009- Les échelons de la correspondance (11DEC22 3/5)!
Oooooh ! Je suis sincèrement content de savoir que le roman-feuilleton des échelons de la correspondance t’intrigue encore. Si tu n’as pas lu les billets précédents, qu’est-ce que tu fais là ? Va scroller les textes 006 et 008, je t’attends. Promis… enfin, presque.
Avec ce nouveau billet, je grimpe d’un cran dans l’échelle, sur l'échelon baptisé « la connexion ». Oups, j’ai entendu les soupirs. D’accord, je refais un rapide récapitulatif de l’échelon un, « l’accroche ».
L’accroche, c’est deux inconnus qui se reniflent à distance, chacun bien installé derrière son écran, ce rempart qui sert à la fois de bouclier et de premier parfum.
C'est le moment où l'on s’échange des « lut », des « sa vas, toi », ces petites munitions sociales sans lesquelles rien ne décolle. Ben oui, c’est pratiquement o-b-l-i-g-a-t-o-i-r-e. C'est petits mots peuvent faire avancer l’histoire d’un centimètre… ou la faire disparaître dans le néant numérique.
Ça reste léger, presque anodin, mais déjà on s’observe. Une phrase un peu drôle, un détail du quotidien aussi banal qu’un café renversé ou un souper plate miraculeusement recyclé en anecdote. Tout devient prétexte au small talk.
Si la conversation ne meurt pas après trois messages, c’est rarement un hasard. Il ne se passe encore rien de brûlant, je l'accorde, mais il y a ce petit courant électrique dans le fond du cou qui murmure : « attends encore un peu… ça pourrait devenir intéressant ».
Ces premières journées sont cruciales. C’est ici que les partenaires potentiels montrent de quel bois ils sont faits. Si l’un est trop insistant, ça casse. Si l’autre est trop froid, ça fissure. Si c’est juste assez ludique, la sève commence à monter. Et si l’attention ne s’effrite pas, alors on se permet d’allonger nos branches un peu partout, sans trop se casser la marboulette (la gueule si vous préférez).
L’accroche, c’est une zone tampon pour y tester les vibrations, pour vérifier si la connexion est réelle ou simplement un caprice d’algorithme.
Ce n’est pas encore le temps des grandes confidences. Pour ça, il faut monter plus haut dans l’échelle, au niveau où on commence à aimer le vertige. Comme dirait l’autre : « go… monte encore un peu… tu vas voir, ça commence à valoir la peine ».
Je suis pas mal sûr que tu reconnais ce small talk typique de l’échelon un. Alors pourquoi ne pas poursuivre avec la suite logique des premiers contacts ? Imaginons une conversation niveau un, avec une prénommée Nadine.
Petit rappel utile d'une tactique brise-glace qui a déjà fait ses preuves dans sa variante antique, le fameux ASV.
Un classique qui n’a plus de secrets pour les cinquantenaires. DE QUESÉ ASV ? Rien de sorcier : Âge, Sexe, Ville. Trois lettres, trois questions, et déjà une porte entrouverte.
— Bon… on commence par laquelle ?
— Comme tu veux.
— Par l’âge, peut-être… histoire de savoir si je dois te tutoyer ou demander la permission.
Et voilà. L’accroche est lancée.
Si vous êtes un senior de l’internet comme moi, vous vous souvenez sûrement que cette abréviation est une relique bien vivante des années 1990.
Elle régnait dans les premiers salons de clavardage publics comme mIRC, ICQ et les forums Usenet, qu’on appelait surtout newsgroups.
À l’époque, les « chats » ressemblaient à une jungle numérique mal éclairée, remplie d’inconnus venus de partout, aucune photo, aucun profil, aucune bio. Juste un pseudonyme lancé dans le noir, du genre DarkWolf69 ou CoolChick_17, absolument rien d’autre.
Avec seulement un nom d’usager, on se fabriquait toute une théorie sur la personne derrière l’écran. On décidait en trois secondes si elle était louche, cool, drôle ou probablement trop intense pour être saine d’esprit.
