191- Retour vers le 009 (27DEC25 1/1) !

  Au cas où vous n’êtes jamais passés sur le blogue avant ce texte, je vous rappelle que les billets « retour vers le ### » ont deux utilités.
  Premièrement, vous montrer mon processus créatif, de l’idée brute qui mijote dans ma tête jusqu’au moment où elle se retrouve toute chaude et fumante, sur mon blogue. Je pourrais faire ça rapido-presto, du genre « voici ma méthode », mais honnêtement, j’aime mieux vous amener avec moi dans les corridors d’une maison d’édition fictive que Google Maps n’ose même pas cartographier.
  Deuxièmement, c’est aussi une façon d’aller revisiter mes vieux textes, ceux qui sentent la poussière d’une époque où mes souvenirs commençaient à flotter dans le brouillard d’un cerveau un peu trop chargé. Mes opinions bougent, mes humeurs changent, et même après le cap des cinquante ans, on peut encore remettre de l’ordre dans les vieilles boîtes qui traînent sur les tablettes mentales.
  Aujourd’hui, on pousse ensemble la porte 191 de la maison d’édition. Mais avant ça, si vous avez marché jusqu’aux portes de nos bureaux, vous n’avez sûrement pas manqué les petites secousses qui me prennent chaque fois que je passe devant les panneaux-réclames visible tout près de la bâtisse.
  Je ne vous parle pas des affiches ReMax ou celle du nouveau burger triple cornichon. Je vous parle de ceux qui me donnent des papillons même les jours où les nuages gris flottent au-dessus de nos têtes.

  Le premier panneau qu’on remarque, c’est celui de la brasserie Archibald et de ses fameuses canettes… celles qui ne manque jamais de réveiller ce morceau de peau typiquement masculin… la Matante. Woooow.
  Sérieux. C’est pire qu’une claque derrière la tête. Cette femme-là, avec son regard félin… miaaaaou… « tst-tst… couché minou ».
  Je fais le fanfaron, mais je vous jure que Matante et sa compagne, Désirée, chaque fois que je les vois, j’ai l’impression qu’elles me lancent un clin d’œil juste pour me faire capoter.
  Inutile de cacher la relation particulière que j’entretiens avec ce fantasme pour Matante. Son petit air autoritaire, la branche de lunettes qu’elle mordille comme si elle me jugeait… mais avec une indulgence qui donne chaud au front. Ajoutons le grain de beauté, juste au bon endroit, qui finit d’achever ma volonté déjà pas très solide.
  Désirée, elle, me regarde comme si elle savait exactement quel genre de péché je suis sur le point de commettre. C’est ridicule, je sais bien.
  Il y a là quelque chose de délicieusement rétro et d'intime, comme si ces deux femmes se penchaient vers moi pour murmurer, « allez… goûte. Tu vas aimer ça, good boy. »
  Ouf. Je vous assure que, dans la vraie vie, je les savoure avec cette pointe de… rêverie !

  Il y a aussi ce panneau-là… une autre brasserie… que je connais que de nom, « Dieu du Ciel ». Encore une fois, la bière em soit, elle passe en deuxième, complètement éclipsée par le joli minois de la modèle étendue sur les canettes.
  Ouin, son minois… mais surtout ses courbes chaleureuses, installées là comme si elle prenait un bain de canettes colorées… la « Vénus houblonnée »… Woooow. Son sourire rassure tout témoin et donne l’impression qu’elle invite quelqu’un, moi mettons, à se glisser contre elle. « Viens donc t’étendre ici, on fait connaissance, veux-tu ».
  Et moi, évidemment, je dis oui dans ma tête avant même qu’elle finisse la phrase. « Tu es un don du Ciel, mademoiselle. »
  Je ne sais pas si ce son les couleurs, son expression ou ses rondeurs assumées qui modèlent mes désirs, mais chaque fois que je passe devant cette affiche-là, je ralentis juste assez pour m’offrir un petit câlin visuel. Ça coûte rien et ça repart bien un matin gris.

  Finalement… holala… l’affiche Cool & Simple sur l’abribus. Cette femme-là est l’extase dauphinoise incarnée. Elle savoure sa bouchée comme si elle goûtait à un péché capital.
  Paupières mi-closes, lèvres humides, posture al dente… c’est indécent à mon goût. Elle me donne l'envie instantanée d’aller acheter un gratin dauphinois juste pour voir si je peux toucher un peu de cette ferveur-là.
  Je ne parle même pas de son décolleté ou de cette sensualité tranquille qu’elle dégage sans dire un mot. Sérieux, j’ai chaud juste à marcher devant cette annonce.

