpable, aspirant toute l’attention de la spectatrice.
  L’autre, la brune aux yeux d’encre, se pencha à son tour, plus proche encore.
  « Ou alors… tu nous fais goûter tes biscuits, » dit-elle en désignant le Tupperware comme si elle venait de découvrir un trésor interdit. « On partage ? On partage tout, ici, dans le parc. C'est dans l'âme de La Fontaine ! »
  Elle mordilla sa lèvre, fixant Fanny comme on soulève la cloche d’un gâteau avant de le dévorer.
  Les mots revenaient à Fanny comme le ressac d’une mer sensuelle : propositions susurrées, images jetées comme des miettes provocantes.
  « Entre nous, on adore les gourmandises bien enrobées… » osa la rousse, ses mains dessinant sur sa propre cuisse une ligne invisible, une esquisse de désir, avant de relever les yeux pour sonder la réaction de Fanny.
  Elles faisaient tout pour la faire fondre. Comme si ce n’était pas déjà fait.
  Fanny se sentait irrésistiblement retenue. Elle essayait de se détacher, de raisonner — sa mère, la pendaison de crémaillère, Maude qui l’attendait, Alpha Velour — mais la soirée se jouait d’elle.
  Chaque sourire s'épanouissant dans le visage de ses deux femmes avait la force d’un aimant. Elle répondit, fragile sous ses airs habituels.
  « Vous êtes… » Sa voix manqua d’abord, puis se raffermit. « J’ai… j’ai des biscuits, si vous voulez goûter. »
  Un clin d’œil, une invitation presque innocente… qui déclencha une troisième vague de désir.

  Elles se présentèrent avec la lenteur de prédatrices. La rousse, la première à se dévoiler, « Moi, c’est Lise. » La noire ajouta du tac au tac, « Et moi, Claire. » Des prénoms banals, mais dans leur bouche, les syllabes prenaient des allures de sortilège.
  Fanny, reprenant un peu d’aplomb, raconta d’une voix tremblante de fierté et de gêne, la recette volée à Chief Craving. Elles écoutèrent comme on écoute une confidence obscène, les yeux brillants de complicité. 
  Puis chacune mordit dans un biscuit. Pas n’importe comment, avec une lenteur étudiée couplé d'une exagération volontaire, qui fit confirmer en Fanny un trouble… contradictoire : la honte de voir ses plans s’effriter et le vertige d’une audace qui la grisa jusqu’au bout des doigts.
  Tout aurait pu s’étirer encore, la pénombre se modelant comme une tente autour d’elles, prête à enfermer l'aventure en plein air. Mais la ville, imprévisible, ramena la réalité dure et froide.
  Le téléphone vibra de nouveau, cette fois en rafale. Les notifications s’empilèrent dans son sac — Maude qui bombardait : « Fanny? T’es où? On commence à s’installer » ; « On t’attend devant l’appart de Karl, dépêche-toi » ; puis un appel manqué. Et enfin, le texte final, hurlant en majuscules : « T’ES VRAIMENT EN ROUTE??? »
  Le bruit des alertes claqua comme un coup de sifflet. Lise et Claire se figèrent une fraction de seconde, avant d’échanger un sourire indulgent, presque tendre.
  Lise frôla la joue de Fanny d’un geste lointain qui disait clairement : « Va. » Claire, lui lança un regard ourlé d’une douce ironie : « Mais si tu veux revenir… » ponctué d’un clin d’œil qui promettait bien plus qu’une simple porte ouverte.
  Fanny sentit une pression sur sa poitrine — pas seulement le battement de son cœur, mais le poids des décisions.
  Elle posa une main sur la boîte de biscuits et répondit à Maude d’un emoji bouche cousue suivi d’un « J’arrive dans une heure… petit retard ». Puis, marmonna ces derniers mots qu’on réserve à ceux qu’on ne veut pas blesser : « Merci pour ce… spectacle. C’était… » Elle chercha le mot et trouva la simplicité, « beau », en souriant maladroitement avant un demi-tour vers ses nouvelles aventures.

  Alors qu’elle marchait vers la sortie du parc, en direction de Sherbrooke, ses pas résonnaient de plus en plus vite. Elle n’arrivait pas à s’arracher complètement au tableau laissé derrière elle.
  Une impulsion la fit se retourner, à moitié honteuse, à moitié aimantée, pour jeter un dernier regard. Lise avait levé la main dans un salut insolent. Claire, les yeux plissés comme pour mieux graver la scène, lui tira la langue avant de replonger son visage dans celui de son amante.
  Le sourire qui s’étira sur les lèvres de Fanny était compliqué — gratitude, manque, excitation. Une chose est garantie, c'est la certitude nouvelle que la soirée tient des promesses qu’on n’aurait pas osé écrire sur un agenda.