Et comme le fil de la conversation montait vite dans la stratosphère, il fallait briser la glace sans perdre trop de temps. C’est là qu’est apparu ASL en anglais, ASV en français, âge, sexe, ville. Trois informations, pas plus, mais déjà assez pour orienter la drague.
Évidemment, ce n’était pas infaillible. Et surtout, ça n’empêchait pas de passer trente minutes à discuter avec un gars de 54 ans pendant que tu croyais échanger avec une fille de ton âge.
Avec le temps, l’expression est devenue un cliché, utilisé par trop de gens pressés de flirter sans détour. C’était tellement brutal que ça finissait par servir de détecteur à drague maladroite.
Dans les années 2000, ASV est devenu le signal clair du gars un peu creepy qui débarque dans le chat pour cruiser en cinquième vitesse.
— ASV ?
— Sérieux ?
— Ben quoi…
Même si l’expression n’est plus vraiment en vogue aujourd’hui, remarquez quand même une chose : âge, sexe et ville sont toujours là, bien en vue, en haut de la page, sur à peu près tous les sites et applications de rencontre.
On a juste arrêté de poser la question, parce que l’interface s’en charge pour nous.
Si je reviens à ma théorie de la correspondance par niveaux, héritée de ce grand moment de l’histoire humaine (la Monnaie Royale Canadienne ne frappera pas une pièce pour souligner les trente-cinq ans du ASV), imaginons maintenant que la glace est brisée.
C’est exactement là que les choses commencent à devenir intéressante, retournons avec Nadine.
Petit message pour souhaiter un bonne journée à ma correspondante : « Salut ! Bon matin, chère correspondante. Il vortex polaire solide en ti-peupère. Je suis descendu au dép parce qu’il me manquait du lait pour le déjeuner et, dès que j’ai ouvert la porte dehors, la face m’a quasiment gelé. Mon lait a failli virer en crème glacée. Passe une frette journée ».
La notification de réponse ne tarde pas à se faire entendre : « Allô, cher ami ! Merci pour le coucou. Je suis chanceuse, je n’ai pas besoin de sortir ce matin. Le magasin n’a pas besoin de moi ».
Ouf… mes doigts sont contents de s’activer sur le clavier virtuel. Ma correspondante est bel et bien au bout du fil.
— T’as un magasin ? C’est chouette !
— On est dans la fabrication et la vente de vêtements pour animaux de compagnie. C’est… disons que ce n’est pas toujours facile.
— Wooooow ! Un créneau original. Moi, je bosse pour une grande entreprise qui fournit l’électricité à la province. Un beau monopole de l’énergie, quoi !
— LOL ! As-tu des animaux de compagnie ?
— J’ai une perruche qui a pas mal de jasette.
— Hey, tu me fais penser qu’on a des tuxedos pour perruche au magasin. Tu passeras demander le White Dinner Jacket, ça va très bien avec leur plumage vert.
Avant que ça dérape, on se calme. Psst… pas besoin de jouer aux détectives du web, c’est du placotage fictif, pas la vraie vie de votre blogueur… ben… presque pas.
Quand les échanges par messagerie ou par appli ressemblent à ça, c’est généralement un bon signe. La confiance s’installe et le passage à l’échelon deux est une réussite. Pourquoi pas, ajoutons l’échange du numéro de téléphone.
— Écoute, chou… je suis tanné d’utiliser l’application pour t’écrire. J’ai presque envie de la désinstaller.
— Okay… tu veux faire quoi ?
— Te donner mon numéro. Parce que j’ai confiance. Pis j’ai peut-être un petit béguin aussi. Tu fais ce que tu veux avec ça.
— C’est fuuuuuuuull cuuuuuute ! Je t’envoie le mien. Si tu veux appeler, texte avant. Si mon chum est là ou si je suis au magasin, je veux pas que tu penses que je te ghost.
— Parfait. Je t’ajoute dans mes contacts sous le nom de Nadichoux !
— Té sweeeet !
Ce fameux numéro de téléphone, c’est pas banal, c’est l’ouverture d’un accès qu’on garde habituellement bien verrouillé.
