188- Une séduction sous-traitée (06DEC25 1/2) !
Peu importe si j’ai aidé une femme plus petite que moi à l’épicerie, à attraper une boîte sur la tablette du haut, une scène charmante tout ça, ce n’est pas le sujet du texte que vous avez sous les yeux.
Tsé, je ne vous en parlerai à peine même si c'est le genre de femme que je vénère, celle dont les vêtements sont tendus pour la raison que vous connaissez. Des bourrelets, oh oui, qui étirent le tissu, pas l’inverse.
C'est mon genre de silhouette qui me fait dire « merci la vie ». Je n’avais littéralement pas le choix de lui donner un coup de main… et un peu d’attention.
Elle portait le combo classique qui ne mourra jamais : un jeans Loïs sorti des années 80 qui serre et remonte les fesses, un manteau de jeans déboutonné assorti, des bottillons noirs, la coupe courte à la garçonne. Une allure intemporelle.
J'ajoute d'emblée que c'est le genre de femme que les gars comme moi aiment embrasser de haut en la prenant par la taille, juste sous le coat. Juste y penser me donne un frisson dans le bas du dos… pour ne pas dire le bas du ventre.
Et oui, j’ai aussi imaginé mes mains glisser doucement jusqu'à frôler l’ombre de l’underboob. Je suis moi-même, un être de sang trop mou pour résister à ce genre de pulsion, huuuuum.
Tant qu’à écrire, je peux vous dire que j’ai aussi remarqué l’autre femme, très ronde, cardigan semi-ouvert, premier bouton quelque part autour du milieu de l'abdomen, offrant une impressionnante craque de seins lourds qui se passait de soutien-gorge.
Ça, c’est extrêmement dangereux pour mon imaginaire. La craque, dans ma vie, c’est une arme de persuasion massive, que ni Sadam Hussein ou George W Busch n'a su découvrir. Mais encore ici : ce n’est pas le sujet du texte. Promis.
Ce que je veux réellement vous raconter, concerne Lucie, oui oui, LA Lucie des publicités des restaurants Lafleur. Celle des vidéos où elle jase comme si elle te parlait dans une vendredi soir, derrière son comptoir, alors que tu es en train d'explorer le menu ou de désirer l'enlacer avec une étreinte langoureuse.
Où je veux en venir, c'est que Lucie a répondu à mon commentaire, noir sur blanc, directement sous la vidéo d'une pub des restos Lafleur… hooooolala !
C'est un vidéo où Lucie placote avec ses collègues hors champ de la caméra, sur le dating et les femmes cougars, tout en s'occupant du service à l'auto.
Ouf… ben oui, ça ne m'en prend pas davantage pour m'allumer : une femme de la soixantaine aux courbes apparente qui jase de sujets chaud !
Je comprends que Lucie a probablement une ligne directe avec mille lapins comme moi dans une journée.
Je me doute aussi que derrière elle, il y a des gestionnaires de communauté diplômés, un patron qui respire derrière leur cou, deux analystes marketing, puis peut-être un avocat qui fait « non, non, écris pas ça ».
Je saisis que ce n’est pas Lucie la commis aux frites. Elle n’est pas plus la gérante de jour ou ni même la stagiaire au commandes à l'auto qui improvise entre deux commandes.
Mais rendu là… mon cerveau a décidé de croire que c’était quand même elle qui répond sous la vidéo, tout de moins, qui regarde les commentaires de temps en temps en révulsant les yeux.
Je vous jure que, dans ma tête, ça compte pareil, même si dans les faits, c'est une agence de communication engagée par Lafleur derrière tout ça.
Ajoutons l'équipe de gestionnaires de communauté qui se relaient, parfois en télétravail, parfois dans un local vitré décoré avec des plantes tristes qui ne voient jamais le soleil.
C’est moins sexy, avouons-le, que de croire que Lucie existe pour vrai, avec son petit accent pis son sourire de serveuse qui te reconnaît. Là, on parle de professionnels qui ont un mandat clair : répondre vite, garder le même ton chaleureux, être gentils mais pas ramollis, taquins mais jamais baveux, et pousser les gens à commenter et partager.
Donc oui… pour votre blogueur romantico-affamé, le personnage de Lucie existe à l’écran, mais dans les commentaires, c’est quelqu’un payé pour écrire comme si c’était elle. Et ce quelqu’un-là fait minimalement 50 000 $ par année pour me provoquer des frissons.