  Ouf… désolé pour ces moments d’égarement sur le blogue. Je me ressaisis, je reprends le programme principal.
  Je ne vous parlerai pas d’une collègue que je connais à peine, croisée au hasard d’une activité professionnelle. « Hey salut ! Moi c’est Valérie ! On se dit toujours bonjour dans le corridor sans jamais prendre le temps de se jaser », qu’elle m’a lancé du bout des pieds.
  Haute comme trois pommes, probablement équipée d’un soutien-gorge obus sous sa blouse ample, mais ça c’est mon imagination qui joue à l’ingénieur textile, elle a tous pour me tenir scotché.
  Je ne vous parlerai pas non plus de l’autre collègue, celle que je ne connaissais que de réputation… disons, femme fatale. « Salut, moi c’est Coralie. Mon chum Paul travaille parfois avec toi pis il a toujours des histoires à me raconter. Ça placote en masse dans ton département ! » Si elle savait comment elle-même fait partie des sujets de placotage…
  Non, pas aujourd’hui. Je ne tombe pas là-dedans. On a une visite à poursuivre. La maison d’édition, virtuelle bien entendu, et ses employés, nous attendent au bout du trottoir. « Par ici pour la visite ! »

  J’amène le groupe devant une autre porte à double battant, le numéro 191 bien en évidence.
  — Mesdames et messieurs, bienvenue au Département Visuel. Avant qu’on pousse ça ensemble, laissez-moi vous faire un petit topo de ce qui se passe derrière ces panneaux.
  Ici, c’est l’endroit où se gère toute l’imagerie du blogue. Pas de grandes théories, pas de manifestes et surtout pas de discussions philosophiques sur l’art visuel. C’est simple : on décide quelles images accompagneront les textes, les chroniques et les pages couvertures.
  Rien de compliqué, même s'il y a une petite armée d’employés qui vagabondent dans ce département.
  Je prends une pause en parcourant des yeux le groupe.
  — Premier point et tout le monde s’en doute : ce ne sont jamais des photos de vraies personnes connues. Presque jamais.
  Je ne mets pas mes collègues du bureau sur la sellette et je ne prends pas d’inconnues dans la rue pour illustrer mes billets. Ce serait weird, déplacé… et probablement illégal.
  Donc ce que vous voyez ici, ce sont des images générées, des illustrations faites pour créer une ambiance, donner une idée du personnage ou du décor. Rien de plus.
  Je reprends mon souffle avant de poursuivre prestement.
  — Deuxième point : oui, les femmes qui apparaissent sont souvent rondes. Très rondes même. C’est le cœur de mon univers, c’est assumé, c’est voulu et ce n’est pas plus compliqué que ça.
  Ce sont des images pour accompagner mes histoires, pas des déclarations publiques ou des leçons de morale et encore moins un bouclier pour passer des messages cachés. C’est du visuel, point.
  Si vous tombez sur une page couverture où la madame a l’air sortie d’un conte moderne mixé avec un calendrier un peu cochon… c’est normal. C’est volontaire.
  Une couverture, ça sert d’accroche, ça donne un ton, parfois un résumé du scénario. C’est le même principe que pour les affiches de films : on ne voit jamais toute l’histoire, juste une promesse.
  On entend les mouches voler. Tous attendent patiemment que je pousse les portes.
  — Un dernier truc avant qu’on entre. Tout ce que vous voyez ici sert à appuyer la lecture, jamais à remplacer la vraie vie. Oui, oui, je vous entends déjà : « Mais, t’es sûr que c’est pas une vraie madame, ça ? » 
  Je vous rassure, quand une image vient vraiment d’Internet, ça se voit presque tout de suite. Et si ça arrive, c’est parce que l’intelligence artificielle se comporte parfois comme une matante de catéchèse très puritaine, très coincée, avec beaucoup trop de règles et pas beaucoup d'ouverture.
  Alors, dans ces moments-là… ouin, je triche. Mais juste un peu. Bon, ça suffit les beaux discours, on pousse les portes !