Si la porte reste fermée et que personne ne répond, inutile d’insister, tu n'auras jaaaaamais accès à son petit monde, tu n'as pas su irradier de confiance. Mais si la porte s’ouvre, même juste un peu, mieux vaut comprendre ce que ça signifie.
Donner son numéro, c’est un geste de confiance quasi ultime, les échanges peuvent être directs, plus personnels, parfois en temps réel, avec la voix, le ton, et éventuellement l’image.
Bref, ça peut être magique… comme ça peut aussi devenir un beau passeport pour une dérape solide, c'est le risque que l'on sait tous les deux.
Si tu es un homme et que tu attaques direct avec un jab dick pic… too bad for you, tu viens de scraper la patente. Relaxe. Respire. Masturbe-toi si ça peut t’aider à retrouver ton calme. Oui, la tentation est grande de basculer tout de suite dans le dirty talk.
Cette pulsion masculine-là est difficile à maîtriser, surtout bien installé derrière son écran. Mais mon conseil, et LA règle, c’est de résister.
Reste à l’affût, un peu comme un oiseau de proie assez intelligent pour ne pas se précipiter, la patience paie. Parce que non, y’a pas de deuxième chance ici. Si tu te plantes pour ces raisons, c’est fini.
Par contre, si ton vis-à-vis montre des signes d’ouverture au dirty talk, là, d’accord, tu peux relâcher la pression tranquillement. Tranquillement, j’ai dit, pas ouvrir la valve en grand comme si demain n’existait plus.
Profite plutôt de cette occasion pour apprendre à connaître l’autre en entrant doucement dans son univers, une phrase à la fois. Parlez-vous de vive voix, apprenez à reconnaître l’ambiance, les silences, les réactions, une photo, puis une autre.
Ça peut ressembler à une conversation de niveau trois, genre Facetime, un flirt assumé où la tension est palpable, mais sans dépasser la ligne directrice.
L’écran s’allume et Nadine apparaît. Elle ajuste ses cheveux, visiblement pas convaincue par la version d’elle-même qui s’affiche dans la vignette. Je souris trop fort sans m’en rendre compte.
— Allô… Nadichoux, tu m’entends bien ?
— Oui… peut-être un peu trop, dit-elle en riant. T’es trop proche de ton micro… comme si tu voulais lui confier un secret.
— Oh… attends. C’est mieux ? Maudine que je m’habituerai jamais à cette application.
— Beaucoup mieux. Là, je vois ton visage, pas juste ton nez. T’as l’air plus nerveux que moi.
— C’est parce que… j’sais pas. T’es impressionnante à l’écran.
— Impressionnante comment ? demande-t-elle avec un sourire mal camouflé.
— Le genre qui fait oublier ce que j’avais prévu dire dans mon scénario.
— Tu me niaises-tu ?
— Pas pantoute. Je pensais être correct… mais on dirait que t’as un effet qui me fait perdre mes moyens.
— Arrête, tu vas me faire rougir, chuchote-t-elle en levant les yeux. Mais j’avoue… ça fait quelque chose de te voir pour vrai aussi.
— Quoi ? J’veux une phrase complète, madame.
— J’pensais pas que t’aurais cet air-là. Le mélange gentil pis dangereux.
— Dangereux ? Moi ?
— Oui. Le genre d’homme qui te regarde comme s’il lisait dans ta tête… et que ça lui plaisait ce qu’il y trouvait.
— Ouf… là, c’est toi qui me déstabilises.
Nadine rit, puis ajoute.
— On dirait que c’est un match, dans le fond.
— J’pense que oui.
— On dirait aussi que t’as encore quelque chose à dire… mais tu te retiens.
— J’veux juste pas être trop intense au premier appel.
— Dis-le pareil. Je veux l’entendre.
— Tu prends de la place, mais d’une belle façon. Ça me donne envie de rester là, dans l’écran, juste pour te regarder vivre.
Elle se mord le coin de la lèvre, visiblement ben contente.
— Ok… ça… j’ai aimé ça.
— J’peux continuer, si tu veux. Mais je te préviens : je suis meilleur quand tu me regardes comme ça.