Rien de moins.
Et c’est EXACTEMENT leur job d’être Lucie. On appelle ça la gestion d’avatar marketing. Ce n’est pas du petit théâtre improvisé, c’est du branding en temps réel, calibré au millimètre, fait pour me garder collé à l’écran, à rêver aux formes de Lucie chaque fois qu'elle m’appelle ma « p’tite frite ».
Je sais très bien que celle qui m’a répondu gagne peut-être 35 $ de l’heure, qu’elle a fait son DEC en communications en 35 mois, qu’elle travaille avec 35 onglets ouverts et qu’elle a un talent presque criminel pour imiter la jovialité d’une madame qui sert des hot-dogs dans un restaurant casse-croûte d'une halte routière sur le bord de l’autoroute.
Je l’imagine un dimanche matin d’automne, la lumière faible d'automne qui entre et de la buée d’humidité dans le bas de la fenêtre. Elle porte un coton ouaté mou, son café est déjà froid et elle tape son clavier, les épaules un peu rentrées :
« Ah ben là, viens pas me dire que t’as jamais goûté la poutine sauce brune à matante Lucie. 😏 »
Tout ça pendant que la vraie Lucie, celle que j’aimerais croiser en réel, est peut-être à l’épicerie. Poussant son panier doucement, elle compare les raisins rouges et les verts, ne se doutant pas qu’à trois allées de là, un blogueur passionné de courbes s'est arrêté net devant le présentoir des fromages, le cœur qui cogne fort avec raison, un paquet de saucisses à hotdog Lafleur dans une main et un stylo dans l'autre, attendant le moment pour réclamer un autographe !
En pensant à tout ça, il y a une question qui se fabrique dans ma tête toute seule : « Si je tombais vraiment sur elle… qu’est-ce que je dirais » ?
Est-ce que je ferais juste un « salut » ben sec ? Ou est-ce que je laisserais sortir la vérité, pure et simple, presque un aveu, du genre,
« Lucie… j’pense que je t'ai dans ma peau. »
Je pousse ma recherche plus loin, essayant d'imaginer une conversation publique en commentaires bien visible, sous la vidéo où Lucie montre « comment bien tenir une poutine ».
Moi : Lucie… j’vais pas mentir… ta technique pour manipuler la barquette… ça éveille des affaires 😬
Lucie (version gestionnaire de communauté) : Ah ouin? T’es du genre à remarquer les détails toi.
VMoi : Je suis du genre à apprécier la dextérité, l’assurance et… tsé… les frites ondulées.
Lucie : Je prends ça comme un beau compliment ma p’tite frite. « La prestance de la poutine ». On dirait le titre d’un roman à la sauce brune.
Moi : Pour vrai… c’est toi qui répond ? Ou bien une fée des réseaux habillée en mou le dimanche matin ? Tu peux me répondre en DM.
Lucie : J’suis la Lucie du clavier. Celle qui garde la sauce chaude. Celle qui dit : « tu préfères les frites grasses ».
Moi : Si t’étais en personne devant le comptoir, je t’inviterais à un ti-dîner en tête à tête Lafleur.
Lucie : Monsieur a du goût. Continue donc de me flatter dans le sens de la frite.
Même si je sais que derrière ce ton, il y a une fille à contrat qui gère douze pages, la fantaisie fait son chemin pareil. C’est là l’efficacité du personnage : un mélange de chaleur, de taquinerie et de proximité étudiée.
Sauf que voilà, la vraie Lucie… je la croise au IGA un dimanche matin, dans la section des fruits & légumes.
Elle est devant les tomates, sans maquillage, grand manteau matelassé, jogging et cheveux attachés avec ce genre d’élastique qu’on prend quand on en retrouve un au fond d’une poche. C’est elle, mais sans le costume moulant noir et boucles d'oreilles assorties.
Elle ne s’attend pas à être reconnue comme ça, entre les avocats et les brocolis.
Moi : Excuse… tu dois l’entendre souvent, mais… t’es Lucie, hein ?
Elle lève la tête. Je vois le petit sourire du « oui, ça arrive ».
Lucie (la vraie) : Oui. Désolée… j’ai pas l’air télé là. J’suis en mode café-pas-encore-rentré.
Je ris. Pas fort. Pas nerveux. Juste vrai.
Moi : T’as pas besoin d’avoir l’air télé. T’as l’air toi. Ça marche parfaitement pour moi.
Elle rougit un peu, sans gêne forcée, sans séduction calculée.