  N'étant pas une aficionado du ghosting, Fanny offre une réponse au message de son ami Tinder, « j’arrive, 30 minutes maximum… je passe chez maman avant ».
  Le petit resto de la rue Saint-Denis n’était qu’à dix minutes de marche. En baissant de nouveau les yeux sur son écran, elle espère une conversation. « C’est tout ? Pas un mot doux, pas même un quolibet plein de romantisme ? », pensa-t-elle, moitié taquine, moitié vexée parce qu’elle imaginait que Alpha Velour sera un nouveau flop réseau rencontre.
  Alpha Velour, l’homme-ombre derrière l’invitation… « Il peut bien être charmeur, au fond, c'est probablement ça que j'ai besoin », conclut-elle, tout en se résignant à honorer ce match.
  Sa mère l’attendait peut-être déjà, mais son pas accéléra sous l’idée du rendez-vous à la crèmerie, une coupe glacée et peut-être un visage de son ami qui se dévoilera bientôt sous un néon.
  Dans le fond, elle se disait qu’Alpha Velour pouvait aussi bien lui poser un lapin. Elle sourit, remit son téléphone dans son sac, se dirigea vers chez sa mère, l’idée d’un dessert à venir est un secret délicieux.
  La ville continua de respirer autour d’elle, indifférente et pourtant complice de quelque chose qui n'est pas écrit d'avance.

  Et voilà… Fanny poursuit sa promenade, son périple, sa découverte de tous les sens, pour une troisième partie dans un blogue près de chez-vous — et probablement une quatrième partie !
  Petite confidence : j’ai une pointe de syndrome de l’imposteur en écrivant les tribulations sentimentales d’une femme trentenaire. J’entends souvent des critiques contre certaines séries télé, films et romans où la scénarisation et la réalisation est masculine alors que les protagonistes qui y vivent des péripéties, sont profondément féminines.
  L’étiquette « imaginé, réalisé et produit par des femmes » prend de plus en plus d'essor. Et moi, chaque fois que j’endosse ce côté féminin dans mes histoires, je suis bien conscient d’être dans le champ, quelque part au fond du rang d'une campagne oubliée.
  Peu importe, je m'assume en vous offrant un portrait féminin que… j’idéalise, m’imaginant que ces feelings-là, que les faits et gestes de mes héroïnes, reflètent un peu la réalité.
  Je me dis aussi que ce sont les lecteurs et lectrices qui me diront si je suis dans les patates, si le besoin d'une rectification est pressant.
  Et pour ce qui est de la géographie de ce coin de l’Île de Montréal, je peux confirmer que ça s'approche de la réalité. J’ai vérifié de visu… et par la magie de Google Street View, hihihi !

  Psssst… en passant, avant de se quitter, sachez que j’ai fouillé plus d’une fois les internets à la recherche du ressenti intérieur des femmes face à un rapprochement intime. Eh bien, c’est carrément le treizième travail d’Hercule ! Il faut être demi-dieu pour trouver une réponse claire. En plus d’être difficile à exprimer en mot dans une conversation, les forums de discussion et les magazines féminins sont trèèèèès avares quand vient le temps de décrire ces sacro-saints feelings. Même les intelligences artificielles tombent dans la kétainerie… aaaargh !
  Alors, j’en conclus qu’il y a autant de façons de décrire l’émoi intérieur qu’il y a de personnalités sur cette planète. Vivez, ressentez, rayonnez et… lisez tout ce que je vais publier sur le blogue. Voilà votre nouveau code de vie… hihihi !

Merci pour votre patience et pour votre attention de lecture !



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Commentaires

  1. La photo des 2 gars m'a fait réagir voici mon histoire hi. Je vais faire ma journée de commissions jeudi passé. Je découvre mon linge d'hiver car fini les jupes short et j'ai mes ongles d'halloween noir et orange donc le rouge est déconseillé pour mes goûts vestimentaire. Je deside de mettre des leggings orange et t-shirt noir go c'est cute maquillage léger elyner noir et mascara. Chez super c rien à raconter Chez canadien tire rien vue d'intéressant. Oufff Chez maxi dans une rangée un homme ouff qu'il me regardait. Plus j'approche de lui plus il me regarde mais mes yeux était décourager un homme en jogging nonne. Et il était pas jolie à mes yeux donc j'ai pas oser un commentaire genre c'est gênant de se faire regarder comme tu fais ou quoi tu déteste l'orange sur les grosses comme moi hi. L'autre soir revenant du rocket 23:00 marche sur Roland pour me rendre chez nous plusieurs personnes on descendu du bus et marche comme moi. Je décide d'avoir le courage et prendre le chemin plus court et un homme m'approche on peut faire connaissance et il ôte son capuchon de son chandail ouate . Il devait avoir entre 20 ans minimum maximum 24 ans ou plus 22 ans hihi. Je lui ai dit gentiment non je suis trop veille pour toi bye hihi (lui s'il m'a suivi sait dans quel bloc je reste hihi mais pas remarqué s'il m'a suivi je ne regarde jamais derrière moi je devrais peut être à l'avenir hihi)

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    1. Oooohmygod.. les jeunes ont vraiment du gut… beaucoup plus que le vieux de la campagne !

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