  Le couloir s'ouvrant est plus sombre que les autres, éclairé seulement par la lueur bleutée des écrans ultrawide des graphistes. On entend déjà les clics frénétiques des claviers et, quelque part au fond, le bruit sec d’un flash de studio qui se recharge-décharge, comme s’il se préparait à faire un burn-out.
  — Venez, le studio photo est par ici, dis-je en poussant une lourde porte sans regarder derrière moi.
  De l’autre côté, un bel homme plutôt grand, cheveux tirés en un man-bun trop serré, tourne autour d’un mannequin comme un aigle qui cherche un saumon distrait.
  — Ah. Voici Régis, notre photographe officiel. Régis, mes visiteurs veulent voir comment on capture l’essence d’une photo chef-d’œuvre en devenir.
  Il se retourne avec toute l’intensité d’un gars convaincu qu’on est en plein shooting pour Vogue.
  — Capturer l’essence… hein ?
  Il pointe son appareil, l’air sentencieux.
  — L’essence, c’est comme un flash. Si tu la manques, il faut tout recréer… puis rembobiner l’attitude du modèle. Croyez-moi, personne n’aime se faire rembobiner.
  Sur une table, des centaines de photos grand-format sont étalées à côté de tasses de café trop instagrammables.
  Soudain, la télé géante s’allume et affiche l’image d’une femme bien en chair en robe rouge, souriante, appuyée contre un bureau, comme ceux que l'on voit dans le studio.
  — Euh… monsieur Régis ? demande une visiteuse qui rougit juste d’entendre sa propre voix.
  — Oui ?
  — Pourquoi… elle revient sur plusieurs photos ?
  — Inspiration, dit-il en haussant les épaules. Elle représente la courbe parfaite.
  Régis en profite pour me lancer un regard en coin.
  — Et puis… le patron aime ça quand les images ont un peu de… sa présence.
  Je toussote alors que groupe rit. Je deviens rouge comme la robe de la madame.
  — J’ai une question, monsieur le photographe, ajoute un homme du groupe. Est-ce que les employés de la maison d’édition peuvent être modèles ?
  — Absolument. D’ailleurs, Anaïs, la favorite du patron, vient souvent ici… pour ses proportions. Ensuite, l’équipe de Mélodie retouche les photos pour pas que ça paraisse que c’est elle.
  — Vous parlez de la femme du bureau de la planification ? Redemande l'homme.
  — Exact. Celle que vous avez sûrement croisée au premier étage. Le chef est toujours en érecti…
  — Ça va, dis-je. C’est vrai qu’elle est tellement chaude. Bon, euh… continuons. Le vrai cœur du département visuel est juste à côté. Merci Régis pour ton temps et tes sarcasmes.

  On entre dans une grande salle baignée d’une lumière douce, pleine d’écrans géants, de tablettes graphiques et de silhouettes penchées dans des positions ergonomiquement douteuses.
  On dirait presqu'une War Room dans les films… sauf qu’ici, les réunions stratégiques se vivent en pantoufles et en café tiède.
  — Mes amis, bienvenue au Bureau de la Génération d’Images, lance une femme à la silhouette ronde, cheveux noirs ondulés et lunettes larges.
  Elle se lève pour nous accueillir. Son chandail trop serré fait de son mieux pour contenir un ventre aussi moelleux qu’un coussin de sofa haut de gamme. Ça tire un peu au niveau de l’ourlet, comme s’il suppliait pour un congé maladie.
  — Je vous présente Mélodie, responsable en chef de la création par intelligence artificielle.
  — En chef et en charge, ajoute-t-elle en riant. Parce que si on laisse les IA faire à leur tête, tout le monde finit avec huit doigts et un torse long comme une girafe.
  Le groupe éclate de rire. Mélodie fait pivoter son écran.
  — Là, je suis en train de générer la femme idéale pour la couverture d’un texte… généreuse, confiante, assumée, avec ce petit regard qui dit « ouuuuin… je t’ai vu, je sais très bien où tes yeux regardent ».
  L’image se construit lentement. Une femme ronde y apparaît, avec un sourire capable de réveiller un mort ou de motiver un stagiaire blasé.
  Je déglutis. Mélodie s’en rend compte immédiatement.
  — T’inquiète, patron, dit-elle en me tapotant l’épaule. L’IA est bonne… mais pas assez pour remplacer vos vraies obsessions.
  Elle me lance un clin d’œil qui me traverse la poitrine comme une décharge de défibrillateur.
  — Bon… passons, dis-je en essayant d’avoir l’air professionnel.
  — Attendez ! dit une visiteuse, une dame aux cheveux mauves.
  — Oui ? répond Mélodie.
  — Comment vous décidez les besoins en images… et les formes des personnages ?
  — Ah, facile. Ici, on respecte la théorie des volumes réalistes. Les petites courbes, les moyennes, les généreuses… et la catégorie spéciale que le patron appelle « vallée voluptueuse ». En pratique, l’équipe d’illustration nous envoie le besoin, et nous on fait le montage. Régis nous fournit la matière brute. Et parfois… très brute.
  Mes oreilles deviennent de la braise pendant que le groupe rit et que Mélodie jubile clairement.
  — Faut comprendre, poursuit-elle, nos images doivent respirer une sensualité douce, pas la caricature cheap des réseaux. Si une femme occupe de la place, on lui laisse la place. On la met en lumière, pas en arrière-plan.
  Je recule un peu pour admirer le profil de Mélodie. Ses hanches, ses cuisses… et je me demande honnêtement si ce n’est pas elle qui fournit secrètement ses propres courbes au générateur.
  — Bon… dis-je pour reprendre un semblant de contrôle. Même si je peux considérer Mélo… heu… Anaïs comme l’archétype de mes désirs… on continue, si vous voulez bien. Allons voir le dernier bureau.
  Mélodie, derrière moi, m’envoie un geste obscène et trop sexuel, digne d’un employé beaucoup trop à l’aise. Le groupe étouffe des rires.
  