Juste… une femme prise dans un moment simple où elle n’a pas besoin d’être quelqu’un d’autre. Elle replace une mèche. Un geste doux.
Lucie : Ben… merci. J’pensais pas me faire dire ça entre les yogourts pis les panais en spécial.
Moi : C’est souvent là que ça se passe, les vraies affaires. Quand personne ne joue.
Elle me regarde une seconde de trop. C’est cette seconde-là qui dit que ça pourrait aller plus loin.
Pas en grand film… en vrai.
Lucie : Tu viens souvent ici ?
Moi : Souvent juste pour voir si l'Univers travaille fort en réalisant mes souhaits.
Elle rit d'un rire qui décroche tout.
Lucie : Ok. Je suppose que tu as demandé à l'Univers des… feelings ?
Je n’appuie pas sur le champignon, je laisse le moment respirer. Je la regarde, mais pas en groupie. Je prends ce qu’il y a, simplement, une femme dans un manteau matelassé, les hanches vraies, les épaules vivantes, le dimanche pas pressé.
Même en mou, même pas arrangée, ses courbes me déstabilisent. Pas comme un fantasme, plutôt comme quelque chose de… tangible.
Hooooolala, un rêve que de me l'imaginer. Bon, même si je sait que ce sont des personnages fictifs, ça marche pareil. Je le dis en tant qu’homme (un peu gamin, je le reconnais) : quand un personnage touche pile nos fantasmes, ça nous fait déraper comme des ados.
En ligne, commenter sous la publication d’une femme qu’on adore, c’est comme ouvrir une fenêtre secrète. C’est rapide, pas gênant, pis ça donne un petit buzz.
Je me souviens d’un midi où je jasais de femmes avec un collègue. Je lui montre la photo d’une femme qualifiée de « pétard » par sa communauté internet, et là, mon collègue était déjà parti.
— Écris-lui que tu voudrais sortir avec, dit-il, tout emballé.
— Franchement… tu penses vraiment qu’avec cent mille abonnés, elle va lire mon commentaire ?
— Si tu veux avoir une chance qu’elle te réponde, faut que tu montres ton intérêt.
— Tu parles… ça va tomber sous quatre cents messages. Pis si elle a 100 000 sur Facebook, calcule qu’elle en a cinq fois plus sur Instagram et TikTok. Ce que tu vas avoir au mieux, c’est un petit « Merci » d’une fille en contrat qui gère les commentaires.
— Arrête de voir du négatif. Écris juste qu’elle a de beaux yeux.
C’est là que j’ai réalisé quelque chose : beaucoup d’hommes aujourd’hui ne cherchent même plus l’aventure réelle. Ils préfèrent faire « comme si », tout en sachant que ça n’arrivera jamais. Comme si le fantasme, une fois mis en mots, suffisait déjà.
J’avoue… écrire à une femme qu’on considère comme notre fantasme ultime, surtout si elle est un personnage, ça donne l’impression de passer par une porte dérobée dans sa vie. Une courte illusion d’intimité et un petit vertige.
Dans la deuxième partie de cette exploration, je vais pousser plus loin le phénomène. Parce que mon intérêt pour Lucie ne vient pas juste d’elle, mais de ce qu’elle représente.
C'est la même affaire pour Marianne des Entrepôts de la Réno ou Maryse de l’épicerie Ti-Marc. On le sait que c’est une agence de pub qui orchestre chaque clin d’œil, chaque réplique complice. Mais on embarque pareil.
Parce que ça touche quelque chose de tendre, de paresseux, de confortable dans nos désirs.
Attendez de voir la suite quand je vais entrer dans le monde des pages dites « de curation ». Ce sont des pages style « fanpage » où on empile des femmes réelles, mais présentées comme des fantasmes anonymes. Un beau bordel, vous allez voir.
Ah oui, j’ai quand même répondu à mon collègue, question de clore la discussion de ce midi.
— Si tu veux une vraie réponse à des commentaires que tu veux ajouter, intéresse-toi à des femmes de ta région avec peu d’abonnés mais qui sont actives dans leurs interactions.
Il m’a regardé comme si je venais de lui dire comment déverrouiller une porte dimensionnelle.
— Heu… bin… tu penses ?
L’histoire ne dit pas s’il l’a fait.
Et honnêtement… j’en doute. Sur ce, je vous dit à la prochaine, on se revoit dans une suite près de chez-vous !
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