— Comme ça comment ?
— Comme si tu voulais savoir ce qui va sortir de ma bouche… sans être sûre si c’est une bonne idée.
— Ça dépend. T’es-tu plus bonne idée ou mauvaise idée ?
— Avec toi ? Probablement les deux.
— Ooooooooooh, j’aime ça.
— Moi aussi.
Un petit silence s’installe. Pas lourd. Juste chargé d'électricité.
— On devrait refaire ça. Pas juste cinq minutes volées.
— Je suis déjà prêt pour le prochain Facetime. Mais là, je te laisse. Sinon, je vais dire des affaires que je devrais garder pour plus tard.
— Garde-les. J’vais y penser d’ici là.
L’appel se termine avec quelques clins d’œil, des mimiques maladroites, des gestes minuscules qui en disent long. Puis l’écran devient noir, laissant chacun seul avec ce qui vibre encore un peu trop fort dans le ventre.
Hooooolala… juste imaginer ce genre d’histoire, ça réveille des papillons, ça remue beaucoup de souvenirs et ça rallume des braises qu’on croient bien éteintes.
C’est exactement ça l’échelon deux. Une zone un peu floue et un peu chargée, où les échanges deviennent trop longs pour tenir dans un texto alors que la voix descend naturellement d’un cran et que les confidences se font plus chaude… sans jamais franchir la ligne.
La game se joue probablement à ce niveau. La tension, les hésitations, les phrases qu’on reformule trois fois avant de les dire, c'est tout plein de magie mystifiant deux cerveaux qui se cherchent. Et n'oublions pas l’imagination qui fait sa job en arrière-plan.
Cette espèce d’élan qui traverse le corps au complet est presqu'une récompense en soi et un bonus réservé à ceux qui prennent leur temps en laissant l’intimité se construire plutôt que de la forcer.
Est-ce que ça m’est déjà arrivé d’être un peu trop pris dans l’émoi d’une conversation où la tension monte graduellement ? Ben oui, je ne m’en cache pas.
La franchise dans ces moments, mène souvent à des échanges franchement savoureux et à des confidences qui donnent chaud aux joues.
Ces petits aveux, ceux qui font vibrer l’autre, ils ressemblent pas mal au potinage autour de la machine à café… mais avec de l’électricité en prime.
Dans ces conversations niveau deux, osez glisser des descriptions de vos sensations du moment et des pensées que vous ne pouvez garder secrète, « j’ai pensé à toi tantôt ». Vous allez voir, ça peut vous mener droit vers une belle surdose d’endorphines.
Même si vous n'en êtes pas encore à l’échelon quatre, disons que ça prépare très bien le terrain.
Je suis pas mal certain que rendu à ce niveau de la correspondance, plusieurs d’entre vous seraient prêts à demander à leur vis-à-vis de quelle couleur sont ses sous-vêtements par exemple… quitte à déclencher une rencontre plus vite que prévu. Et franchement, c’est presque le plus beau bout.
Il ne me reste qu’à vous dire que vous savez tout du niveau deux et qu’on peut encore monter d’un cran sur notre échelle.
Le troisième barreau, que j’ai baptisé « révélation » (non, ce n’est pas le titre d’un film), est la nouvelle étape à découvrir. Vous avez compris que sa fera l'objet d'un prochain texte ! Bye bye, très chers lecteurs et lectrices, merci d'être venu sur le blogue.
#smalltalk #connexion #texto #messagerie #facetime #rencontre #drague #tinder #applications #internet #asv #clavardage #conversation #flirt #telephone #numero #confiance #dialogue #vibration #ecran #distance #quotidien #cafe #depanneur #souper #hiver #souffle #rythme #attente #curiosite
Oupppssss je suis trop direct avec mes messages oupppssss celui que j'ai approché hier sur jasez aujourd'hui car il m'a répondu merci pour ton message...a eu un récit sexuel direct de ma part je crois oupppssss hihi ton texte me fait réfléchir je dois rester gênée derrière un écran gênée comme dans la vie et fermer ta geule Montréal hihi
RépondreEffacer