  On traverse une section où sont accrochées des affiches tests : prévisualisations, brouillons, couvertures ratées, esquisses qui ont l’air d’avoir été faites par des IA trop fatiguées… silhouettes trop faibles, trop floues, trop maigres ou simplement trop « molle ».
  Un véritable corridor des erreurs… et le terrain de jeu préféré des graphistes.
  Tout au bout, une petite salle étroite mène au Département du Nettoyage Visuel, là où les images finales se font lisser, équilibrer et ajuster pour survivre aux dents du Web.
  Un jeune graphiste, oreilles pleines de piercings en porte-clés humain, nous accueille en soufflant fort, comme si le calibrage d’un grain de peau décidait du destin de l’humanité.
  — Bienvenue dans mon coin. Alan, pour vous servir. Ici, dit-il en pinçant les lèvres, on retire les défauts… mais pas les vrais. Pas question d’effacer les bourrelets naturels, les mini-ombres sensuelles ou les pattes-d’oie qui racontent une vie. On garde le réel généreux et évitons les filtres TikTok qui transforment tout le monde en Popsicle dépressif.
  — Merci, dis-je en hochant. Ça résume parfaitement notre politique maison.
  Le groupe rit. Alan retourne à ses pixels comme un chirurgien du dimanche.
  Je fais face aux visiteurs pour conclure.
  — Voilà. Vous avez vu où mon imaginaire se fait photographier, étirer, éclairer, retoucher et emballé pour atterrir dans vos lectures du soir. Chaque texte a besoin d’images… et chaque image a besoin de gens un peu fous pour l’amener jusqu’au blogue sans la briser en chemin.
  J’amène le groupe vers le couloir, direction l’escalier pour l’étage au-dessus… mais ça… ça sera pour un prochain texte !

  Maintenant, si vous le voulez bien, on retourne à la raison d’être du « retour vers le 009 », la réédition du texte numéro 9, écrit en 2022. Honte à moi d’avoir publié ce petit monstre littéraire dans cet état. 
  Attendez sa republication avant d'aller fouiller dans l’original, s’il vous plaît. Ne faites pas l'erreur de vous y rendre manu-militaris. Je vous donnerai la permission quand ce sera prêt, promis.
  Parce que ce fameux 009, une fois revu, replacé et regonflé comme un beau bourrelet sous un chandail trop serré, mérite d’être relu avec un œil neuf, surtout pas celui du gars gêné de 2022 qui écrivait comme un ado qui découvre le dirty talk dans le garde-robe. Plutôt avec l’œil d’aujourd’hui, assumé, plus mordant, plus vrai.
  Dans cette nouvelle mouture, je ne me contente pas de jouer le proprio en jugeant une rénovation complète juste repeindre les murs et faisant avaler une augmentation de loyer injustifiée aux locataires. 
  J’ouvre les fenêtres, je retape la plomberie émotionnelle, je graisse les charnières coquines et je replace chaque échelon pour que ça monte droit, « du small talk innocent jusqu’aux confidences qui réveillent les papillons dans le bas du ventre ».
  En d’autres mots, c’est la même échelle… sauf que là, les barreaux sont chauds au toucher.
Allez. Quand vous serez prêts… on grimpe ensemble au premier échelon… regardez, désirez, rêvez ! Merci de votre visite !


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